Je donne
Conseil

Nos conseils pour préparer une grande traversée en mer

publié le18 Décembre 2024

"Joshua", le célèbre voilier de Bernard Moitessier, accompagnait les participants de la Longue Route lors de leur départ de Lorient, le 11 août 2024. © Bruno Treca

Certains aventuriers traversent mers et océans avec un bateau de série. Si vous êtes également tenté de vous éloigner des côtes françaises – pour vous rendre en Irlande ou aux Baléares par exemple – nous vous livrons le conseils de ces navigateurs chevronnés.

Dimanche matin 11 août 2024. La Bretagne béné­fi­cie, enfin, d’un jour de cani­cule. Ciel bleu, bonne brise, mer plate. Grande agita­tion dans la rade de Lorient, des dizaines de voiles dans les passes. Pourquoi des sirènes sonnent-elles de temps à autre ? Pourquoi Joshua, le mythique voilier de Bernard Moites­sier, est-il là, toutes voiles dehors ? Qui suspecte que trois bateaux perdus au milieu des autres, à peine iden­ti­fiés par un écus­son sur leur coque, s’alignent ce matin au départ pour affron­ter un immense défi ? Ici, quand on parle course, on pense géné­ra­le­ment aux grands Ultime ou aux Mini qui filent comme des bombes.

En ce dimanche, trois marins (Éric Beau­vi­lain, Pierre-André Huglo et Alfonso Pascual) sur la quin­zaine d’ins­crits prennent part à la deuxième édition de la Longue Route. Un tour du monde à la voile sans escale et en soli­taire, nommé ainsi en hommage au célèbre livre de Moites­sier. Deux d’entre eux ont un bateau plus vieux et plus petit que la quasi-tota­lité des voiliers de plai­sance qui filent à côté d’eux, mais ils se lancent dans un tour du monde de plusieurs mois en soli­taire, par les trois caps, sans escale.

Les moyens finan­ciers de ces passion­nés n’ont rien à voir avec ceux des navi­ga­teurs profes­sion­nels. La vitesse non plus. Charles Caudre­lier a gagné la première Arkéa Ultim Chal­lenge autour du monde en moins de 51 jours. Au bout d’une soixan­taine de jours, Pierre-André Huglo, le plus rapide des partants du 11 août, s’ap­prê­tait seule­ment à doubler le cap de Bonne-Espé­rance, à la pointe sud de l’Afrique, pour affron­ter les hautes lati­tudes jusqu’au cap Horn.

Ces véri­tables bour­lin­gueurs des mers, qui appa­reillent pour de longues périodes en soli­taire dans des mers diffi­ciles, sont bien souvent d’ex­cel­lents marins. Leurs conseils peuvent s’avé­rer précieux. Nous avons pu parler à cinq navi­ga­teurs qui font ou ont fait la Longue Route, ainsi qu’à un ancien direc­teur tech­nique de la SNSM qui sillonne les océans, à un archi­tecte naval et au chef de base Atlan­tique de l’école Macif Centre de voile (parte­naire de la SNSM)… Voici quelques « trucs » pour partir en sécu­rité, si vous voulez aller plus loin que la balade côtière habi­tuelle.

Tous les bateaux peuvent-ils réali­ser de grandes traver­sées en mer ?

Les récits de navi­ga­tions loin­taines avec des bateaux de série abondent. Pour­tant, un peu d’in­tui­tion et de bon sens nous suggèrent que le bateau le plus agréable pour l’apé­ri­tif au mouillage n’est pas forcé­ment celui qui inspire le plus confiance pour voguer loin. « Il faut que votre bateau puisse remon­ter le vent, même sous voilure réduite avec beau­coup de vent », suggère, pour aider à trier, l’ar­chi­tecte Frédé­ric Neuman. Il a dessiné certains canots de sauve­tage, notam­ment les nouveaux navires de sauve­tage hautu­riers (NSH) de la SNSM, mais aussi des navires de plai­sance.

