Article Sauvetage historique

Émile Robin, mécène international du sauvetage en mer

publié le5 Août 2025

écrit parJean-Patrick Marcq

10 minde lecture

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Portrait d'Émile Robin

Après avoir développé la fortune familiale, Émile Robin en a fait profiter de nombreuses sociétés de sauvetage en mer européennes © Wikipédia / Siegbert Brey

Ce riche indus­triel français, né en 1819 et mort en 1915, a financé de nombreuses socié­tés de sauve­tage euro­péennes après son retrait des affaires. Son souve­nir est encore vif dans de nombreux pays d’Eu­rope.

Le nom d’Émile Robin ne vous dit proba­ble­ment rien. Pour­tant, un bateau de sauve­tage danois porte encore le nom de ce philan­thrope du XIXe siècle. Une place de la ville de Vevey, en Suisse, lui rend égale­ment hommage. Et un docu­men­taire de la télé­vi­sion hollan­daise bros­sera bien­tôt le portrait de celui qui est proba­ble­ment l’un des plus grands finan­ceurs du sauve­tage en mer euro­péen.

Émile Robin naît à Paris en 1819. Il passe ses jeunes années à déve­lop­per la fortune fami­liale prove­nant de la produc­tion de cognac et de plumas­se­rie, puis inves­tit dans le négoce des bois du nord de l’Eu­rope. Mais, à 60 ans, épuisé, il décide de se reti­rer de ses enga­ge­ments profes­sion­nels pour consa­crer le reste de sa vie au finan­ce­ment d’une cause : le sauve­tage de la vie humaine en mer. Une acti­vité qu’il va gérer en homme d’af­faires averti.

Stations, baro­mètres et câble télé­pho­nique

Les raisons de son inté­rêt pour le sauve­tage en mer restent incer­taines. Une chose est sûre : il a sillonné le conti­nent pendant 40 ans, notam­ment en bateau, voyages durant lesquels il a peut-être connu des fortunes de mer. Il rejoint la Société centrale de sauve­tage des naufra­gés (SCSN) en 1879 et, avec ses deniers person­nels, met sur pied une fonda­tion desti­née à récom­pen­ser les comman­dants de navires qui se déroutent pour porter secours à des personnes en péril en mer. Une inci­ta­tion parfois néces­saire puisqu’à cette époque, le délit de non-assis­tance aux personnes en danger en mer n’existe pas. Il ne sera créé qu’en 1910, par la conven­tion de Bruxelles.

Le riche indus­triel ne s’ar­rête pas là. Il finance person­nel­le­ment la mise en place de nombreuses fonda­tions. L’une est desti­née à la créa­tion de la station du cap Lévi1, près de Cher­bourg, qui sera inau­gu­rée en 1887. Il n’a qu’une seule exigence : que le canot et tous ceux qui pour­raient le rempla­cer plus tard portent toujours les deux prénoms réunis d’Éline (dimi­nu­tif de Céline) et de Sophie, ceux de sa mère et de sa femme. La SCSN se confor­mera à son désir : l’Éline et Sophie entrera en service au cap Lévi et s’y compor­tera fière­ment, le canot sauvant notam­ment six hommes du brick Le Bernigo, du Havre, qui était allé se perdre sur la côte de Cosque­ville en pleine nuit.

En 1908, il finance aussi la pose d’un câble télé­pho­nique entre le phare du Grand Jardin et le fort de l’île Cézembre, dans la baie de Saint-Malo. Trois ans plus tard, il lance une fonda­tion pour doter certaines stations de baro­mètres anéroïdes2 et de bous­soles, et équi­per les patrons, les sous-patrons et les cano­tiers de cirés et de suroîts. Il se charge aussi de venir en aide aux sauve­teurs et à leurs familles lorsqu’ils traversent des périodes diffi­ciles.

