Nos conseils pour préparer une grande traversée en mer
publié le18 Décembre 2024

"Joshua", le célèbre voilier de Bernard Moitessier, accompagnait les participants de la Longue Route lors de leur départ de Lorient, le 11 août 2024. © Bruno Treca
Certains aventuriers traversent mers et océans avec un bateau de série. Si vous êtes également tenté de vous éloigner des côtes françaises – pour vous rendre en Irlande ou aux Baléares par exemple – nous vous livrons le conseils de ces navigateurs chevronnés.
Dimanche matin 11 août 2024. La Bretagne bénéficie, enfin, d’un jour de canicule. Ciel bleu, bonne brise, mer plate. Grande agitation dans la rade de Lorient, des dizaines de voiles dans les passes. Pourquoi des sirènes sonnent-elles de temps à autre ? Pourquoi Joshua, le mythique voilier de Bernard Moitessier, est-il là, toutes voiles dehors ? Qui suspecte que trois bateaux perdus au milieu des autres, à peine identifiés par un écusson sur leur coque, s’alignent ce matin au départ pour affronter un immense défi ? Ici, quand on parle course, on pense généralement aux grands Ultime ou aux Mini qui filent comme des bombes.
En ce dimanche, trois marins (Éric Beauvilain, Pierre-André Huglo et Alfonso Pascual) sur la quinzaine d’inscrits prennent part à la deuxième édition de la Longue Route. Un tour du monde à la voile sans escale et en solitaire, nommé ainsi en hommage au célèbre livre de Moitessier. Deux d’entre eux ont un bateau plus vieux et plus petit que la quasi-totalité des voiliers de plaisance qui filent à côté d’eux, mais ils se lancent dans un tour du monde de plusieurs mois en solitaire, par les trois caps, sans escale.
Les moyens financiers de ces passionnés n’ont rien à voir avec ceux des navigateurs professionnels. La vitesse non plus. Charles Caudrelier a gagné la première Arkéa Ultim Challenge autour du monde en moins de 51 jours. Au bout d’une soixantaine de jours, Pierre-André Huglo, le plus rapide des partants du 11 août, s’apprêtait seulement à doubler le cap de Bonne-Espérance, à la pointe sud de l’Afrique, pour affronter les hautes latitudes jusqu’au cap Horn.
Ces véritables bourlingueurs des mers, qui appareillent pour de longues périodes en solitaire dans des mers difficiles, sont bien souvent d’excellents marins. Leurs conseils peuvent s’avérer précieux. Nous avons pu parler à cinq navigateurs qui font ou ont fait la Longue Route, ainsi qu’à un ancien directeur technique de la SNSM qui sillonne les océans, à un architecte naval et au chef de base Atlantique de l’école Macif Centre de voile (partenaire de la SNSM)… Voici quelques « trucs » pour partir en sécurité, si vous voulez aller plus loin que la balade côtière habituelle.
Tous les bateaux peuvent-ils réaliser de grandes traversées en mer ?
Les récits de navigations lointaines avec des bateaux de série abondent. Pourtant, un peu d’intuition et de bon sens nous suggèrent que le bateau le plus agréable pour l’apéritif au mouillage n’est pas forcément celui qui inspire le plus confiance pour voguer loin. « Il faut que votre bateau puisse remonter le vent, même sous voilure réduite avec beaucoup de vent », suggère, pour aider à trier, l’architecte Frédéric Neuman. Il a dessiné certains canots de sauvetage, notamment les nouveaux navires de sauvetage hauturiers (NSH) de la SNSM, mais aussi des navires de plaisance.
La réglementation nous dit – en partie, seulement – jusqu’où peut aller un bateau. Un texte, d’inspiration européenne, classe les bateaux neufs en catégories A, B, C, D… depuis 1998. Il est « bien fait », d’après l’architecte naval. Pour lui, on peut s’aventurer loin avec des bateaux classés A ou B. Mais ces lettres indiquent seulement quelles force de vent et hauteur de vague ces navires sont supposés pouvoir affronter.
Elles laissent au skippeur la responsabilité d’en tirer les conclusions. À ne pas confondre avec la division 240, qui impose le matériel de sécurité à embarquer en fonction de l’éloignement d’un abri. Les bateaux construits avant la norme A, B, C, D ont, quant à eux, gardé leur ancienne catégorie de 1 à 6 ; seuls les 1 et 2 (plus de 200 milles d’un abri, environ 320 kilomètres) peuvent être considérés aptes à de grandes traversées.