La régle­men­ta­tion nous dit – en partie, seule­ment – jusqu’où peut aller un bateau. Un texte, d’ins­pi­ra­tion euro­péenne, classe les bateaux neufs en caté­go­ries A, B, C, D… depuis 1998. Il est « bien fait », d’après l’ar­chi­tecte naval. Pour lui, on peut s’aven­tu­rer loin avec des bateaux clas­sés A ou B. Mais ces lettres indiquent seule­ment quelles force de vent et hauteur de vague ces navires sont suppo­sés pouvoir affron­ter.

Elles laissent au skip­peur la respon­sa­bi­lité d’en tirer les conclu­sions. À ne pas confondre avec la divi­sion 240, qui impose le maté­riel de sécu­rité à embarquer en fonc­tion de l’éloi­gne­ment d’un abri. Les bateaux construits avant la norme A, B, C, D ont, quant à eux, gardé leur ancienne caté­go­rie de 1 à 6 ; seuls les 1 et 2 (plus de 200 milles d’un abri, envi­ron 320 kilo­mètres) peuvent être consi­dé­rés aptes à de grandes traver­sées.

L’es­sen­tielle stabi­lité, plus impor­tante que la taille du bateau

Nous n’avons pas encore parlé de taille. Elle n’est pas déter­mi­nante en matière de sécu­rité, où les maîtres mots sont plutôt stabi­lité et struc­ture. Citons Yann Quenet, qui vient de repar­tir pour un tour du monde dans son bateau de 4 mètres. La taille est impor­tante s’agis­sant du confort. Sur les petits bateaux de la Longue Route, il faut par exemple pomper longue­ment le dessa­li­ni­sa­teur manuel pour avoir de l’eau douce.

En novembre 2024, le plus grand des trois bateaux ayant quitté Lorient le 11 août a aban­donné. Merlin, acheté pour la Longue Route, est un Chatam 37, quillard de 2005, très rassu­rant au premier abord : une dizaine de tonnes d’acier sur 11 mètres de long, tout en robus­tesse. Alors, pourquoi Éric Beau­vi­lain, après des années de voyages et des milliers de milles au comp­teur, a-t-il décidé de s’ar­rê­ter ?

En allant – comme les premiers navi­ga­teurs portu­gais – cher­cher les vents alizés jusqu’au large du Brésil pour descendre vers le cap de Bonne-Espé­rance, il s’est beau­coup plaint que son bateau tapait trop dure­ment dans les vagues au près (en remon­tant le vent). Le doute s’est installé et il s’est alors souvenu de ce que lui avait dit le grutier quand il a démâté et mis le bateau en chan­tier : non seule­ment la coque est lourde par rapport aux plans (12 tonnes à vide), mais son mât est très, très lourd (500 kg). «  Il ne m’était plus possible de navi­guer serei­ne­ment plus au sud, explique-t-il. Lorsque l’on subit un violent coup de vent dans ces mers, la peur est suffi­sam­ment présente pour rajou­ter du stress en se deman­dant si le bateau va se redres­ser. »

Un pan crucial du travail des archi­tectes est d’éva­luer les réac­tions des coques dans toutes les posi­tions possibles. Le nouveau navire de sauve­tage hautu­rier des Sauve­teurs en Mer doit, comme les canots tous temps qui l’ont précédé, se remettre tout seul debout s’il était complè­te­ment roulé par une vague. Atten­tion à tout ce qui peut modi­fier ces calculs : bateau surchargé, poids supplé­men­taire dans les hauts, etc.

Quel est le bateau idéal pour réali­ser une longue traver­sée ?

Pourquoi, parmi quan­tité de bateaux de monsieur Tout-le-Monde, plus abor­dables finan­ciè­re­ment, le bateau anglais Contessa 32 – qui date des années 1970 – est-il devenu une sorte de chou­chou ? Les deux autres voiliers ayant levé l’ancre de Lorient le 11 août sont des Contessa 32. Pierre-André Huglo a embarqué pour sa deuxième Longue Route avec le sien, baptisé Fresh Herring.

