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Un gilet de sauvetage renversant

publié le22 Novembre 2022

écrit parIlias Psaria­nos

mis à jour le18 Juin 2026

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Le gilet a été conçu pour conserver une grande liberté de mouvement © Robin Christol

Les Sauveteurs en Mer et Tribord – la marque spécialiste des sports nautiques de Decathlon – ont développé un gilet de sauvetage d’un genre nouveau. Autogonflant, le LJ180N est capable de retourner une personne tombée à l’eau, même inconsciente, pour maintenir ses voies aériennes hors de l’eau.

Les Sauve­teurs en Mer et Tribord avaient une envie commune : « Créer un produit de réfé­rence pour la sécu­rité des plai­san­ciers et des marins », souligne Marc Sauva­gnac, direc­teur géné­ral de la SNSM. En résulte un gilet de sauve­tage comme aucun autre, révélé à la presse au mois de septembre 2022, « après trois années de concep­tion, de croquis et de design ».

Ce gilet-harnais – le LJ180N – est à part. Auto­gon­flant, il est capable de retour­ner sur le dos une personne qui tombe à l’eau « en toutes circons­tances, même si l’on chute la tête en avant, se féli­cite Guénolé Havard, le direc­teur de la marque Tribord. C’est sur cet aspect-là que l’on a passé le plus de temps. » L’enjeu : conce­voir un gilet de sauve­tage dédié à la navi­ga­tion hautu­rière, qui s’adresse au grand public, mais aussi aux utili­sa­teurs les plus exigeants.

Le gilet de sauve­tage LJ180N co-conçu par la SNSM est en vente en boutique et sur le site inter­net de Decath­lon.

Testé en piscine, en mer et en course au large

Une cinquan­taine de proto­types ont été néces­saires pour parve­nir à ce résul­tat. Beau­coup d’es­sais ont été réali­sés en mer, de jour, de nuit, dans la houle, le froid, sur des semi-rigides, sur des voiliers. À chaque fois, ces expé­riences de terrain ont servi à appor­ter de nouvelles modi­fi­ca­tions.

« Les tests pour les normes sont, aujour­d’hui, effec­tués en piscine, en maillot de bain ou en combi­nai­son Néoprène®, ajoute Néhé­mie West­phal, chef de produit de Tribord. Mais, on le sait, avec la salo­pette de voile et les bottes, c’est une autre affaire. » En effet, de l’air peut souvent rester empri­sonné dans la tenue hautu­rière et se bloquer au niveau du dos, empê­chant le retour­ne­ment. « Avec ce gilet, nous faci­li­tons le retour­ne­ment d’une personne incons­ciente en tenue de voile hautu­rière », pour­suit Néhé­mie West­phal.

Ilias Psaria­nos, jour­na­liste à Radio France, a testé le gilet de sauve­tage LJ180N co-conçu par la SNSM. Démons­tra­tion en vidéo ci-dessous :

 

Le gilet pèse moins de 1,5 kg

L’autre défi était de créer un gilet « que l’on ait envie de garder pendant ses sorties en mer. Porter un gilet un ou plusieurs jours est assez contrai­gnant, concède Guénolé Havard. C’est pour cela que l’on a beau­coup travaillé sur son ergo­no­mie, son confort, ainsi que sa résis­tance. » Ces essais se sont dérou­lés au Tribord Sailing Lab, un centre de concep­tion et de déve­lop­pe­ment de 3 000 m² établi à La Rochelle, où Decath­lon teste ses nouveaux équi­pe­ments nautiques. « Dans notre centre installé au pied du port des Minimes, nous rencon­trons beau­coup de navi­ga­teurs, explique le direc­teur de la marque Tribord. On les voit partir en mer, reve­nir, et ils nous parlent de leur vécu à bord. »

L’ex­per­tise primor­diale de la SNSM

Mais ce qui a permis de mettre au point un gilet si avancé, c’est surtout l’ex­pé­rience incon­tes­table de la SNSM. « Nous sommes fina­le­ment les premiers acteurs à inter­ve­nir auprès des naufra­gés, rappelle Marc Sauva­gnac. Nous faisons évoluer nos moyens de sauve­tage en fonc­tion des situa­tions auxquelles nous sommes confron­tés lors des acci­dents en mer. Nous dispo­sons ainsi d’un maté­riel parfai­te­ment adapté. »

