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Alerte canular : 600 € d'amende et 4 mois fermes

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10 Août 2017 -
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Fausse alerte : "je voulais juste rigoler"

"Le rire est le propre de l’homme" a dit le philosophe Rabelais. Et la bêtise ? D’humeur farceuse et inconséquente, un soir d’avril 2016, un jeune habitant de l’Hérault se saisit de sa VHF pour signaler au CROSS un navire en difficulté. Une invention. Pour parfaire son canular, il appelle encore, cette fois depuis son portable, et annonce un homme à la mer. Autre invention. "C’était une farce. Je voulais juste rigoler" s’expliquera-t-il en mars dernier au tribunal de Béziers.

Mais n’anticipons pas. Retour à la soirée du 18 avril 2016. Au CROSS La Garde, ses appels enregistrés sont pris au sérieux même si le requérant a disparu des ondes. On ne joue pas avec la vie d’un homme. D’importants moyens sont engagés. La SNS 211 Terrisse de la station SNSM du Cap d'Agde appareille dans la nuit. Un hélicoptère de la gendarmerie décolle avec ses plongeurs. Les pompiers et leur brigade nautique sont mis en patrouille… Sur une mer agitée commencent de longues et minutieuses recherches. Après de nombreuses heures d’efforts, ces recherches vaines sont suspendues. Au CROSS, le dossier est classé "Fausse Alerte", faute d’autres éléments. Bientôt le canular est éventé : le numéro et la localisation du plaisantin ont été enregistrés sur les écrans de la salle de commandement où se relayent les permanents du CROSS.

 

Un délit encadré par la loi

" Désormais, explique-t-on à la préfecture maritime de Toulon, nous poursuivons les appels fantaisistes et déposons plainte au procureur de la République dans la juridiction concernée ".

C’est un délit encadré par la loi. La plainte de la préfecture maritime de Toulon poursuit son chemin. Patrick Toustou, délégué départemental de la SNSM pour l’Hérault, et dont la famille se dévoue pour le sauvetage en mer depuis 140 ans, est intransigeant : "Ne pas réfléchir à la portée de ses actes, cela nous pose un problème". En fait, un problème triple. Pratique d’abord : "Engagés dans une opération bidon, les Sauveteurs en Mer ne pourront intervenir simultanément pour une urgence justifiée". Moral aussi : "Sur un appel, les bénévoles abandonnent famille, travail, loisir pour se porter gratuitement au secours d’inconnus et prendre des risques pour les arracher à un danger réel". Et d’enfoncer le clou : On ne peut se moquer des valeurs qui animent leur engagement désintéressé, leur courage obstiné ". Dernier volet du triple problème, l’aspect financier : " Pour sauver des vies, rappelle Patrick Toustou, il faut des canots, du carburant, de l’entretien, de la formation. Bref, de l’argent. On ne peut dilapider nos ressources qui, à 79 % sont des ressources d’origine privée (46 % sont des dons collectés auprès du public) ". Or la fine plaisanterie d’avril 2016 a coûté 600 € de carburant pour alimenter les deux puissants Caterpillar C-7 de la SNS 211 Terrisse, ainsi qu’en témoignera son patron, Mathieu Daudé, lors du procès.

En 2016, le CROSS La Garde et son antenne de Corse ont géré 3 122 opérations, permettant de sauver 1 343 personnes et d’en assister 4 223 autres. Cela ne laisse pas de place à des plaisanteries. D’autant que les canulars (à distinguer des fausses alertes générées de bonne foi par des proches inquiets ou des témoins abusés) sont réprimés par la loi : la sanction peut atteindre 2 ans de prison et 30 000 €. La condamnation du plaisantin de l’Hérault a été plus douce : une amende de 600 € au bénéfice de la SNSM et 4 mois de prison ferme. Dissuasif ? On l’espère quoique la bêtise soit, parfois, le propre de l’homme.

 

D'après un article de Patrick Moreau, paru dans le Magazine Sauvetage n° 140 (2e trimestre 2017).

SNSM - Les Sauveteurs en Mer
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