C’est un bateau typique­ment britan­nique, rien de radi­cal, tout en équi­libre, réputé pour bien marcher à toutes les allures, aux dimen­sions d’un navi­ga­teur soli­taire. Il est en poly­es­ter, très soli­de­ment construit. Le mât descend jusqu’à la quille au lieu d’être posé sur le pont (ce qui n’est pas un avan­tage aux yeux d’autres skip­peurs). Il est devenu mythique parce que le seul bateau de cette classe (dans ces tailles) à avoir terminé, dans la tempête, la légen­daire et meur­trière course du Fast­net de 1979 – où 19 personnes ont perdu la vie – était un Contessa 32.

«  J’ai eu besoin des sauve­teurs une fois parce que je navi­guais sur un bateau qui s’est fait retour­ner et ne s’est pas redressé, raconte Pierre-André Huglo. J’aime beau­coup les sauve­teurs et je donne à la SNSM, mais je veux pouvoir m’en sortir seul.  » Or, il a bien regardé la courbe de redres­se­ment du Contessa, bateau rela­ti­ve­ment étroit, au centre de gravité très bas. Il est convaincu qu’il se remet­tra toujours dans le bon sens. Encore la stabi­li­té…

Le point de vue de l’assureur

Même penché sur vos cartes, n’oubliez jamais de maintenir une veille visuelle pour éviter les abordages ou les talonnages. © Damien Langlet

Pour Philippe Bodou, respon­sable sous­crip­tion corps de navire plai­sance et trans­port – marchan­dises chez Gene­rali (un des assu­reurs parte­naires des Sauve­teurs en Mer), « les bateaux sont moins inquié­tants que les compor­te­ments des navi­ga­teurs  »

Il enre­gistre envi­ron 15 % d’abor­dages dans ses statis­tiques ! Dont certains ont sans doute lieu au port. « Les proprié­taires qui passent à un bateau plus grand ne le maîtrisent pas du premier coup », précise-t-il. Lui-même plai­san­cier, le spécia­liste de l’as­su­rance mari­time rappelle aussi qu’il « rester en vigi­lance pour surveiller les cartes marines tout en regar­dant autour de soi ». La veille visuelle reste indis­pen­sable sur tous les bateaux, même au large. «  On constate encore beau­coup de talon­nages et d’échoue­ments, souligne-t-il. Quand on sort de ses mouillages habi­tuels, on peut avoir affaire à des zones beau­coup moins bali­sées qu’en France et beau­coup d’obs­tacles ne sont pas signa­lés sur les cartes ou les guides ».

Côté assu­rance, il faut penser à deux choses avant toute sortie de croi­sière : avoir à bord du bateau son attes­ta­tion d’as­su­rance et savoir qui appe­ler en cas de problèmes (secours et assu­reur). La zone d’as­su­rance par défaut étant l’Eu­rope au sens très large, il convient de contac­ter son assu­reur dès lors que la navi­ga­tion envi­sa­gée consiste à sortir de cette zone.

Contrai­re­ment à la rumeur, il n’existe pas de règles géné­rales impo­sées par les assu­reurs quant à la vétusté des bateaux ni de leurs compo­sants (grée­ments qui seraient à chan­ger obli­ga­toi­re­ment tous les dix ans, etc.). Et si l’on veut profi­ter de l’avis d’un expert pour faire le tour de son vieux bateau – « vieux » n’étant pas forcé­ment syno­nyme de mauvais état ni de manque de soli­dité –, une liste d’ex­perts certi­fiés par les assu­reurs, par dépar­te­ment, est dispo­nible sur www.cesam.org.

