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Le matelotage, un art marin qui se perd

publié le3 Juin 2025

Le matelotage repose sur un savoir-faire traditionnel très ancien. Ce n’est pas uniquement l’art des nœuds et des épissures, mais tout ce qui concerne l’entretien d’un navire, de son gréement, de ses embarcations, toutes les manœuvres de la voilure, de prise de mouillage, d’arrimage de la cargaison, de remorquage et d’accostage.

Aujour­d’hui, l’ap­pren­tis­sage des tech­niques de mate­lo­tage, inculqué dans diverses écoles d’en­sei­gne­ment mari­time, devient de plus en plus réduit. Pour navi­guer, il n’est plus néces­saire de connaître beau­coup de nœuds marins. Mais il faut être capable de les réali­ser et les dénouer très vite, en situa­tions urgentes, parfois dans l’obs­cu­rité. C’était le travail des fameux gabiers d’an­tan, marins spécia­li­sés dans la manœuvre des voiles, agiles à grim­per dans les mâtures avec les mate­lots – même par gros temps, – prendre des ris*, chan­ger les voiles, les recoudre au besoin et s’oc­cu­per de toutes les manœuvres de pont. Que devient ce savoir-faire tradi­tion­nel au langage riche et précis, avec des expres­sions inso­lites et savou­reuses dont ils avaient le secret ? Cet article a voca­tion à vous donner un aperçu de ce savoir et éviter qu’il ne dispa­raisse.

Les diffé­rents types de nœuds marins

Les nœuds marins, répu­tés pour leur ingé­nio­sité et leur effi­ca­cité, se classent en plusieurs caté­go­ries. Parmi eux, on retrouve notam­ment :

  • les nœuds d’amar­rage, qui servent à fixer un bateau à quai ;
  • les nœuds d’as­sem­blage, qui permettent de joindre deux cordages ;
  • les nœuds d’ar­rêt, comme le célèbre nœud en huit, qui empêchent une corde de glis­ser hors d’une poulie.

Les équi­pe­ments de navi­ga­tion sont de plus en plus modernes, et pour­tant savoir comment faire des nœuds marins reste essen­tiel pour tout marin ou plai­san­cier.

Quelques nœuds marins faciles à réali­ser

Extraits du Surrey Six, une épreuve de rapi­dité propo­sée par la Surrey Branch de l’IGKT (La Guilde Inter­na­tio­nale des Noueurs). Plus d’in­for­ma­tions sur : www.surreyk­nots.org.uk*

Le nœud de huit © SNSM

Le nœud en huit

Le nœud en huit appar­­tient à la famille des nœuds d’ar­­rêt; c’est un incon­tour­nable pour tout navi­ga­teur. Facile à réali­ser, il forme une butée effi­cace sur une corde. Bonus : il se défait faci­le­ment, même après avoir été soumis à une forte tension. Idéal pour empê­cher l’ex­tré­mité d’une corde de s’échap­per, le nœud de huit est souvent utilisé en mate­lo­tage pour sécu­ri­ser les équi­pe­ments à bord.

Le nœud d’écoute © SNSM

Le nœud d’écoute

Le nœud d’écoute est un nœud d’ajut qui rallonge un cordage en ajou­­tant un deuxième. Il permet donc d’abou­­ter (assu­­rer une liai­­son entre deux cordages parfois de natures diffé­­rentes). Utilisé pour assem­bler deux cordages de diamètres diffé­rents ou avec de la corde­lette, le nœud d’écoute est prisé pour sa soli­dité. Nœud simple à réali­ser, il est parfait pour fixer une voile à une drisse ou répa­rer tempo­rai­re­ment une corde abîmée. Ce type de nœud marin se distingue par son adap­ta­bi­lité.

Le nœud de chaise © SNSM

Le nœud de chaise

Le nœud de chaise est le plus connu des nœuds dits à boucle fixe. Le terme anglais bowline évoque le nœud d’at­­tache de la bouli­ne** sur la bordure d’une voile pour l’orien­­ter au plus près du vent sur les grands voiliers d’au­­tre­­fois. Souvent quali­fié de roi des nœuds et facile à apprendre, il est aussi appelé nœud de bouline. Avec sa boucle fixe qui ne glisse pas, il peut suppor­ter des charges lourdes. Idéal pour des situa­tions d’ur­gence, comme le sauve­tage, ce nœud marin facile se réalise rapi­de­ment, même avec peu d’ex­pé­rience.

Le nœud de bosse © SNSM

Le nœud de bosse

Utile pour tendre une corde entre deux points, le nœud de bosse est souvent employé pour raidir une amarre, ou pour soula­ger le guin­deau au mouillage. Simple à mettre en place, il se distingue par sa grande poly­va­lence. Même soumis à de fortes tensions, le nœud de bosse ou nœud de fouet reste facile à défaire, et à dépla­cer le long de l’amarre.

