Comment est dirigée la SNSM ?

Les sauveteurs seront beaucoup plus nombreux à voter pour élire leurs dirigeants. Mais, au quotidien, ils peuvent déjà se faire entendre par de multiples canaux.
L'assemblée générale de la SNSM en juin 2021
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L'assemblée générale de la SNSM en juin 2021 © Marianne Cossin

Le président national1 explique le changement de statuts

Une importante assemblée générale extraordinaire de la SNSM s’est tenue le 17 juin pour voter de nouveaux statuts de l’association. Pourquoi ? 

Cette révision était devenue une obligation, comme nous l’a indiqué la Cour des comptes. Les statuts avaient vieilli et nous mettaient en situation de fragilité juridique. De plus, le drame des Sables d’Olonne2 a suscité de nombreuses réflexions, qui ont notamment donné lieu à un rapport d’information du Sénat. Je crois qu’il faut en retenir trois exigences : une importante démocratisation, l’amélioration des relations entre le siège et les structures locales bénévoles – délégations départementales, stations de sauvetage et centres de formation (CFI) des nageurs sauveteurs – et une meilleure association des bénévoles aux prises de décision.

Les nouveaux statuts vont multiplier au moins par dix le nombre des membres de l’association votant à l’assemblée générale, droit réservé jusqu’à présent aux seuls responsables des structures locales et aux membres du conseil d’administration. De plus, ils permettent, au sein du conseil d’administration, d’augmenter la proportion des membres actifs, les bénévoles de terrain, celle-ci passant de la moitié aux deux tiers.

Tout membre actif peut être candidat au conseil d’administration. Cependant, on continuera à proposer aux électeurs un conseil d’administration idéal. Pourquoi ?

Le conseil d’administration sortant établit effectivement une liste préférentielle à partir des candidatures exprimées, l’assemblée générale demeurant souveraine dans ses choix. Mais il reste indispensable de disposer d’un conseil d’administration représentatif de la diversité des fonctions et de la géographie, qui fait la richesse de notre association. C’est la raison pour laquelle nous continuerons de proposer – uniquement proposer – une composition du conseil qui permette de l’illustrer. Les travaux de révision du règlement intérieur, qui ont commencé après le vote des nouveaux statuts, préciseront sur quelles bases cette liste représentative sera proposée aux électeurs.

Qu’entendez-vous par « liste représentative de l’association » ?

Prenons un exemple concret : l’association est composée de sauveteurs embarqués, qui opèrent depuis leur station de sauvetage, et de nageurs sauveteurs, formés par des formateurs bénévoles dans nos CFI, qui assurent la sécurité des plages. Il serait inadmissible que ces deux composantes ne soient pas représentées dans le futur conseil d’administration

La Cour des comptes redoute que le conseil fonctionne trop comme une chambre d’enregistrement…

Je n’ai que dix-huit mois de présidence, mais il est vrai que ce risque existe. C’est pour cela que nous avons créé des commissions techniques de bénévoles sur tous les sujets importants : les équipements individuels, la flotte de sauvetage, la sécurité, etc. Le conseil d’administration entend ces commissions et dialogue avec leurs membres. De plus, mes prédécesseurs avaient eu la bonne idée de mettre en place un temps d’échange informel, dans la matinée précédant les conseils d’administration, réunissant les seuls membres actifs. C’est une occasion d’aborder sereinement et librement tous les sujets avec nos bénévoles, avant que se tienne le conseil d’administration, officiel et beaucoup plus formel. Je conserverai cette organisation.

Comment s’exerce le contrôle de l’État sur la SNSM ?

Notre statut est original. Nous sommes une association, indépendante, pleine et entière, qui exerce une mission de service public. En opération en mer, nous sommes au service de l’État, placés sous l’autorité des préfets maritimes et des CROSS. Pour cette raison, nous avons besoin d’être accompagnés et protégés par l’État. Mais nous devons rester une association de droit privé, indépendante. C’est ce que l’État souhaite, et que nous souhaitons également. En conséquence, en vertu de nos nouveaux statuts, les ministères qui faisaient partie de notre conseil d’administration et disposaient d’un droit de vote seront désormais de simples invités aux conseils. Nous resterons, bien sûr, très attentifs à leurs remarques.