Une struc­ture à comprendre et à respec­ter

Dans une maison, on sait qu’il y a des murs porteurs que l’on ne peut pas enle­ver ni percer comme une simple cloi­son. Un bateau aussi a une struc­ture qui doit lui permettre d’en­cais­ser les coups de la mer, les pres­sions et trac­tions du grée­ment. Exemple simple : beau­coup de voiliers de croi­sière disposent d’une cloi­son sous le mât, lui-même posé sur le pont. Si celle-ci est affai­blie ou si la partie sous le mât vieillit mal, la soli­dité de l’en­semble est compro­mise.

Il faut donc être parti­cu­liè­re­ment atten­tif à l’in­té­grité de ces éléments. Quand on véri­fie l’étan­chéité autour des hublots ou des panneaux de pont sur un bateau d’un certain âge, ce n’est pas seule­ment pour s’as­su­rer que l’équi­page reste au sec. Des infil­tra­tions peuvent sérieu­se­ment dété­rio­rer des éléments de struc­ture, dans du contre­plaqué marine, par exemple, mais aussi dans des maté­riaux plus modernes compo­sés de diffé­rentes couches. Un bateau qui va navi­guer plus long­temps, plus loin est un bateau dont la struc­ture peut fati­guer et mérite d’être surveillée.

Les équi­pe­ments essen­tiels : grée­ment et gouver­nail

Ne plus avoir de mât est presque aussi ennuyeux que perdre sa quille, et pas si rare que cela. Non seule­ment le bateau est en panne de propul­sion, mais, en plus, il est en danger parce que mât et grée­ment à l’eau dans les vagues peuvent abîmer sérieu­se­ment la coque. D’où la présence obli­ga­toire à bord d’un coupe-haubans pour s’en libé­rer.

Le fait de navi­guer plus et plus loin renforce nette­ment le risque de voir le hauba­nage en inox, qui vous inspi­rait confiance, donner des signes de faiblesse, voire casser. Deux exemples vécus. Descente de la côte irlan­daise, poussé pendant des heures par un bon vent de nord-ouest. À l’ar­ri­vée au mouillage, une équi­pière lève les yeux (heureu­se­ment) et signale un « gendarme ». Un des torons du beau câble en inox a cédé. Même expé­rience en récep­tion­nant, en Galice, un bateau qui venait de traver­ser le golfe de Gascogne par bon vent portant.

Les bateaux qui mettent les voiles pour des aven­tures comme la Longue Route le font avec un hauba­nage neuf ou très récent… avec des doutes pour certains parti­ci­pants. « J’ai regretté de l’avoir fait », raconte Fran­cis Tolan, orga­ni­sa­teur de la Longue Route 2024 et ayant pris part à celle de 2018. Il a cassé deux bas-haubans « neufs » de mauvaise qualité.

Si l’on change son grée­ment, il ne faut donc pas le faire à l’éco­no­mie. Autre­ment, comme Éric Abadie (voir ci-dessous), il faut l’ins­pec­ter « à la loupe » pour tenter de déce­ler les faiblesses. Ou bien chan­ger ce qui souffre le plus. Julien Corgier, chef de base Atlan­tique de l’école Macif Centre de voile, attire l’at­ten­tion sur l’étai avant, que les enrou­leurs de génois solli­citent tout parti­cu­liè­re­ment.

Et si on n’a plus de mât, comment on rentre ? Les parti­ci­pants de la Longue Route prennent à bord au moins deux tangons (poutres qui servent norma­le­ment à écar­ter le spi ou le génois du mât) pour pouvoir impro­vi­ser un petit grée­ment de fortune si besoin. Eyme­ric Maif­frédy, qui avait envi­sagé de se joindre à eux et a effec­tué de fréquentes traver­sées de l’At­lan­tique, s’est, pour sa part, offert une voile de kite de secours conçue par l’an­cien coureur Yves Parlier afin de rame­ner un bateau en diffi­culté (à une allure portante).