Le nœud d’amarrage © SNSM

Le nœud d’amar­rage

Un bon nœud d’amar­rage doit être fiable et rapide à réali­ser. Parmi les plus courants, le nœud de cabes­tan et le tour mort et deux demi-clés sont large­ment utili­sés. Ils permettent d’at­ta­cher et main­te­nir un bateau en posi­tion, même sous l’ef­fet des marées ou des vents.

Le nœud constricteur © SNSM

Le nœud constric­teur

Ce nœud marin se distingue par sa capa­cité à main­te­nir une tension extrême. Il fait partie de la famille des nœuds de liure ou d’at­­tache. Il sert à amar­­rer et à bien serrer ensemble divers objets. Idéal pour les situa­tions où un nœud perma­nent est néces­saire, il est utile pour fixer des cordages autour d’objets cylin­driques. Très commode pour prépa­­rer un œil épis­sé*** sur un cordage; Ce nœud à bosser est un amar­­rage à fouet sur un point fixe. Il a pour fonc­­tion de main­­te­­nir provi­­soi­­re­­ment une amarre en tension, avant d’ache­­ver l’amar­­rage final, sur une double bitte**** par exemple. Ce nœud d’amar­­rage avec un tour mort et deux demi-clefs se classe en tête dans sa caté­­go­­rie d’amar­­rage. Même sous très forte tension, il pourra toujours être largué.

L’apprentissage à tout âge

Que ce soit à des fins profes­sion­nelles ou pour la pratique de certains sports, il n’y a pas d’âge pour décou­vrir les nouages et comprendre leurs parti­cu­la­ri­tés. Il faut les pratiquer avec des bouts de diffé­rentes tailles. Même si, aujour­d’hui, il existe d’ex­cel­lents ouvrages, l’idéal reste la démons­tra­tion par quelqu’un qui les connaît bien et de les refaire à partir d’un modèle confec­tionné sur un tableau. Certains se conten­te­ront d’un schéma visuel, d’autres auront besoin de commen­taires, pas à pas, des diffé­rentes étapes à suivre. À chacun sa manière de les mémo­ri­ser et de les utili­ser, puis de progres­ser par la suite vers des montages plus savants.

Atten­tion, c’est un loisir qui peut se révé­ler très addic­tif !

Comment faire un nœud marin facile comme celui-ci ? Très proche du nœud de cabes­tan, il affiche une capa­cité de serrage supé­rieure avec sa demi-clé supplé­men­taire, et reste diffi­cile à défaire.

L’art du nœud constricteur en six étapes ©snsm

 

Certains sauve­teurs SNSM ont rejoint la branche française de cette guilde : www.igkt.fr. Elle soutient et offre à titre gracieux à quelques stations SNSM des petits objet déco­ra­tifs : porte-clefs en pomme de touline, brace­lets divers… lors de démons­tra­tions dans des fêtes nautiques. 

Quel nœud marin pour amar­rer son bateau ?

Pour amar­rer un bateau, comme le nœud de cabes­tan, le choix du nœud de chaise est souvent recom­mandé. Ce nœud marin facile offre la combi­nai­son parfaite entre sécu­rité et simpli­cité. Pour des amar­rages provi­soires ou d’ur­gence, un tour mort asso­cié à deux demi-clefs assure une excel­lente tenue sans gros effort.

Glos­saire des nœuds marins

* Ris : Bouts de garcette (petit cordage tressé ou toronné) desti­nés à réduire une voilure. Plusieurs bandes de ris servent à dimi­nuer progres­si­ve­ment la surface d’une voilure.

** Une bouline : filin dont une extré­mité est amar­rée sur un œil ou une patte sur les ralingues******* de chute d’une voie pour l’orien­ter.

*** Épissé : se dit d’un cordage sur lequel on a fait une épis­sure (entre­la­ce­ment des torons), soit pour le joindre à un autre, soit sur lui-même pour faire une boucle.

**** Une bitte : pièce en bois ou en métal fixée sur le pont d’un navire ou sur un quai, sur lequel on passe une amarre ou tout simple­ment pour tour­ner une manœuvre.

***** Courant : partie libre du cordage à partir de laquelle un nouage est réalisé.

****** Dormant : partie fixe du cordage.

******* Une ralingue : cordage qui vient renfor­cer la bordure d’une voile et sur laquelle on peut exer­cer des efforts impor­tants pour l’orien­ter. 

 

 

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Article rédigé par Antoine Leroy

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