Vous avez évoqué une refonte du règlement intérieur. Quelles sont les grandes questions à régler ?

Le règlement intérieur est une sorte de notice d’emploi ou de déclinaison des statuts de la SNSM. Il doit illustrer la volonté des bénévoles qui s’est exprimée lors de la grande consultation et des débats ayant précédé l’écriture de notre plan stratégique CAP 2030. Par exemple, la nomination des responsables des structures locales qui disposent d’un mandat du président national sera approuvée préalablement par les bénévoles des stations et CFI concernés. Le règlement intérieur fixe les conditions pour être membre actif adhérent ayant le droit de vote. Un comité des adhésions sera chargé de vérifier le respect de ces conditions pour chaque électeur. 

Tout ne se passe pas à l’assemblée générale ou au conseil d’administration. Est-ce que vous avez compté le nombre de visites que vous avez faites sur le terrain depuis votre élection ?

Précisément, non. Je sais que j’ai visité entre deux cent cinquante et trois cents structures depuis deux ans, c’est-à-dire quasiment toutes les structures locales, sauf en Outre-mer, car la Covid-19 a compliqué les choses. J’en ai déjà visité certaines deux fois et mon objectif est d’arriver à rencontrer chacune d’elles au moins une fois tous les deux ans.

Dans quel esprit ? À l’assemblée générale, vous avez parlé de « réduire les distances »…

Je suis le premier des bénévoles. Notre charte associative doit être consolidée par des contacts humains. Il est irremplaçable d’aller voir non seulement les responsables locaux, mais aussi les équipiers des stations – les canotiers, comme l’on dit encore souvent –, les formateurs des CFI et tous ceux qui les aident à accomplir leurs missions. Il faut vérifier en permanence que les actions que nous menons répondent bien à leurs préoccupations.

Il a été question de renforcer le rôle des délégués départementaux. Où en est-on ?

Les délégués départementaux ont un rôle essentiel, et leur charge de travail est déjà très lourde pour des bénévoles. L’idée d’accroître leurs responsabilités, donc leur charge, a été abandonnée, au profit d’une déconcentration régionale des services du siège. 

Quelle est et quelle doit être la place des femmes à la SNSM ? Vous avez remarqué que la tribune était  exclusivement masculine à l’assemblée.

Pour le moment, les femmes représentent moins de 20 % des bénévoles de la SNSM. Je souhaite que cette proportion se retrouve dans nos instances dirigeantes : conseil d’administration, comité de direction… mais aussi à l’échelle locale, présidentes de station, directrices de CFI, déléguées départementales… On va y arriver.

Certains donateurs se demandent peut-être pourquoi ils ne participent pas aux décisions. Que leur répondez-vous ?

Nous nous sommes posé la question et le Conseil d’État nous a tout de suite arrêtés. Dans le monde associatif, donner n’ouvre aucun droit de regard sur la marche de l’association. Comment les écouter néanmoins ? Comment assurer le lien avec ces soutiens indéfectibles des Sauveteurs en Mer ? C’est l’une des raisons pour lesquelles nous souhaitons cultiver le lien local entre donateurs et bénévoles des stations et CFI, en parallèle d’une collecte nationale organisée par le siège. Nos bénévoles mettent ainsi en place des journées portes ouvertes et de nombreuses manifestations chaque année. De plus, nous avons une cellule de relations avec les donateurs au siège, pour les écouter et répondre à leurs questions. Le magazine Sauvetage nous permet aussi de garder un lien essentiel avec les donateurs.

S’ils veulent participer à la vie et aux décisions de l’association, ils peuvent aussi devenir bénévoles… En plus des sauveteurs et des formateurs, l’association a besoin de beaucoup d’autres coups de main et compétences, à l’échelle nationale comme à l’échelle locale.

En conclusion, s’il devait n’y en avoir qu’un, quel message souhaitez-vous transmettre ?

Le message fort, c’est qu’il faut que nous évoluions vers plus de collégialité encore, à tous les niveaux, pour prendre les décisions les mieux adaptées à la réalité du terrain et de nos missions.