Gare au gouver­nail

Toujours pas décou­ra­gés ? Le gouver­nail est aussi un équi­pe­ment essen­tiel, soumis à de gros efforts, qui mérite réflexion et inspec­tion avant de bour­lin­guer au loin. Julien Corgier pointe les barres à roue et l’usure du système de trans­mis­sion avec le safran (partie immer­gée). Même avec des barres franches – reliées direc­te­ment au safran –, ceux qui vont très loin déposent le safran pour tout véri­fier, notam­ment la mèche. Les récits de gouver­nails cassés et de ce qui s’en­suit sont non moins clas­siques. Alfonso Pascual a par exemple été obligé de faire escale au Cap pour répa­rer le jeu entre le safran et la barre, plus quelques autres casses, avant de repar­tir.

Tant que le voilier est au sec, véri­fiez tous les passe-coques, autre­ment dit tout ce qui crée un perce­ment dans la coque. Le chef de base de Macif Centre de voile pointe égale­ment les joints moteur-hélice, qui, en vieillis­sant, deviennent poreux et cassants.

Même œil critique à avoir sur tout l’ar­rière du bateau, en imagi­nant la rare (mais méchante) vague de l’ar­rière, qui peut vous rattra­per dans le mauvais temps. Les parti­ci­pants de la Longue Route réduisent au mini­mum les équi­pe­ments élec­tro­niques à l’ex­té­rieur. Ils condamnent les ouver­tures de coffres (conten­tez-vous de prévoir ou de véri­fier leur blocage) et font très atten­tion à la sécu­ri­sa­tion de l’ou­ver­ture du bateau vers l’ex­té­rieur (capot, descente).

Nous vous avons fait un peu peur ? C’était pour vous inci­ter à procé­der à un tour appro­fondi de votre bateau. Vous le connaî­trez mieux, vous vous senti­rez plus auto­nomes et vous vous élan­ce­rez en confiance. C’est tout ce que nous vous souhai­tons. 

La sagesse d’un ancien de la SNSM

Eric Abadie (à gauche), a parcouru le Globe sur Manevaï.

Conseil d’un retraité aux actifs. « Si, l’été prochain, vous effec­tuez une traver­sée, donnez-vous une marge de sécu­rité pour le retour. Ne repar­tez pas avec une mauvaise météo parce qu’il faut abso­lu­ment rentrer. » Éric Abadie a été quelque temps le direc­teur tech­nique de la SNSM, après une carrière d’of­fi­cier dans la Marine natio­nale.

Depuis dix ans, il profite de la retraite pour décou­vrir la planète sur son Mane­vaï, un solide déri­veur en alumi­nium. Malgré ses exploits, dont le célèbre « passage du nord-ouest », dans les glaces entre l’At­lan­tique et le Paci­fique, et quelques grandes traver­sées en soli­taire, il insiste : « Restez humble. Faites ce que permettent votre bateau, son état d’en­tre­tien et son équi­page. »

Le sympa­thique blog de Mane­vaï montre qu’il n’hé­site pas à rester sous-voilé à la tombée du jour pour ména­ger une nuit un peu calme au couple bateau-marin. « Si on navigue sur un déri­veur un peu lourd, ce n’est pas pour faire de la régate », souligne Éric Abadie.

Mane­vaï a 37 ans, mais est minu­tieu­se­ment entre­tenu. Cette année, mât et grée­ment ont été démon­tés en Asie du Sud-Est et inspec­tés « à la loupe » avant d’être remis en place. Les fissures ne sont pas toujours où on les attend : il a fallu refaire une des cadènes, les épaisses pièces métal­liques qui relient les haubans à la coque.

Éric conti­nue à opti­mi­ser son bateau en fonc­tion de son expé­rience, en cher­chant les bons compro­mis. Pendant dix ans, l’an­cien offi­cier a profité de ses compé­tences pour assu­rer ses liai­sons grâce aux ondes radio à haute fréquence. Là, il vient de craquer et passe aux commu­ni­ca­tions par satel­lite, qui deviennent finan­ciè­re­ment plus acces­sibles.

