Un chalutier en péril, deux sauveteurs héliportés
publié le19 Mars 2026
écrit parDominique Malécot
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Deux Sauveteurs en Mer ont été héliportés depuis le "SNS 089 Cap Fagnet" pour rejoindre le chalutier en détresse au plus vite. © Loïc Joncqueur
Une importante voie d’eau provoquée par un abordage de nuit aurait pu entraîner le naufrage du "Vauban" Les interventions d’un hélicoptère, de chalutiers et du canot tous temps "SNS 089 Cap Fagnet" ont permis de l'éviter.
Fécamp
Un vent de nord force 5 souffle sur la Manche, levant une mer peu agitée, ce 5 janvier. La nuit est tombée depuis un bon moment lorsqu’à 19 h 10, un appel non identifié sur le canal 16 de la radio VHF fait état d’une collision entre deux bateaux. Ni les autres navires, toujours nombreux en Manche, ni les services de sécurité maritime à l’écoute n’ont d’informations sur le type des embarcations concernées. Pas plus que sur leur position.
Après quatre longues minutes de silence, le chalutier Vauban annonce subir une voie d’eau, provoquée par une collision avec un autre chalutier, le Jean Tabourel, qui ne signale pas de
dégâts importants.
Les deux bateaux en acier, d’un peu plus de 24 mètres de long, sont robustes. Par chance, la collision n’a pas fait de blessés. Mais elle a produit une déchirure sur l’avant gauche de la coque du Vauban, au niveau de la ligne de flottaison. Les six hommes qui composent son équipage portent leurs gilets de sauvetage et disposent bien d’un radeau de survie, comme l’impose la réglementation internationale. Les deux navires se situent à 21 milles nautiques au nord de Fécamp, soit une quarantaine de kilomètres. Le centre régional opérationnel de surveillance
et de sauvetage (CROSS) Gris-Nez diffuse immédiatement un message d’urgence Pan Pan, auquel deux bateaux de pêche, le Mor Breiz et La Providence, répondent en proposant leur concours. Il
engage parallèlement, à 19 h 20, le canot tous temps SNS 089 Cap Fagnet, de la station SNSM de Fécamp, pour sauvetage et mise en œuvre d’une motopompe sur le Vauban.
Quelques minutes plus tard, La Providence fait savoir qu’il dispose d’une motopompe à son bord et qu’il la teste. De son côté, à 19 h 28, le Vauban informe le CROSS Gris-Nez que ses pompes de cale ne suffisent pas à évacuer toute l’eau qui s’engouffre par la déchirure de sa coque et qu’il demande assistance.
Deux minutes plus tard, l’hélicoptère Dauphin de la Marine nationale, Rescue Guepard Whiskey – ou RGW –, basé au Touquet, indique qu’il dispose d’une motopompe et qu’il est disponible. À 19 h 35, il obtient les autorisations nécessaires pour intervenir. À Fécamp, malgré le temps neigeux qui
complique les déplacements à terre, le SNS 089 appareille dans les délais impartis, à 19 h 42. Neuf Sauveteurs en Mer sont à bord, les neuf premiers à avoir réussi à se rendre à la station malgré la neige !
Le patron de sortie, Jérémy Bocquel, prévient par radio qu’il lui faudra une heure et vingt minutes pour arriver sur les lieux. Vingt minutes plus tard, le Vauban embarque la motopompe de La Providence et annonce très vite que la voie d’eau est « maîtrisée pour l’instant ». Une prudence
justifiée, car la machine casse assez rapidement ! À son tour, le Mor Breiz lui transfère une pompe, mais son faible débit ne suffit pas à étaler la voie d’eau.
Évacuer le personnel non indispensable
Au Touquet, l’hélicoptère de la Marine nationale décolle à 20 h 05, avec pour mission d’acheminer une autre motopompe jusqu’au Vauban. Ensuite, il doit hélitreuiller trois de ses six marins pour les déposer sur le Jean Tabourel, où ils seront plus en sécurité.
Las ! Les trois hommes qui constituent désormais l’équipage réduit du Vauban ne parviennent pas à mettre en œuvre cette nouvelle pompe venue du ciel. Et l’eau monte toujours dans le chalutier.
Devant l’urgence de la situation, décision est prise d’envoyer l’hélicoptère à la rencontre du SNS 089 Cap Fagnet pour récupérer sa pompe et la faire passer au Vauban. Mais l’équipage ne parviendra pas, non plus, à la démarrer !