C’est une rupture, une révolution, une évolution ?

Ce n’est ni une rupture, ni une révolution. C’est une évolution naturelle, obligatoire, dans le droit fil de ce qu’avait fait mon anté-prédécesseur, Yves Lagane, avec CAP 2010. Nous poursuivons cette évolution, dont le maître mot est la pérennité de notre modèle bénévole, qui réunit des personnes d’origines diverses, toutes mues par le même esprit de solidarité et de cœur.

1- Emmanuel de Oliveira.

2- Trois sauveteurs victimes du naufrage de leur canot de sauvetage en tentant de porter secours à un pêcheur, dans une tempête déchaînée, le 7 juin 2019. 


Pierre Bichard, inspecteur Nord-Atlantique de la SNSM © DR

Le rôle de l'inspecteur vu par Pierre Bichard

Il y a quatre inspecteurs au siège de la SNSM, qui se répartissent les deux cent quatorze stations de sauveteurs embarqués par zones : Manche-Mer du Nord et Outre-mer, Nord-Atlantique, Sud-Atlantique et Méditerranée. Les centres de formation des nageurs sauveteurs qui surveillent les plages et accomplissent des missions de sécurité civile ont leurs propres inspecteur et inspecteur adjoint.

Les inspecteurs viennent d’horizons variés, Marine nationale, Affaires maritimes ou marine de commerce. C’est le cas de Pierre Bichard. Il est capitaine de 1ère classe. Les inspecteurs font partie des quatre-vingt-sept salariés de l’organisation, mais être salarié à la SNSM est un peu différent. Pierre est très heureux de poursuivre sa carrière dans une « organisation à utilité sociale ». Il a sous sa responsabilité cinquante-cinq stations, essentiellement bretonnes. Il consacre deux jours par semaine environ à les visiter. Le reste de son temps au siège (ou en télétravail), il est très souvent au téléphone pour les écouter, leur expliquer des décisions ou des règles, essayer de résoudre les problèmes relationnels entre bénévoles, ce qui peut arriver, ou mettre du liant avec les directions du siège, en particulier la direction technique, la direction des achats et la direction de la formation. « Je n’ai jamais autant été au téléphone ! »

Il respecte beaucoup la capacité des stations à s’organiser localement ; et, en même temps, il faut bien qu’il « inspecte ». Cela signifie qu’il doit repérer les dysfonctionnements (problèmes de matériel, de compétence), les tensions (à l’intérieur d’une station ou entre stations), les crises et contribuer à régler les problèmes. Pas question qu’un équipage parte en opération s’il n’est pas en état de remplir sa mission ou s’il se met en danger. « Ce que fait chacun engage toute l’organisation. Je suis responsable du bon fonctionnement des stations, de la sécurité de la SNSM et de ses bénévoles. »

Il fait respecter certaines disciplines : visites médicales à jour et enregistrées sur le système informatique central de l’organisation, conformité réglementaire des bateaux, rapports de sortie à jour, limites d’âges respectées. Ce dernier point est un sujet délicat. On n’a pas le droit de partir en intervention à plus de 66 ans, à moins de bénéficier de certaines dérogations, qui doivent rester limitées.

Il valide aussi les dépenses locales au-delà d’un certain montant. Il aide également à obtenir les précieuses subventions qui contribuent aux investissements (pour les nouveaux navires, entre autres) et au fonctionnement des stations, en complément des non moins précieuses contributions des donateurs. C’est lui, notamment, qui assure le lien avec les régions et les départements de sa zone. 

Certaines décisions sont difficiles. Si plusieurs bateaux sont indisponibles en attendant une réparation, il doit décider de la station qui bénéficiera de l’un des rares navires « de réserve ».

En inspectant, en visitant, en discutant avec les bénévoles et le délégué départemental, il doit rester attentif à tous les « signaux faibles » qui doivent alerter. Les situations de crise – rares, heureusement – prennent néanmoins beaucoup de temps. « S’il faut déplacer ou éloigner quelqu’un, il faut le faire de la manière la moins destructive possible pour l’organisation et pour les personnes. »

Je suis responsable du bon fonctionnement des stations, de la sécurité de la SNSM et de ses bénévoles.