Sécu­ri­sez l’équi­page avant tout

Au large plus encore qu’au port, tomber à la mer reste le danger prin­ci­pal quand on navigue. Et, si cela arrive, vous risquez fort d’être le seul bateau à cher­cher votre équi­pier. Sur Mane­vaï, l’an­cien direc­teur tech­nique de la SNSM, Éric Abadie, insiste pour que toute personne seule sur le pont porte sa balise indi­vi­duelle AIS, «  même en maillot de bain  » !

Porter des gilets, avoir une échelle pour remon­ter : les précau­tions habi­tuelles restent de rigueur. Le mieux, surtout si l’on navigue en soli­taire, est de ne jamais passer à l’eau. Les parti­ci­pants à la Longue Route y ont beau­coup réflé­chi. Le harnais croché court est pour eux la meilleure solu­tion. Les « lignes de vie » sur lesquelles on accroche le mousque­ton sont souvent sur le pont, le long du bord. Trop près de l’eau pour Pierre-André Huglo, qui les a éloi­gnées. Quand la mer est forte, dès qu’il passe le buste dehors, il a un bout amarré en travers du cock­pit pour se crocher. De là, il reste sécu­risé où qu’il se trouve.

Alfonso Pascual, concur­rent égale­ment guide de haute montagne, a adapté les freins de chute pour les vias ferra­tas à sa longe afin d’amor­tir le choc pour le maté­riel et l’homme si ce dernier est emporté par une vague et récu­péré par son harnais. Frédé­ric Switala – concur­rent qui a l’ha­bi­tude peu ortho­doxe de s’agrip­per aux filières qui font le tour du pont – a fait rempla­cer les « chan­de­liers » sur lesquels elles tiennent par de solides tubes en alumi­nium soudés sur la coque. Les filières elles-mêmes sont désor­mais en Dyneema® fluo­res­cent pour bien tomber sous la main la nuit.

Pierre-André Huglo a éloigné de l’eau les lignes de vie, qui lui permettent d’être attaché à son bateau en toutes circonstances. © Jean-Claude Hazera

N’hé­si­tez pas à « custo­mi­ser »

Comme eux, rien ne vous inter­dit, pour les grandes traver­sées, de « custo­mi­ser » votre bateau avec des bouts ou sangles bien placés. Même à l’in­té­rieur. Dans un grand bateau, on ne sait pas toujours où s’ac­cro­cher. Rajou­tez bouts et sangles, au plafond s’il le faut pour les plus grands. Et, tant que nous sommes à l’in­té­rieur, tout ce qui peut deve­nir un projec­tile dans un bateau brusque­ment couché par une rafale ou une vague doit être sécu­risé. «  J’ai rajouté des loquets sur tous les plan­chers et les tiroirs », explique Éric Abadie.

Plus on est loin, moins le méde­cin est proche. La trousse à phar­ma­cie clas­sique risque de ne pas suffire. Certains l’en­ri­chissent avec les conseils de leur méde­cin. Des stages spéci­fiques existent. « Je préfère toujours répa­rer le tableau élec­trique, mais on m’a appris à faire une suture sur un crâne », raconte Éric Abadie. Et, surtout, où que vous soyez à la surface du globe, vous pouvez appe­ler les méde­cins du Centre de consul­ta­tion médi­cale mari­time, au SAMU de Toulouse.

De façon géné­rale, Inter­net et télé­phone par satel­lite se bana­lisent sur les bateaux. En choi­sis­sant votre système, pensez bien sûr à l’en­voi aux copains de votre première photo de phoque. Mais imagi­nez aussi qu’il peut servir à trans­mettre aux méde­cins de Toulouse la photo d’une méchante plaie ou à rester en contact avec les sauve­teurs alors que vous êtes hors de portée de toute commu­ni­ca­tion par VHF. Des télé­phones satel­lites permet­tant de commu­niquer depuis un radeau de survie sont aussi dispo­nibles d’oc­ca­sion ou en loca­tion.

