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Nœud de chaise et nœud d'écoute sont-ils cousins ?

publié le19 Novembre 2024

L'apprentissage des différents nœuds marin est très utile pour la navigation. © Adobe Stock

Les entrelacements sur différents nœuds peuvent revêtir bien des similitudes dans leur structure. Il en est ainsi du nœud d’écoute et du nœud de chaise, deux nœuds marins classiques. Mais ne seraient-ils pas cousins ? 

Le nœud d’écoute

Le nœud d’écoute, aussi appelé nœud de tisse­rand, est d’ori­gine fort ancienne puisqu’il date de l’époque du Néoli­thique, où il était utilisé pour la confec­tion des filets de pêche. Il est aussi le symbole de vexil­lo­lo­gie, l’étude des drapeaux et des pavillons, parce qu’il sert à relier un pavillon à sa drisse afin d’être hissé.

La struc­ture de cet ajut est simple. Elle permet de relier 2 brins de cordage, parfois de diffé­rents diamètres. Le brin courant du plus petit cordage (dans le schéma avec la flèche) traverse la boucle (ganse) du plus gros, le contourne et vient se coin­cer sous le dormant, pour être bloqué. Sa struc­ture est donc celle d’une demi-clé verrouillée autour d’une ganse.

Malgré son nom, il est para­doxal d’ob­ser­ver que le nœud d’écoute n’est guère utilisé pour frap­per une écoute sur une voile. En effet, dans sa version simple, il n’est pas très sécu­risé, sous faible tension, et peut se dénouer tout seul ! Cepen­dant, c’est un nœud fiable qui résiste très bien aux fortes trac­tions et qui peut faci­le­ment être dénoué. Il est employé pour des usages variés et dans divers domaines, autres que le nautisme. Par exemple, en équi­ta­tion, certains dres­seurs de chevaux l’uti­lisent pour confec­tion­ner des longes et des licols adap­tables aux mensu­ra­tions de l’ani­mal, grâce aux nœuds modu­lables.  

noeud d'écoute
Le brin courant du plus petit cordage (dans le schéma avec la flèche) traverse la boucle (ganse) du plus gros, le contourne et vient se coincer sous le dormant, pour être bloqué.

Comment le sécu­ri­ser davan­tage avec une meilleure tenue ?

Pour faire un nœud d’écoute solide, il faut faire atten­tion au sens des boucles. Les deux extré­mi­tés de la corde­lette doivent se trou­ver du même côté pour éviter que le nœud ne glisse et ne se défasse. Pour renfor­cer cet ajut, vous pouvez faire un double nœud. 

Noeud d'écoute 1
Faire un tour supplémentaire autour de la ganse
Noeud d'écoute 2
Ajouter un cabillot (ou un martyr). Même sous très forte tension, il sera facile à larguer
Noeud d'écoute 3
Nœud dʼécoute renforcé : le courant repasse sous la demi-clé pour former une figure en huit

Variantes originales et robustes inspirées du nœud d’écoute

Le nœud Simon simple
Le nœud Simon simple : après la demi-clé, le courant repasse sous la ganse
Le nœud Simon double
Le nœud Simon double : le double croisement rend cet ajut très efficace.

Le nœud de chaise

Ce nœud de boucle est bien connu des marins, des pêcheurs et des plai­san­ciers. Il appar­tient à la famille des nœuds de boucle et c’est le plus connu et simple à réali­ser. À l’ori­gine, il était destiné à orien­ter les voiles. Son usage est très ancien. Déjà employé du temps de la Haute-Égypte, il a été iden­ti­fié dans le grée­ment de la célèbre barque solaire de Khéops, décou­verte en 1954 dans une fosse au pied de la pyra­mide de Gizeh.

L’ap­pel­la­tion « nœud de chaise » trouve son origine dans le fait que l’on puisse s’as­seoir dans la boucle pour se hisser. Il est aussi appelé nœud de bouline.

Quelles sont les parti­cu­la­ri­tés du nœud de chaise ?

Le nœud de chaise est idéal pour nouer des cordages desti­nés à subir de fortes trac­tions, car il forme un œil non coulant. Il est résis­tant et se défait faci­le­ment, même s’il a été très forte­ment serré ou que le cordage est mouillé. Pour le défaire, il suffit de le « casser » en soule­vant la boucle qui coince le brin allant vers le bas.

