Julie Bertolone, de sauvée à sauveteuse
publié le24 Mars 2026
écrit parCanelle Corbel
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Julie Bertolone sur le "SNS 17-10 Arnette" de la station de Carro © SNSM
Victime d’un grave accident de plongée en 2023, Julie Bertolone a frôlé la mort à 40 mètres sous la surface. Sauvée grâce à une chaîne de secours exemplaire, elle a choisi de rendre ce qui lui avait été donné. Aujourd’hui bénévole à la station de Carro, elle a fait de la mer – à la fois aimée et redoutée – le cœur de son engagement.
Elle a été sauvée. Elle a choisi de donner en retour. Julie Bertolone, 41 ans, a rejoint la station SNSM de Carro, à Martigues (Bouches-du-Rhône) en 2024. « Aujourd’hui, mon investissement auprès de la SNSM fait partie intégrante de ma vie. Je construis mon quotidien autour de l’association, au même titre que je m’organise en fonction de mes enfants et de mon activité professionnelle », révèle-t-elle, le sourire aux lèvres. Un sourire qui aurait pu s’effacer à la suite d’un événement majeur dans son existence. Mais Julie en a décidé autrement.
L’année 2023 marque un tournant dans la vie de Julie Bertolone. Alors qu’elle s’apprête à finaliser sa formation de plongeuse sous-marine en validant son niveau 3 – le plus haut niveau de plongée loisir –, elle est victime d’un grave accident. « C’était une belle journée. J’étais heureuse. Nous étions sur le site des îles de Marseille. Il faisait beau. Il était 10 heures », resitue-t-elle. Les premiers exercices se déroulent sans difficulté. Puis, soudain, plus rien. À 40 mètres de profondeur, Julie ressent une violente pression dans la poitrine.
Elle comprend immédiatement que quelque chose ne va pas et fait signe à sa monitrice. « Je dois la vie à cette femme », affirme-t-elle sans détour. « Je n’étais plus moi-même. J’ai sorti le détendeur (1) de ma bouche. Je me mettais à avaler de l’eau. Je refusais toute aide. Ma formatrice a tenté de me remettre le détendeur, mais je n’étais plus moi-même. » Avec force et sang-froid, la monitrice parvient à la remonter vers la surface. « À quelques mètres de l’air libre, j’ai eu un instant de lucidité. J’ai pensé à mes enfants. Je me suis dit : « Ça y est, Julie, tu vas mourir ici. » »
Sauvée par une chaîne de secours
Une fois Julie à la surface, la chaîne de secours se met immédiatement en place. Elle est prise en charge par les moniteurs de plongée, puis par la vedette de la SNSM de Marseille. « Heureusement pour moi, à Marseille, nous bénéficions d’un centre hyperbare », explique-t-elle. Ce type de centre traite les accidents de plongée en plaçant les victimes dans un caisson pressurisé afin de réduire les bulles d’azote, responsables des lésions. « J’ai pu être sauvée », conclut-elle, encore marquée par la frayeur.
Après l’accident, un long travail de réadaptation débute. Julie Bertolone peut compter sur l’accompagnement attentif de ses proches. Mais l’événement a profondément transformé son regard sur la vie. Alors assistante vétérinaire, Julie envisageait jusque là une reconversion en tant que monitrice de plongée. L’accident remet tout en question. « J’ai voulu vivre pour moi, rendre ce qui m’a été donné. Je me suis rendu compte que je n’étais plus en phase avec ma vie, mon métier, ni ma situation personnelle. Je devais être utile ailleurs », résume-t-elle simplement.
C’est durant cette période de questionnement existentiel que naît son engagement auprès de la SNSM. « Quand j’étais encore salariée en cabinet vétérinaire, je pensais parfois au travail des bénévoles de la SNSM. Je disais à ma mère que, si j’avais du temps, j’aimerais m’engager. »
« J’ai trouvé ma voie dans le secourisme »
Après l’accident, le conditionnel disparaît. Julie pousse les portes du centre de formation et d’intervention (CFI) des
Bouches-du-Rhône – Marseille. Elle y est accueillie par Patrick Cuillière, le directeur, qui lui ouvre celles de l’association.
Dans un premier temps, Julie souhaite devenir nageuse sauveteuse. Pendant un an, elle suit et valide toutes les formations… sauf le BNSSA (brevet national de sécurité et de sauvetage aquatiques), diplôme indispensable pour surveiller les zones de baignade. À la suite de son accident, elle développe une peur persistante de l’apnée. « Je ne supporte pas que l’on m’empêche de respirer sous l’eau. » Malgré un investissement total – entraînements réguliers, thérapie EMDR (une méthode de désensibilisation par les mouvements oculaires utilisée pour traiter les traumatismes) –, le blocage demeure.
Pour autant, son engagement ne faiblit pas. Julie enchaîne les formations proposées par la SNSM. Elle se rapproche de la station de Carro et devient équipière de pont. Elle aimerait, à terme, devenir patronne d’une embarcation de secours. En parallèle, elle se forme à la prise en charge psychologique des victimes traumatisées par la mer.
« La SNSM nous offre la possibilité de nous former dans de nombreux domaines. Certaines formations résonnent plus que d’autres en fonction du vécu. Celle-ci a pris tout son sens pour moi. J’ai trouvé ma voie dans le secourisme, confie-t-elle, la voix chargée d’émotion. J’ai eu envie de donner ce que l’on m’a donné. La SNSM m’a offert cette chance. Les formations sont utiles, professionnelles, malgré notre statut de bénévoles. »
Hyperactive et engagée, Julie jongle aujourd’hui entre son rôle de mère de trois enfants, son bénévolat et une nouvelle activité professionnelle : elle s’est lancée à son compte comme coiffeuse à domicile. « Après l’accident, mes projets de reconversion ont dû être repensés. Mais une chose était évidente : la mer devait faire partie de ma vie et la solidarité devait en être au coeur. J’aime autant la mer qu’elle me fait peur. Grâce à la SNSM, je me rends compte que je suis désormais à la place de ceux qui m’ont sauvée. »
1-Détendeur : Appareil permettant aux plongeurs bouteille de respirer sous l’eau.
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