Enfin, les combi­nai­sons de survie – très utiles pour flot­ter au sec et au chaud – sont un peu chères et encom­brantes, mais elles ont sauvé la vie de plus d’un marin. Elles sont d’ailleurs obli­ga­toires pour les profes­sion­nels. « Avec harnais », précise Fran­cis Tolan, coor­ga­ni­sa­teur de la Longue Route 2024, qui a eu l’oc­ca­sion de parti­ci­per à un sauve­tage lors de la précé­dente édition. Très loin, le seul secours possible risque d’être un très gros cargo. Monter à bord n’est pas évident. D’où le harnais.

Les conseils de Jean Maurel, organisateur de courses au grand large

Prépa­rer son équi­page avant une grande traver­sée

Soyez plusieurs marins à avoir déjà fait une grande traver­sée. Une seule personne expé­ri­men­tée ne suffit pas pour assu­mer une telle respon­sa­bi­lité. Si cette personne avait un problème de santé, était bles­sée, ou tombait à la mer, la présence d’un autre marin expé­ri­menté serait indis­pen­sable, voir vitale.

Faire un bon bilan de santé avant de partir (test à l’ef­fort / bilan cardiaque / mala­die connue ou chro­nique, etc.).

Prépa­rer son bateau avant une grande traver­sée

Le bateau doit être en bon état. Le moindre ennui tech­nique pouvant s’avé­rer très problé­ma­tique, il est néces­saire avant de partir de véri­fier :

  • Le bon fonc­tion­ne­ment du système de barre ou de gouver­nail.
  • L’étan­chéité de la coque et des hublots.
  • Le bon état de la voilure et du grée­ment : mâts, bômes, tangons, etc. Manœuvres courantes (drisses, écoutes, etc.). Manœuvres dormantes (étais, haubans, etc.).

Enfin, l’état du bateau étant véri­fié, il faut aussi pouvoir, au grand large, se débrouiller seul dans le cas d’une voie d’eau, d’une avarie de barre ou de grée­ment.

Prépa­rer l’ar­me­ment du bateau avant une grande traver­sée

Les progrès aujour­d’hui sont tels qu’il faut mettre les moyens dans les équi­pe­ments, quitte à les louer :

  • balises de détresse,
  • télé­phone étanche satel­li­taire,
  • GPS,
  • balise person­nelle,
  • flasheur,
  • prévoyez égale­ment un contai­ner de survie : en fonc­tion de la durée de votre traver­sée, il doit vous permettre de tenir le temps que les secours arrivent. Vous y mettrez un dessa­li­ni­sa­teur manuel, de la nour­ri­ture, des fusées de détresse, des flasheurs, un système de radar auto­nome.

Atten­tion quand une personne est seule sur le pont

Quand un membre de l’équi­page se retrouve seul sur le pont, de nuit ou par mauvais temps, il est indis­pen­sable qu’il soit équipé et atta­ché :

  • une bras­sière ou gilet à flot­ta­bi­lité inté­grée,
  • un harnais,
  • une balise person­nelle,
  • un flasheur  

Atten­tion pendant la nuit durant une grande traver­sée 

De nuit, évitez de vous lais­ser “bercer” par les moyens modernes de navi­ga­tion. Même sous pilote auto­ma­tique et AIS, allu­mez le radar et faites des veilles régu­lières. Si vous sortez sur le pont, appliquez les conseils donnés pour un membre d’équi­page seul sur le pont.

Conseils santé pendant une grande traver­sée 

Empor­tez une trousse de secours complète et à jour ainsi qu’un guide médi­cal indis­pen­sable pour vous aider à poser un diag­nos­tic ou réali­ser une inter­ven­tion d’ur­gence.

Article rédigé par Jean-Claude Hazera.

La newsletter snsm

Rester informé, c'est déjà s'engager