L’essentielle stabilité, plus importante que la taille du bateau
Nous n’avons pas encore parlé de taille. Elle n’est pas déterminante en matière de sécurité, où les maîtres mots sont plutôt stabilité et structure. Citons Yann Quenet, qui vient de repartir pour un tour du monde dans son bateau de 4 mètres. La taille est importante s’agissant du confort. Sur les petits bateaux de la Longue Route, il faut par exemple pomper longuement le dessalinisateur manuel pour avoir de l’eau douce.
En novembre 2024, le plus grand des trois bateaux ayant quitté Lorient le 11 août a abandonné. Merlin, acheté pour la Longue Route, est un Chatam 37, quillard de 2005, très rassurant au premier abord : une dizaine de tonnes d’acier sur 11 mètres de long, tout en robustesse. Alors, pourquoi Éric Beauvilain, après des années de voyages et des milliers de milles au compteur, a-t-il décidé de s’arrêter ?
En allant – comme les premiers navigateurs portugais – chercher les vents alizés jusqu’au large du Brésil pour descendre vers le cap de Bonne-Espérance, il s’est beaucoup plaint que son bateau tapait trop durement dans les vagues au près (en remontant le vent). Le doute s’est installé et il s’est alors souvenu de ce que lui avait dit le grutier quand il a démâté et mis le bateau en chantier : non seulement la coque est lourde par rapport aux plans (12 tonnes à vide), mais son mât est très, très lourd (500 kg). « Il ne m’était plus possible de naviguer sereinement plus au sud, explique-t-il. Lorsque l’on subit un violent coup de vent dans ces mers, la peur est suffisamment présente pour rajouter du stress en se demandant si le bateau va se redresser. »
Un pan crucial du travail des architectes est d’évaluer les réactions des coques dans toutes les positions possibles. Le nouveau navire de sauvetage hauturier des Sauveteurs en Mer doit, comme les canots tous temps qui l’ont précédé, se remettre tout seul debout s’il était complètement roulé par une vague. Attention à tout ce qui peut modifier ces calculs : bateau surchargé, poids supplémentaire dans les hauts, etc.
Quel est le bateau idéal pour réaliser une longue traversée ?
Pourquoi, parmi quantité de bateaux de monsieur Tout-le-Monde, plus abordables financièrement, le bateau anglais Contessa 32 – qui date des années 1970 – est-il devenu une sorte de chouchou ? Les deux autres voiliers ayant levé l’ancre de Lorient le 11 août sont des Contessa 32. Pierre-André Huglo a embarqué pour sa deuxième Longue Route avec le sien, baptisé Fresh Herring.
C’est un bateau typiquement britannique, rien de radical, tout en équilibre, réputé pour bien marcher à toutes les allures, aux dimensions d’un navigateur solitaire. Il est en polyester, très solidement construit. Le mât descend jusqu’à la quille au lieu d’être posé sur le pont (ce qui n’est pas un avantage aux yeux d’autres skippeurs). Il est devenu mythique parce que le seul bateau de cette classe (dans ces tailles) à avoir terminé, dans la tempête, la légendaire et meurtrière course du Fastnet de 1979 – où 19 personnes ont perdu la vie – était un Contessa 32.
« J’ai eu besoin des sauveteurs une fois parce que je naviguais sur un bateau qui s’est fait retourner et ne s’est pas redressé, raconte Pierre-André Huglo. J’aime beaucoup les sauveteurs et je donne à la SNSM, mais je veux pouvoir m’en sortir seul. » Or, il a bien regardé la courbe de redressement du Contessa, bateau relativement étroit, au centre de gravité très bas. Il est convaincu qu’il se remettra toujours dans le bon sens. Encore la stabilité…
Le point de vue de l’assureur
Pour Philippe Bodou, responsable souscription corps de navire plaisance et transport – marchandises chez Generali (un des assureurs partenaires des Sauveteurs en Mer), « les bateaux sont moins inquiétants que les comportements des navigateurs »
Il enregistre environ 15 % d’abordages dans ses statistiques ! Dont certains ont sans doute lieu au port. « Les propriétaires qui passent à un bateau plus grand ne le maîtrisent pas du premier coup », précise-t-il. Lui-même plaisancier, le spécialiste de l’assurance maritime rappelle aussi qu’il « rester en vigilance pour surveiller les cartes marines tout en regardant autour de soi ». La veille visuelle reste indispensable sur tous les bateaux, même au large. « On constate encore beaucoup de talonnages et d’échouements, souligne-t-il. Quand on sort de ses mouillages habituels, on peut avoir affaire à des zones beaucoup moins balisées qu’en France et beaucoup d’obstacles ne sont pas signalés sur les cartes ou les guides ».