Gilet de sauvetage © Tribord

 

Décou­vrez dans cette vidéo l’his­toire de la concep­tion de ce gilet de sauve­tage hors du commun :

Le prin­cipe du LJ180N est « d’avoir un système d’at­tache et de harna­che­ment facile à mettre en œuvre et qu’il soit confor­table pour être porté, explique Benja­min Serfati, direc­teur des achats de la SNSM, qui a parti­cipé à la mise au point. Lorsque l’on chute à l’eau, il faut que ce gilet fonc­tionne, même quand on est équipé en tenue hiver­nale. Cela a été le cas. C’est le travail que nous avons mené sur l’er­go­no­mie et sur les phases de gonflage. Il faut aussi et surtout que ce gilet tourne très rapi­de­ment, qu’il main­tienne une personne tombée à la mer avec les voies aériennes en dehors de l’eau. »

Une forme de bélier

Grâce à un proces­sus commun de recherche et déve­lop­pe­ment, ce gilet est ainsi le premier du marché doté d’une vessie asymé­trique, faci­li­tant le retour­ne­ment. Cette vessie « en forme de bélier, comme la décrit Benja­min Serfati, assure au mieux le main­tien de la tête hors de l’eau. Pour nous, l’im­por­tant ensuite, c’est la repé­ra­bi­lité. Il fallait que le gilet soit visible de loin en mer ». C’est pourquoi a été ajou­tée une lampe flash visible à 360° et jusqu’à 3,5 kilo­mètres à la ronde par temps calme. Adapté à tout type de navi­ga­tion, ce nouveau produit est dispo­nible à la vente via le réseau Decath­lon, en maga­sin et en ligne (prix indi­ca­tif : 220 €).

Acheter ce gilet de sauvetage sur le site de Decathlon

Quel gilet pour quel usage ?

Avant toute sortie en mer, il faut penser au gilet de sauve­tage. S’il n’y a pas d’obli­ga­tion légale de le porter à bord d’un bateau, il est en revanche indis­pen­sable qu’il y en ait un par personne à bord. Mais revê­tir un gilet de sauve­tage augmente consi­dé­ra­ble­ment vos chances de survie si vous tombez à l’eau. Selon la SNSM, huit noyades sur dix auraient pu être évitées si les victimes avaient porté un gilet. En mousse ou gonflable, comment choi­sir son gilet de sauve­tage ?

Si vous pratiquez la voile légère, c’est-à-dire du déri­veur, de la planche à voile, du cata­ma­ran par exemple, il faut s’orien­ter vers un équi­pe­ment d’une flot­ta­bi­lité d’au moins 50 newtons (N). Plus la flot­ta­bi­lité est grande, plus le gilet sera effi­cace. Ce type de gilet ne retourne pas le naufragé sur le dos, mais seule­ment dégage les voies respi­ra­toires. Il est appro­prié pour une sortie en mer jusqu’à 2 milles d’un abri.

Si vous faites du kayak, privi­lé­giez un gilet de 70 N.

Pour la navi­ga­tion côtière, prévoyez au mini­mum un gilet de 100 N. Il permet­tra à une personne tombée à l’eau de se retour­ner sur le dos afin de pouvoir respi­rer, à condi­tion que ses vête­ments ne soient pas trop lourds. Idéal pour les eaux inté­rieures ou proté­gées.

Pour la navi­ga­tion semi-hautu­rière et hautu­rière, à plus de 6 milles d’un abri, il faut choi­sir un gilet d’au moins 150 N. Il retourne la victime en moins de cinq secondes, sauf dans les rares cas où elle est très lour­de­ment vêtue. Ils sont équi­pés d’une sangle sous-cutale en plus de bandes réflé­chis­santes, d’un sifflet et d’une poignée de halage.

Pour la navi­ga­tion hautu­rière, il faut privi­lé­gier le gilet à la flot­ta­bi­lité la plus impor­tante : 275 N. Un modèle de ce type permet­tra le retour­ne­ment de la personne tombée à la mer se fait en moins de cinq secondes, même habillée de vête­ments de protec­tion lourds.