« Comme toujours, nous l’avions essayée avant de la transférer et elle fonctionnait, souligne Jérémy Bocquel. Le CROSS me demande alors si nous avons un mécanicien à bord. J’ai la chance d’en avoir trois ! »
Fait rare : le CROSS propose, à ce moment-là, d’hélitreuiller l’un d’eux à bord du Vauban pour faire fonctionner la motopompe. « Nous en parlons entre nous, explique Jérémy Bocquel. Sébastien Louvel me semblait être très à l’aise. Je lui demande s’il est d’accord pour partir. C’est le cas. L’hélicoptère le dépose sur le Vauban. Il réussit à démarrer la pompe : c’était en fait une simple erreur de procédure de démarrage ! »
Grâce à l’acheminement d’un Sauveteur en Mer par hélicoptère, le pompage de l’eau à bord du Vauban reprend vingt minutes avant l’arrivée du SNS 089.
Intoxications
Mais faire tourner des pompes équipées de moteurs thermiques dans les espaces restreints d’un bateau n’est pas sans risques. Le Vauban signale que deux de ses marins ont été étourdis par les
gaz d’échappement. Le CROSS Gris-Nez prévoit leur évacuation et, dans l’immédiat, demande au canot tous temps si un secouriste se trouve à son bord. C’est le cas. Nicolas Doré est, à son tour, hélitreuillé et atterrit sur le chalutier. Il place les deux hommes sous oxygène et leur état s’améliore. Leur évacuation ne s’impose plus, pour le moment.
« En arrivant, nous voyons le "Vauban" et, dans son sillage, le "Jean Tabourel", ainsi que "La Providence" et le "Mor Breiz", qui l’accompagnaient en cas de besoin d’assistance. Il était incliné d’une vingtaine de degrés sur tribord, car le patron avait transvasé son carburant dans ses réservoirs tribord pour sortir un maximum d’eau de la brèche de sa coque à bâbord. »
Le chalutier fait route à 4 ou 5 nœuds en direction de Port-en-Bessin-Huppain, sa destination d’origine, située à plus d’une centaine de kilomètres.
« Nous nous sommes concertés avec le CROSS et, pour moi, c’était impossible qu’il y parvienne avec une telle brèche », poursuit le patron. Commence alors la recherche d’un port d’accueil. Dieppe fait savoir qu’il n’a pas les moyens de levage nécessaires pour sortir l’imposant bateau de l’eau.
Fécamp n’a pas de place. Le Havre a même été envisagé, mais c’était encore bien loin pour un bateau dans cet état, même escorté par la SNSM. « Le préfet maritime a tranché et décidé que ce serait Fécamp, indique Jérémy Bocquel. Nous l’avons accompagné jusqu’au poste d’amarrage
qui lui avait été désigné. »
« Très éprouvant »
Les pompiers arrivent avec une motopompe pour maintenir le bateau à flot. Heureusement, car l’une de celles à bord vient de rendre l’âme. Rapidement, les ambulances des pompiers prennent en charge les cinq personnes – quatre pêcheurs et un sauveteur – qui ont respiré des gaz d’échappement. Le canot a regagné son emplacement en pleine nuit, à 2 heures, puis les bénévoles
ont pu rentrer chez eux, après plus de six heures d’intervention. Après une réparation provisoire
approuvée par des experts, le Vauban est reparti quelques jours plus tard, direction Port-en-Bessin-Huppain.
« Cela a été une très belle mission, conclut Richard Briand, président de la station de Fécamp. L’équipage a fait preuve de professionnalisme, c’était une belle manœuvre. Ils sont partis à 20 heures pour un retour à 2 heures, c’était relativement long. En mission d’assistance, il y a finalement eu peu de manœuvres à assurer pour les équipiers à bord du canot de sauvetage. Mais, pour les deux sauveteurs à bord du chalutier Providence que nous ne pouvions pas relever,
cela a été très éprouvant. »
Équipage engagé
Canot Tous Temps SNS 089 Cap Fagnet
Patron de sortie : Jérémy Bocquel
Barreur : Sylvain Canouenne
Mécanicien : Sébastien Louvel
Radionavigateur : Ludovic Canouenne
Secouriste : Nicolas Doré
Canotiers : Jean-Marc Anest, Kilian Besnard, Sylvain Magnan, Louis Vasseur
Grâce à vos dons, nos sauveteurs sont formés et entraînés pour effectuer ces interventions de sauvetage
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