Côté assurance, il faut penser à deux choses avant toute sortie de croisière : avoir à bord du bateau son attestation d’assurance et savoir qui appeler en cas de problèmes (secours et assureur). La zone d’assurance par défaut étant l’Europe au sens très large, il convient de contacter son assureur dès lors que la navigation envisagée consiste à sortir de cette zone.
Contrairement à la rumeur, il n’existe pas de règles générales imposées par les assureurs quant à la vétusté des bateaux ni de leurs composants (gréements qui seraient à changer obligatoirement tous les dix ans, etc.). Et si l’on veut profiter de l’avis d’un expert pour faire le tour de son vieux bateau – « vieux » n’étant pas forcément synonyme de mauvais état ni de manque de solidité –, une liste d’experts certifiés par les assureurs, par département, est disponible sur www.cesam.org.
Une structure à comprendre et à respecter
Dans une maison, on sait qu’il y a des murs porteurs que l’on ne peut pas enlever ni percer comme une simple cloison. Un bateau aussi a une structure qui doit lui permettre d’encaisser les coups de la mer, les pressions et tractions du gréement. Exemple simple : beaucoup de voiliers de croisière disposent d’une cloison sous le mât, lui-même posé sur le pont. Si celle-ci est affaiblie ou si la partie sous le mât vieillit mal, la solidité de l’ensemble est compromise.
Il faut donc être particulièrement attentif à l’intégrité de ces éléments. Quand on vérifie l’étanchéité autour des hublots ou des panneaux de pont sur un bateau d’un certain âge, ce n’est pas seulement pour s’assurer que l’équipage reste au sec. Des infiltrations peuvent sérieusement détériorer des éléments de structure, dans du contreplaqué marine, par exemple, mais aussi dans des matériaux plus modernes composés de différentes couches. Un bateau qui va naviguer plus longtemps, plus loin est un bateau dont la structure peut fatiguer et mérite d’être surveillée.
Les équipements essentiels : gréement et gouvernail
Ne plus avoir de mât est presque aussi ennuyeux que perdre sa quille, et pas si rare que cela. Non seulement le bateau est en panne de propulsion, mais, en plus, il est en danger parce que mât et gréement à l’eau dans les vagues peuvent abîmer sérieusement la coque. D’où la présence obligatoire à bord d’un coupe-haubans pour s’en libérer.
Le fait de naviguer plus et plus loin renforce nettement le risque de voir le haubanage en inox, qui vous inspirait confiance, donner des signes de faiblesse, voire casser. Deux exemples vécus. Descente de la côte irlandaise, poussé pendant des heures par un bon vent de nord-ouest. À l’arrivée au mouillage, une équipière lève les yeux (heureusement) et signale un « gendarme ». Un des torons du beau câble en inox a cédé. Même expérience en réceptionnant, en Galice, un bateau qui venait de traverser le golfe de Gascogne par bon vent portant.
Les bateaux qui mettent les voiles pour des aventures comme la Longue Route le font avec un haubanage neuf ou très récent… avec des doutes pour certains participants. « J’ai regretté de l’avoir fait », raconte Francis Tolan, organisateur de la Longue Route 2024 et ayant pris part à celle de 2018. Il a cassé deux bas-haubans « neufs » de mauvaise qualité.
Si l’on change son gréement, il ne faut donc pas le faire à l’économie. Autrement, comme Éric Abadie (voir ci-dessous), il faut l’inspecter « à la loupe » pour tenter de déceler les faiblesses. Ou bien changer ce qui souffre le plus. Julien Corgier, chef de base Atlantique de l’école Macif Centre de voile, attire l’attention sur l’étai avant, que les enrouleurs de génois sollicitent tout particulièrement.
Et si on n’a plus de mât, comment on rentre ? Les participants de la Longue Route prennent à bord au moins deux tangons (poutres qui servent normalement à écarter le spi ou le génois du mât) pour pouvoir improviser un petit gréement de fortune si besoin. Eymeric Maiffrédy, qui avait envisagé de se joindre à eux et a effectué de fréquentes traversées de l’Atlantique, s’est, pour sa part, offert une voile de kite de secours conçue par l’ancien coureur Yves Parlier afin de ramener un bateau en difficulté (à une allure portante).