Il contribue aussi, avec le délégué départemental, à identifier les futurs dirigeants des stations, dont les président et patron titulaire. Ce dernier est chargé de veiller à tout ce qui est opérationnel au sein de la station, comme le recrutement et la formation des équipages. Les successions à ces postes-clés sont souvent « naturelles », surtout si elles sont préparées. Parfois, il faut insister pour que les dirigeants bénévoles les anticipent, ou leur faire des suggestions. En tout état de cause, l’assentiment des membres de la station est indispensable. Pierre se méfie des élections avec plusieurs candidats, qui pourraient diviser une station. Cela dit, c’est à chaque station de choisir. « Je crois à la capacité du local à s’organiser. » 

 


Philippe Auzou, délégué départemental Calvados de la SNSM © DR

Le rôle du délégué départemental vu par Philippe Auzou

La SNSM dispose d’un délégué départemental bénévole dans tous les départements côtiers. Il est le représentant du siège le plus proche des implantations locales. Il voit, il écoute, il est au courant de ce qu’il se passe dans  son secteur. Dans l’autre sens, il informe, il explique, il répond aux questions. « Je fais le relais entre le siège et les bénévoles de mon département. J’évite que tout remonte à Paris et, si quelqu’un a fait une démarche auprès du siège, j’aime bien être au courant », détaille Philippe Auzou.

Son téléphone est toujours ouvert. Officier de la marine marchande, il est délégué départemental pour le Calvados depuis bientôt dix ans. Il a été notamment commandant du port de Caen-Ouistreham, ce qui lui donne une très bonne implantation locale. Il veille sur huit stations, vingt-cinq postes de secours en saison et un CFI, le centre de formation des jeunes nageurs sauveteurs pour les plages, soit un effectif d'une centaine de bénévoles.

Il est le représentant du siège qui les connaît le mieux, dit-il. Il est aussi en liaison avec des stations des départements voisins. La baie de Seine constitue un tout en matière de sauvetage, à cheval sur trois départements.

Un délégué départemental peut avoir des adjoints qui veillent sur l’entretien du matériel ou la formation des bénévoles, par exemple, ou sur une partie d’un département où les stations sont nombreuses (Finistère). Philippe Auzou est heureux de s’appuyer sur un trésorier et un médecin référents, qui peuvent répondre à beaucoup de questions. Il a largement de quoi s’occuper et ne souhaite pas que les délégués départementaux aient plus de responsabilités. Il n’a pas envie de diriger des salariés. Il a bien assez à faire avec ses bénévoles, aussi prenants que des salariés.

« Le bénévole est râleur. » Il le dit avec affection et ce constat ne l’empêche pas d’être attentif, a fortiori en cas de coup dur. Le sujet lui tient à cœur. Quand les sauveteurs n’ont pas pu sauver tout le monde, quand la situation devient tragique, il faut gérer le moral des équipages, s’inquiéter d’un éventuel soutien psychologique. C’est pire, évidemment, si les victimes sont des sauveteurs. 

Quand trois d’entre eux ont laissé leur vie dans le naufrage du canot des Sables d’Olonne, le 7 juin 2019, le délégué départemental, Henri Lechat, a eu un rôle très important à jouer. Il faut « accompagner », donner « du réconfort », explique Philippe Auzou.

Plus généralement, il faut « être au courant de tout, anticiper et voir venir ». Par exemple, la succession des présidents et patrons titulaires. « Deux ou trois ans avant, il faut commencer à poser des questions, faire des suggestions, parfois pour en susciter d’autres. » Après, « il faut que ça colle » entre les bénévoles et leurs responsables. « Six ans, c’est un long embarquement. » C’est en effet la durée des mandats à la SNSM. Voter ? C’est une « mesure extrême ». Il faut laisser les stations s’organiser pour s’assurer que « ça colle ». 

Je fais le tampon entre le siège et les bénévoles de mon département. J’évite que tout remonte à Paris et, si quelqu’un a fait une démarche auprès du siège, j’aime bien être au courant. 