Toute­fois, on peut lui trou­ver l’in­con­vé­nient d’être unidi­rec­tion­nel et de se desser­rer plus aisé­ment qu’un nœud de huit après avoir subi une lourde charge.

Dans quelles circons­tances utili­ser le nœud de chaise ?

Le nœud de chaise est certai­ne­ment le nœud le plus utilisé et le plus poly­va­lent. Il peut servir dans de nombreuses situa­tions et dans de nombreux domaines d’ac­ti­vité, comme le nautisme, l’al­pi­nisme, la pêche, l’équi­ta­tion et le camping.

En navi­ga­tion, ce nœud à boucle est souvent adopté pour amar­rer des navires (à un anneau d’amar­rage par exemple), pour fixer les voiles, pour rabou­ter deux cordages, pour rempla­cer un mousque­ton de drisse ou encore, pour fixer un palan. Les nœuds de chaise sont aussi fréquem­ment employés en opéra­tion de secours ou par le grim­peur en esca­lade, car ils peuvent faire emploi de chaises de fortune (une boucle pour l’as­sise, l’autre pour le dossier de la chaise).

Comment faire un nœud de chaise ?

Il existe plusieurs méthodes pour la réali­sa­tion de ce nœud marin à boucle fixe, selon l’usage et la situa­tion. Il peut sembler diffi­cile à nouer au premier abord, mais c’est un nœud simple à réali­ser lorsque l’on s’est un peu entraîné.

Oublions ici les tech­niques du style « le serpent sort du puits, contourne l’arbre et retourne dans le puits ». Même si cette célèbre phrase est un bon moyen mnémo­tech­nique, pensons plutôt à la logique : « dessous sous dessous et dessus sur dessus » ; ce raison­ne­ment est valable pour comprendre beau­coup de nouages.

On commence par une demi-clé en tirant la longueur de brin souhaité pour réali­ser la boucle.

nœud de chaise 1
Le brin dormant passe sous la demi-clé.
Le brin courant (avec la flèche) vient par
dessous celle-ci et ressort
par-dessus.
noeud de chaise 2
Le brin dormant étant sous la demi-clé,
le brin courant doit passer par-dessous.
noeud de chaise 3
Nouveau passage dans la partie supérieure
de la demi-clé, le brin courant
vient donc dessus

On termine par ajus­ter le nœud, puis par le serrer.

Atten­tion, selon la nature des cordages utili­sés, il est prudent de sécu­ri­ser le nœud de chaise. Dans la mesure du possible, il est préfé­rable d’y substi­tuer un œil épissé.

Si vous dési­rez faire un nœud de chaise renforcé, il est égale­ment possible de lui ajou­ter un nœud d’ar­rêt pour l’em­pê­cher de glis­ser et de se défaire. Par exemple, il est possible de réali­ser une clé avec un nœud du pêcheur double ou une clé Yose­mite. Pensez aussi à lais­ser du mou dans le dormant, car il ne faut pas effec­tuer ce nœud sous tension.

 

Les variantes du nœud de chaise

Le nœud de chaise et son envers

Peu importe le sens des demi-clés, toujours dessous sous dessous et dessus sur dessus… C’est ce qui appa­raît dans ce nœud de chaise et sa figure symé­trique. La demi-clé, surli­gnée en jaune, vient cein­tu­rer une ganse (surli­gnée en rouge) ; c’est donc la même struc­ture de nouage que le nœud d’écoute. 

Nœud de chaise et son envers

Le nœud de chaise des Inuits

Ce nœud a été observé au début des années 1900 par Franz Boas, un anthro­po­logue d’ori­gine germa­nique, qui a étudié les popu­la­tions inuites sur la terre de Baffin et dans la baie d’Hud­son. Plus compacte que le nœud de chaise clas­sique, cette variante est répu­tée plus robuste.

Noeud Inuit 1
Le courant vient dessus,
puis dessous et dessus,
le nœud se formant en tirant dans le
sens des flèches.
Noeud Inuit 2
Comme pour le nœud de chaise
classique, une demi-clé enserre
une ganse, mais la
position du brin
dormant a changé.