Récit de notre journaliste

J’ai testé le nouveau gilet de sauvetage mis au point par la SNSM et Tribord

Il fait gris ce mardi à La Rochelle. J’ai rendez-vous sur la SNS 144 IMA Antioche, la vedette de première classe de la station locale des Sauve­teurs en Mer. Je suis accom­pa­gné par les ingé­nieurs de Tribord, la marque nautique de Decath­lon, et par des membres de la SNSM. Ma mission : tester en mer le nouveau gilet auto­gon­flant LJ180N mis au point par Tribord et les Sauve­teurs en Mer. Je vais devoir chuter à l’eau, tête la première, et lais­ser le gilet me retour­ner auto­ma­tique­ment. Comme il le ferait avec un marin tombé à l’eau, même incons­cient.

Pour expé­ri­men­ter le retour­ne­ment en condi­tions réelles, j’ai enfilé bottes, salo­pette, vareuse, et bien sûr le nouveau gilet. Je suis d’abord frappé par son faible poids, moins de 1,5 kg. C’est un gilet confor­table avec son col en mesh (tissu en maille filet élas­tique et respi­rant). Il est très facile à enfi­ler et à régler grâce à une boucle en inox qui se mani­pule d’une seule main. Je n’ai pas du tout l’im­pres­sion d’être oppressé, comme c’est souvent le cas avec un gilet.

Il a, par ailleurs, la parti­cu­la­rité d’avoir une vessie amovible zippée direc­te­ment sur une struc­ture de harnais. Cela permet de s’at­ta­cher direc­te­ment, de se déles­ter du poids de la vessie, et ce sans avoir à chan­ger d’équi­pe­ment. C’est bien pratique.

Notre journaliste en plein test du LJ180N. Une fois le gilet gonflé, impossible d’avoir la tête dans l’eau © SNSM

 

Une fois à bord de la vedette SNSM, nous gagnons le large. La mer est formée avec une houle d’un mètre. C’est le moment, il va falloir se jeter à l’eau. Je suis à bâbord du bateau. Près de moi, Benja­min Serfati, le direc­teur des achats de la SNSM. Il a mis au point le gilet avec les ingé­nieurs de Tribord. Il véri­fie si je suis bien équipé. Je suis en équi­libre à un peu plus de un mètre au-dessus de la mer. « Tu es prêt à sauter ? », me demande-t-il. C’est parti, je me jette à l’eau, la tête la première. Quelques secondes à peine après avoir sauté, sans avoir à faire quoi que ce soit, je sens mon corps se retour­ner sur le dos. Ma tête est hors de l’eau. Le rever­se­ment a bien eu lieu.

En imagi­nant que j’ai été incons­cient, je n’au­rais même pas eu le temps de boire la tasse. C’est magique. Je flotte. J’ai l’im­pres­sion d’être sur un siège flot­tant. Je n’ai même pas froid. L’eau est encore à 19 °C en cette fin septembre. Si je voulais nager, la brasse par exemple, ce serait en revanche impos­sible avec le gilet car je ne peux pas me retour­ner. Ça aussi, c’est magique. Je peux juste nager sur le dos, la tête toujours hors de l’eau.

C’est un grand moment pour moi, car, non seule­ment, je n’ai jamais eu l’oc­ca­sion de tester le déclen­che­ment d’un gilet, mais, qui plus est, je n’ai jamais eu besoin de faire appel aux béné­voles de la SNSM. J’en profite donc pour décou­vrir le savoir-faire des Sauve­teurs en Mer quand il s’agit de récu­pé­rer un naufragé. Ils s’ap­prochent de moi avec leur Zodiac®. Mes pieds touchent le flanc tribord de l’em­bar­ca­tion. « Laisse-toi faire, c’est nous qui allons te remon­ter dans le bateau », m’in­forment les sauve­teurs. Deux d’entre eux m’agrippent et me ramènent, sur le ventre, à l’in­té­rieur du pneu­ma­tique. Mission réus­sie.

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