 


Une commission de résolution des conflits

Il existe des conflits interpersonnels chez les Sauveteurs en Mer, comme dans toute organisation. Depuis plusieurs années, une commission de prévention et de résolution des conflits essaie de les apaiser, sous la présidence de Françoise Odier, juriste et membre d’honneur de la SNSM. Une bonne partie de ces différends concerne des bénévoles ou des dirigeants locaux qui n’acceptent pas leur mise à l’écart pour des raisons diverses, limite d’âge ou conflits internes à des structures locales. Mais on y traite aussi – rarement, heureusement – des affaires de harcèlement sexuel. « La parole se libère », constate la présidente. « Il faut que les personnes qui se plaignent soient entendues, qu’elles reçoivent des explications et, heureusement, pour une partie d’entre elles, cela suffit à apaiser la situation », décrit-elle.

 


Annie Roussilhon, présidente de la station SNSM de Cavalaire © DR

Le rôle de présidente de station vu par Annie Roussilhon

Avec le patron titulaire, le président ou la présidente est la personne qui, bénévolement, dirige et incarne la station de sauvetage au niveau local même sans participer aux sauvetages. Certains sortent en entraînements et en opérations comme simples équipiers. Annie Roussilhon « sort parfois en se faisant discrète ». Elle entame son troisième mandat de présidente de la station de Cavalaire tout en disant « qu’il ne faut pas trop rester ». Elle a prolongé sa mission pour gérer l’après-Covid et l’arrivée de nouvelles embarcations à la station. Elle réfléchit activement à sa succession.

Spontanément, elle ne s’étend pas sur des tâches qui prennent du temps, un plein-temps dans son cas. Des obligations administratives notamment. La présidente a aussi un rôle déterminant pour faire connaître la station localement et organiser le recueil de subventions et de dons, pour financer, entre autres, une partie des nouveaux bateaux. Elle doit aussi être prête à froncer les sourcils si des règles de fonctionnement ne sont pas respectées. Pour elle, le cœur de sa fonction, c’est l’humain. Il faut que la station ait toujours assez de bénévoles formés pour rester opérationnelle 365 jours par an, 24 heures sur 24.  Une station comme Cavalaire, c’est cinquante personnes, dont trente-cinq aptes à embarquer. Fête du nautisme, forum des associations sont autant d’occasions de recruter des bonnes volontés que de collecter des dons. Les compétences techniques, c’est le patron titulaire qui les évalue. Elle, elle est « présente ». Elle sait l’importance des encouragements, des félicitations et des consolations. La Covid-19 l’embête parce qu’elle ne permet pas ces rencontres physiques qui soudent une équipe. « Les anciens ne connaissent pas certains nouveaux ; on n’a pas pu faire de remise de récompense depuis un an et demi. »

Elle n’exerce pas une fonction solitaire. Son conseil à un nouveau président ? « Bien s’entourer. » Elle s’appuie sur  six patrons, bien sûr, mais aussi sur les vice-présidents, un référent formation et le trésorier, qui, à Cavalaire, joue un rôle dépassant la bonne tenue des comptes. Quand elle a été pressentie comme présidente après une crise conduisant au départ de son prédécesseur, le trésorier a téléphoné à tout le monde pour vérifier qu’il y avait consensus autour de son nom et s’assurer que la station était prête à avoir une femme à sa tête. Quand un possible successeur se profilera, elle lui demandera de recommencer. De par son attitude encline au dialogue, Annie Roussilhon (qui est également membre du conseil d’administration de la SNSM) est une présidente modèle.

 


Pas de grande décision sans concertation

Certes, la direction de l’association impulse des orientations générales sur les investissements, la formation, le budget, etc. Certes, tous les sauveteurs ne peuvent pas être entendus un par un sur tous les sujets. Mais, sur le cœur de l’action, l’équipement des sauveteurs et leur formation notamment, des représentants des stations et des CFI participent à toutes les décisions pour que l’organisation bénéficie de l’expérience du terrain. La conception des navires de la nouvelle flotte, dont les « têtes de série » sont en construction, a donné lieu à des débats passionnés jusqu’aux moindres détails. Pas un nouvel équipement n’est adopté par la direction des achats sans analyse des retours critiques sur l’existant et essais des prototypes avec plusieurs groupes de sauveteurs.  Pas une nouvelle formation n’est organisée sans qu’un groupe de travail n’échange sur l’expérience des sauveteurs et les meilleures pratiques qui vont être enseignées.

