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Article Sauvetage

Une épave récupérée après trois ans de dérives dans l'Atlantique

publié le29 Avril 2026

écrit parAnatole Lamarre

6 minde lecture

Recouvert de coquillages après plus de trois ans de dérive dans l’Atlantique, le Woobie retrouve un quai au port des Minimes de La Rochelle, ramené à terre par les bénévoles de la SNSM. © SNSM La Rochelle

Trois ans après avoir disparu dans l’Atlantique lors d’une course, le bateau à rames Woobie a refait surface au large de l’île d’Oléron, en décembre 2025. Il a été ramené au port par les bénévoles de La Rochelle (Charente-Maritime), qui sont parvenus à le rendre à son propriétaire américain.

Le 28 décembre 2022, le Woobie est pris dans la tempête, à 1 400 kilomètres au large du Cap-Vert. L’embarcation grise de 10 mètres de long pour environ 2 mètres de large, décorée à la proue d’un motif représentant une tête de requin, est malmenée par la houle. À son bord, quatre vétérans de l’armée américaine qui prennent part au Talisker Whisky Atlantic Challenge, une course de 4 800 kilomètres à la rame entre les Baléares et les Caraïbes. Une quinzaine de jours après leur départ, les voici dans une fâcheuse position. Une terrible déferlante retourne soudain l’embarcation. Dans l’incapacité de la remettre à l’endroit, les marins sont contraints d’abandonner le Woobie en pleine mer et de le laisser à la dérive. « Réfugiés sur un bateau de survie, ils ont été sauvés par un cargo et ramenés au Canada, raconte Bryant Knight, le propriétaire du bateau. C’est incroyable que tout le monde ait survécu. » Le Woobie, quant à lui, disparaît dans l’immensité de l’océan.

Une coque retournée au large d’Oléron

Trois ans plus tard, le 11 décembre 2025, un navire de pêche informe de la présence d’une coque retournée au large de l’île d’Oléron (Charente-Maritime). Un objet flottant non identifié (OFNI) présente un risque pour la sécurité de la navigation. L’épave est signalée aux autorités maritimes, qui dépêchent immédiatement les Sauveteurs en Mer de la station de La Rochelle. Sur la vedette SNS 144 IMA Antioche, ils sont accompagnés par un plongeur des pompiers du département. Ce dernier se met à l’eau pour vérifier que personne n’est prisonnier de la coque. Une fois l’examen du bateau terminé, l’OFNI est remorqué par les bénévoles de la SNSM vers le port de plaisance des Minimes, à La Rochelle.

Arrivé au port, le bateau doit être identifié. Sur la coque, les sauveteurs distinguent des inscriptions et un nom permettant d’effectuer des recherches. Grâce à ces informations, ils parviennent à contacter la femme du propriétaire, afin de lui annoncer que le Woobie a été repêché. Il n’est plus seulement un objet flottant en mer. Il retrouve enfin un quai, des visages, et surtout une histoire à raconter. La nouvelle a des allures de miracle pour Bryant Knight. Il avait fait le deuil de son bateau tout en restant persuadé, au fond de lui, qu’il n’avait pas sombré. Mais, convaincu que les courants l’auraient porté vers l’Amérique du Sud, il est profondément surpris d’apprendre que le Woobie a terminé sa course sur les côtes françaises. « J’ai étudié les alizés et les courants pour estimer le lieu de son échouage, explique l’Américain à l’accent de l’Alabama prononcé. Il a dû être emporté par le Gulf Stream à l’abord des côtes américaines, qui l’a renvoyé vers l’est. Il a parcouru des milliers de kilomètres. » Il poursuit, ému : « J’y ai mis tellement de coeur. Je savais qu’il n’avait pas coulé. Il est insubmersible. »

« J’y ai mis tellement de coeur. Je savais qu’il n’avait pas coulé. Il est insubmersible. »

Bryant Knight

propriétaire du Woobie

Bien au sec au port des Minimes, le bateau à rames porte encore les stigmates de son incroyable épopée. Après cette longue période dans l’eau, le Woobie a ramené avec lui une belle collection de coquillages solidement incrustés sur sa coque. Les surprises sont aussi bien dedans que dehors. « Nous avons découvert près de 500 kilos de nourriture lyophilisée soigneusement stockée », détaille Xavier Vanhecke, patron de sortie à la station de La Rochelle et maître de port principal des Minimes. Une cargaison inattendue, témoin de l’expédition interrompue. La plus grande partie est encore parfaitement consommable et sera redistribuée à des pratiquants de course au large.

 

Mobilisation solidaire sur le port des Minimes

Le samedi 17 janvier, une chaîne de solidarité se met donc en place sur le port. Bryant Knight est rentré de Nairobi (Kenya) pour l’occasion et découvre l’état de son bateau. Aidé par des bénévoles de la SNSM et des agents portuaires, il retrousse ses manches pour donner au Woobie une deuxième jeunesse. Lavage au nettoyeur haute pression, grattage minutieux, vidage complet de l’embarcation, le chantier est aussi physique que symbolique. Le bateau change d’allure au fil des heures. De coque abîmée surgie de l’Atlantique, il redevient un bateau identifiable et familier pour Bryant Knight. Chaque geste compte. Pour lui, avoir récupéré le Woobie, c’est « retrouver une part de mon engagement, de mon combat et de l’esprit qui animait cette aventure hors norme. » Le destin du Woobie est désormais tracé. Il n’a pas repris la mer à la force des rames. Il a traversé l’Atlantique une dernière fois, bien à l’abri dans un conteneur, direction l’Alabama. Plusieurs musées ont déjà manifesté leur intérêt pour accueillir ce bateau pas comme les autres.

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