Pour remer­cier Émile Robin, la SCSN donna son nom, en 1904, à un canot à redres­se­ment de 10,10 mètres qui fut affecté au cap Ferret, puis à la station de Fécamp. Le jour même de la mort du mécène, le 2 décembre 1915, ce canot portait secours à un navire naufragé et sauvait sept personnes.

Les nombreuses fonda­tions créées par Émile Robin ont aujour­d’hui disparu en France, leur capi­tal consti­tu­tif s’étant érodé par la dégra­da­tion du franc et l’obli­ga­tion pour la SCSN de les placer en fonds d’État. Mais, en Suisse, les fonds conti­nuent aujour­d’hui de finan­cer les sauve­teurs. La muni­ci­pa­lité de Vevey a baptisé une place à sa mémoire pour ses dons pérennes en faveur de deux sections de sauve­tage locales.

L’ac­tion d’Émile Robin ne se limite pas à la France et à la Suisse : au début du XXe siècle, il mobi­lise ses nombreux parte­naires dans les milieux écono­miques des pays avec lesquels il a commercé pour les faire adhé­rer à son projet orienté vers le sauve­tage en mer en Europe.

Le "MRB 20 Emile Robin" est actuellement en activité à la station de sauvetage de Hvide Sande, sur la côte ouest du Danemark.

Des navires à son nom dans toute l’Eu­rope

Son idée de prix décerné aux comman­dants de navires de commerce qui se déroutent pour porter secours avec succès à des naufra­gés en péril lui ouvre les portes des milieux mari­times étran­gers. Sa passion pour le sauve­tage en sera décu­plée, puisqu’il multi­plie les fonda­tions pour établir de nouvelles stations de sauve­tage ou perfec­tion­ner leurs instal­la­tions. On en trouve la trace en Espagne, en Italie, en Alle­magne, aux Pays-Bas, en Belgique, ou encore au Royaume-Uni.

Outre-Manche, le 7 juillet 1887, la Ship­wre­cked Fisher­men and Mari­ner’s Royal Bene­volent Society l’élit vice-président, honneur jamais accordé jusque-là à un étran­ger. Après son décès, en 1915, trois socié­tés donnèrent son nom à une de leurs embar­ca­tions, en Alle­magne, en Espagne et en Italie. Un fait unique dans les annales du sauve­tage en mer.

La sympa­thie dont Émile Robin était entouré lors de ses visites dans tous les pays d’Eu­rope avait engen­dré chez lui une foi dans le progrès humain et l’amé­lio­ra­tion de la condi­tion sociale des marins et de leurs familles. Jusqu’à son déclen­che­ment, il n’avait pas cru la guerre possible entre les nations les plus civi­li­sées du monde. La Première Guerre mondiale provoqua chez lui : « une déses­pé­rance dont il ne se releva pas, dira Amiral Touchard, président de la SCSN. Sans motif appa­rent, sa santé déclina rapi­de­ment, le ressort qui l’ani­mait était brisé et plus que toute autre raison fut la cause de sa mort. »

C’est peut-être au Dane­mark que le souve­nir du philan­thrope reste le plus vivace. Le Pari­sien était parti­cu­liè­re­ment lié à ce pays par sa fille, qui avait épousé un offi­cier de marine danois – le comman­dant Evans, dont le père avait été secouru par des sauve­teurs danois alors qu’il se trou­vait sur un navire drossé à la côte par la tempête.

L’in­dus­triel a large­ment financé la société de sauve­tage danoise et, depuis sa dispa­ri­tion, un canot de sauve­tage porte son nom. Aujour­d’hui, le MRB 20 Emile Robin est stationné en perma­nence à la station de sauve­tage de Hvide Sande, sur la côte ouest du Dane­mark. Le navire est si célèbre qu’il est décliné en modèle réduit.

1 La station du cap Lévi a été fermée en 1940 et rempla­cée par celle de Ferman­ville.
2 Baro­mètres compacts, beau­coup plus robustes et faci­le­ment trans­por­tables que les baro­mètres à mercure, surtout en mer.

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