 


Patrick Cuillière, directeur du centre de formation SNSM des Bouches-du-Rhône - Marseille © DR

Le rôle du directeur de CFI vu par Patrick Cuillière

En plus des stations de sauvetage, la SNSM a trente trois implantations locales très importantes : les centres de formation et d’intervention (CFI), qui forment et entretiennent la formation des jeunes nageurs sauveteurs qui surveillent les plages l’été. Certains CFI se situent dans les départements côtiers, d’autres plus loin à l’intérieur des terres : Rennes, Albi, Lyon, Châteauroux… On imagine sans peine le travail d’organisation que demande au directeur bénévole et à ses adjoints la gestion des multiples formateurs bénévoles et des jeunes en formation : plannings, locaux, matériel, entretien, administration, examens, diplômes. Sans compter que le CFI assure, en plus, la formation en secourisme des sauveteurs embarqués pour six stations de sauvetage, et des missions de sécurité civile, ces prestations de premiers secours proposées par la SNSM aux organisateurs de manifestations publiques. Ces « dispositifs prévisionnels de secours » – ou DPS – font entrer un peu d’argent dans les caisses, comme le permet la location de matériel aux municipalités qui font surveiller leurs plages par des sauveteurs de la SNSM. 

Patrick Cuillière met un point d’honneur à aider au chargement du matériel qui part en location, même si son dos lui dit de plus en plus souvent qu’il ne le devrait pas.

À la SNSM depuis 1985, il dirige le centre de formation des Bouches-du-Rhône - Marseille depuis 1992, avec une interruption de quatre ans. Il affirme qu’il n’y consacre que quatre  heures par jour et ne se plaint ni du poids croissant de l’administratif (« Aujourd’hui, tout est beaucoup plus normé », constate-t-il), ni du manque de ressources, ayant connu l’époque héroïque où il n’y avait aucun moyen, ou presque. Ce dont il parle, ce qui fait le cœur de ce « métier en soi » ne ressemblant à aucun autre, c’est la gestion de l’humain : trouver et retenir des formateurs bénévoles. La SNSM dans son ensemble se préoccupe constamment du renouvellement et de la motivation des bénévoles, ce miracle permanent qui fait tenir toute l’organisation.

Mais l’inquiétude est spécialement vive en ce moment pour ce qui concerne les formateurs. Depuis deux ou trois ans, ils sont plus nombreux à se désengager, à Marseille comme ailleurs. Il arrive à assurer le renouvellement, tout en sachant que cela peut être fragile. Le centre a failli fermer parce que le courant ne passait pas avec la personne qui avait repris les commandes entre 2004 et 2008. « On n’est pas dans un milieu professionnel où les gens sont payés pour obéir aux ordres. » Lui-même est passé par la Marine nationale (les sous-marins) et la police, mais il parle peu de discipline ou de hiérarchie. Il cultive l’ambiance de groupe, « presque familiale », raconte-t-il, freine parfois les enthousiasmes pour éviter l’épuisement ou l’accident. Il essaie d’être le plus démocrate possible. Il délègue beaucoup, notamment à ses deux directeurs adjoints. Tout ce qui est bon pour la motivation l’intéresse : les possibilités d’évolution à partir de la formation SNSM vers des métiers (infirmier, pompier…), les missions de sécurité civile parce qu’elles maintiennent le lien avec les nageurs sauveteurs entre deux saisons d’été et peuvent avoir de l’intérêt pour eux (sécurisation d’un tournage, par exemple), ou encore une formation au permis hauturier qui, bien que non indispensable aux activités d’un CFI, attire pourtant certains bénévoles. 

Article rédigé par Jean-Claude Hazera, publié dans le magazine Sauvetage n°157