Le nœud de chaise est la base de nombreux autres nœuds de boucle et nœuds d’ajut :

  • le nœud de chaise de calfat : il était parti­cu­liè­re­ment pratique pour affa­ler un homme le long de la coque afin qu’il calfate les joints avec de l’étoupe et du goudron, entre les bordées ; 
  • le nœud de chaise double sur son double : il est consti­tué de deux boucles rigides et paral­lèles. Ce nœud est très pratique en opéra­tion de sauve­tage, pour hisser une personne ou alors, pour monter un équi­pier dans la mâture ;
  • le nœud de chaise boucle double : plus résis­tant que le nœud de chaise simple, il est utile pour s’en­cor­der ou se vacher au relais ;
  • le nœud de chaise de pompier : il permet de trans­bor­der ou de descendre un corps plus faci­le­ment, en passant une boucle sous le bras de la victime et l’autre sous ses genoux ;
  • le nœud de chaise triple : il assure une répar­ti­tion de charge sur trois ancrages. Il peut être employé pour hisser une personne en la tenant par les jambes et par la taille ;
    le nœud de chaise portu­gais : il permet de confec­tion­ner un harnais pour passer les jambes à travers les deux boucles ;
  • le nœud de lagui : ce nœud coulant peut servir d’ac­croche rapide, pour récu­pé­rer un élément tombé à l’eau par exemple ;
  • le nœud d’agui : consti­tué de deux nœuds de chaise, il est utile pour atta­cher 2 aussières.
     

Le bon choix des nœuds et des cordages, une ques­tion d’ex­pé­rience

Quel que soit l’em­ploi de ces deux nœuds cousins, leur résis­tance à la rupture dépend de nombreux facteurs. Tandis que leur fiabi­lité et leur robus­tesse s’ap­pré­cient avec la tension appliquée à les serrer (les souquer, en langage de marin), leur résis­tance à la trac­tion et à l’usure dépendent géné­ra­le­ment des compo­si­tions.

Pour tous les nouages pouvant conduire à des situa­tions à risque, il est indis­pen­sable de bien connaître les carac­té­ris­tiques propres des maté­riaux de cordage utili­sés (charge de rupture, résis­tance aux frot­te­ments, aux intem­pé­ries, etc.) et de choi­sir les nœuds les plus appro­priés pour un travail en sécu­rité.

  • Le cordage tradi­tion­nel en fibre natu­relle (comme le chanvre, la fibre de coco ou le lin, le sisal, le coton, le jute, le raphia, la manille) est plus rare­ment utilisé aujour­d’hui, car il coûte plus cher et qu’il est moins résis­tant aux frot­te­ments. Cepen­dant, la fibre natu­relle est plus élas­tique, supporte très bien les UV et ne gonfle pas lorsqu’elle est mouillée.
  • Le cordage en textile synthé­tique (comme le nylon, le poly­amide, le poly­es­ter, le dacron, le téry­lène, le kevlar, le spec­tra, le vectran, le poly­éthy­lène, etc.) est plus exten­sible sous le poids, plus souple et plus résis­tant aux frot­te­ments, aux chocs et à la putré­fac­tion. Il est aussi dispo­nible à plus petit prix que le cordage tradi­tion­nel. Les cordes en matière synthé­tique offrent des charges de rupture bien plus supé­rieures que celles en fibres natu­relles.

Enfin, sachons que les cordages tradi­tion­nels et synthé­tiques ne font pas toujours bon ménage lorsqu’ils sont noués ensemble.

Glossaire

Écoute (Sheet) : le cordage  frappé dans l’angle  infé­rieur d’une voile permet de  l’orien­ter plus ou moins dans  l’axe du navire.

Demi-clé (Half hitch) : ce n’est qu’une partie d’un nœud, indis­pen­sable pour sécu­ri­ser diffé­rents amar­rages.

Brin courant (Working end) : partie du cordage utili­sée pour réali­ser un nœud.

Brin dormant (Stan­ding part) : partie fixe du nœud, par oppo­si­tion au brin courant.

Ganse (Bight) : forme d’un cordage replié sur lui-même.

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Texte et visuels four­nis par Antoine Leroy.

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