Les Sauveteurs en Mer de La Tremblade sauvent onze pêcheurs grâce à des jumelles thermiques
publié le20 Avril 2026
écrit parCanelle Corbel
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Les jumelles thermiques utilisées depuis quelques mois par la station ont permis de retrouver les pêcheurs bloqués par la marée. © SNSM
Connaître son territoire et adapter le matériel en fonction des dangers de la zone d'intervention est un enjeu du quotidien pour les bénévoles de la SNSM. Les sauveteurs de La Tremblade ont montré tout leur savoir-faire lors de cette intervention complexe.
La fin de la journée de ce 9 novembre s’annonce paisible à La Tremblade (Charente-Maritime). L’océan est calme. Pas de vagues, pas de vent. Vers 17 h 15, la vedette catamaran SNS 433 Notre-Dame de Buse est en mer. Ses quatre membres d’équipage prélèvent des échantillons d’eau pour l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer), dans le secteur des Saumonards. Les conditions sont optimales pour réaliser cette mission scientifique, dont les bénévoles ont l’habitude.
Soudain, la radio crépite sur le canal 16. Le centre opérationnel de surveillance et de sauvetage (CROSS) les informe que onze personnes sont coincées sur l’île Madame, près de Port-des-Barques. Des pêcheurs à pied se sont fait surprendre par la marée. Isolés sur la plus petite île de l’archipel charentais, ils sont en danger, car la terre est progressivement recouverte par l’eau. La nuit tombe.
Après une discussion rapide entre les Sauveteurs en Mer, la décision est prise : il faut intervenir sans attendre. « Quand il y a un risque, la question ne se pose pas », souligne Romain Cercleux, patron de la vedette ce jour-là.
Le froid s’installe peu à peu et la zone est particulièrement piégeuse. Les conditions se gâtent. Parcs à huîtres, mouillages, cordages dissimulés sous la surface : pour la vedette légère, les environs sont « minés ». « Un bout de cordage dans l’hélice et tout s’arrête », rappelle Romain Cercleux. Il n’y a que 1 mètre de profondeur, et la vedette a un tirant d’eau de 80 centimètres. Elle progresse lentement, manœuvre après manœuvre, avec une extrême prudence.
Noir complet, silence pesant
À l’approche de l’île Madame, la visibilité devient nulle. Noir complet. À l’œil nu, impossible de distinguer la moindre silhouette. Le silence est pesant. Les bénévoles de La Tremblade peuvent toutefois compter sur un équipement récent : des jumelles à vision thermique.
« Nous nous entraînons avec ces jumelles depuis septembre, explique Romain Cercleux. C’est un appareil très utile sur notre zone d’intervention. Dans ces conditions, c’était notre seule option. Nous les avons repérés grâce à la chaleur que leurs corps émettaient. »
Sur l’écran relié aux jumelles, des formes apparaissent. Elles indiquent la présence de corps chauds. Des humains ? Oui ! Onze personnes et un chien sont regroupés. « À ce moment-là, on est rassurés. La première étape est cochée : les pêcheurs à pied sont localisés », raconte le patron de la SNS 433.
Il faut maintenant trouver une solution pour les évacuer. Le contact téléphonique est difficile. Les pêcheurs, tous âgés d’une soixantaine d’années, souhaitent quitter l’île au plus vite. Certains envisagent même de rejoindre la côte à pied, par une langue de sable. Une idée immédiatement écartée. « L’eau montait rapidement et ils étaient nombreux. C’était beaucoup trop dangereux », rapporte le patron. L’équipage leur demande alors de se réfugier dans les toilettes publiques de l’île, en attendant l’embarquement.
Un nouveau problème se pose : l’île ne possède aucun lieu de mouillage recensé. L’équipage ne dispose d’aucune information quant à un point auquel placer leur bateau en sécurité pendant l’intervention. Le temps presse. Romain Cercleux contacte alors un marin pêcheur du secteur, originaire de Port-des-Barques, qui connaît parfaitement la zone. Il est en pêche à proximité et propose de se dérouter pour guider la vedette vers un site d’ancrage possible. Dans l’obscurité, il ouvre la route. La SNS 433 avance avec beaucoup de précautions. « Je devais penser aux requérants, mais aussi à mon équipage. La sécurité reste la priorité », affirme Romain Cercleux.
Le point de mouillage est finalement trouvé grâce au marin pêcheur. Les onze personnes peuvent quitter leur abri et embarquer sur la vedette légère. Mais un nouveau problème se pose : avec tous ces passagers supplémentaires, la capacité théorique de la vedette est dépassée. Dans ces moments-là, il faut savoir accorder la théorie avec la situation présente. Romain Cercleux analyse, puis décide. Il faut faire monter tous les pêcheurs à bord sans tarder. « Faire plusieurs allers-retours entre le port et l’île aurait été plus risqué avec la météo qui se dégradait. Le plan d’eau ne présentait pas de danger sur le moment. L’avenir était incertain. La décision était réfléchie, j’ai pris tout le monde à bord. »
Il est 19 h 15 lorsque la vedette regagne le port de Port-des-Barques. La mission scientifique s’est transformée en opération de sauvetage. « Les jumelles thermiques et la solidarité entre gens de mer ont été déterminantes, assure le bénévole. Et, sans l’aide du marin pêcheur, l’intervention aurait été bien plus longue. »
Équipage engagé
Vedette légère SNS 433 Notre-Dame de Buse
Patron : Romain Cercleux
Équipiers : Jean-Jacques Enard, Alexina Lagarde