Gare au gouvernail
Toujours pas découragés ? Le gouvernail est aussi un équipement essentiel, soumis à de gros efforts, qui mérite réflexion et inspection avant de bourlinguer au loin. Julien Corgier pointe les barres à roue et l’usure du système de transmission avec le safran (partie immergée). Même avec des barres franches – reliées directement au safran –, ceux qui vont très loin déposent le safran pour tout vérifier, notamment la mèche. Les récits de gouvernails cassés et de ce qui s’ensuit sont non moins classiques. Alfonso Pascual a par exemple été obligé de faire escale au Cap pour réparer le jeu entre le safran et la barre, plus quelques autres casses, avant de repartir.
Tant que le voilier est au sec, vérifiez tous les passe-coques, autrement dit tout ce qui crée un percement dans la coque. Le chef de base de Macif Centre de voile pointe également les joints moteur-hélice, qui, en vieillissant, deviennent poreux et cassants.
Même œil critique à avoir sur tout l’arrière du bateau, en imaginant la rare (mais méchante) vague de l’arrière, qui peut vous rattraper dans le mauvais temps. Les participants de la Longue Route réduisent au minimum les équipements électroniques à l’extérieur. Ils condamnent les ouvertures de coffres (contentez-vous de prévoir ou de vérifier leur blocage) et font très attention à la sécurisation de l’ouverture du bateau vers l’extérieur (capot, descente).
Nous vous avons fait un peu peur ? C’était pour vous inciter à procéder à un tour approfondi de votre bateau. Vous le connaîtrez mieux, vous vous sentirez plus autonomes et vous vous élancerez en confiance. C’est tout ce que nous vous souhaitons.
La sagesse d’un ancien de la SNSM
Conseil d’un retraité aux actifs. « Si, l’été prochain, vous effectuez une traversée, donnez-vous une marge de sécurité pour le retour. Ne repartez pas avec une mauvaise météo parce qu’il faut absolument rentrer. » Éric Abadie a été quelque temps le directeur technique de la SNSM, après une carrière d’officier dans la Marine nationale.
Depuis dix ans, il profite de la retraite pour découvrir la planète sur son Manevaï, un solide dériveur en aluminium. Malgré ses exploits, dont le célèbre « passage du nord-ouest », dans les glaces entre l’Atlantique et le Pacifique, et quelques grandes traversées en solitaire, il insiste : « Restez humble. Faites ce que permettent votre bateau, son état d’entretien et son équipage. »
Le sympathique blog de Manevaï montre qu’il n’hésite pas à rester sous-voilé à la tombée du jour pour ménager une nuit un peu calme au couple bateau-marin. « Si on navigue sur un dériveur un peu lourd, ce n’est pas pour faire de la régate », souligne Éric Abadie.
Manevaï a 37 ans, mais est minutieusement entretenu. Cette année, mât et gréement ont été démontés en Asie du Sud-Est et inspectés « à la loupe » avant d’être remis en place. Les fissures ne sont pas toujours où on les attend : il a fallu refaire une des cadènes, les épaisses pièces métalliques qui relient les haubans à la coque.
Éric continue à optimiser son bateau en fonction de son expérience, en cherchant les bons compromis. Pendant dix ans, l’ancien officier a profité de ses compétences pour assurer ses liaisons grâce aux ondes radio à haute fréquence. Là, il vient de craquer et passe aux communications par satellite, qui deviennent financièrement plus accessibles.
Sécurisez l’équipage avant tout
Au large plus encore qu’au port, tomber à la mer reste le danger principal quand on navigue. Et, si cela arrive, vous risquez fort d’être le seul bateau à chercher votre équipier. Sur Manevaï, l’ancien directeur technique de la SNSM, Éric Abadie, insiste pour que toute personne seule sur le pont porte sa balise individuelle AIS, « même en maillot de bain » !
Porter des gilets, avoir une échelle pour remonter : les précautions habituelles restent de rigueur. Le mieux, surtout si l’on navigue en solitaire, est de ne jamais passer à l’eau. Les participants à la Longue Route y ont beaucoup réfléchi. Le harnais croché court est pour eux la meilleure solution. Les « lignes de vie » sur lesquelles on accroche le mousqueton sont souvent sur le pont, le long du bord. Trop près de l’eau pour Pierre-André Huglo, qui les a éloignées. Quand la mer est forte, dès qu’il passe le buste dehors, il a un bout amarré en travers du cockpit pour se crocher. De là, il reste sécurisé où qu’il se trouve.
Alfonso Pascual, concurrent également guide de haute montagne, a adapté les freins de chute pour les vias ferratas à sa longe afin d’amortir le choc pour le matériel et l’homme si ce dernier est emporté par une vague et récupéré par son harnais. Frédéric Switala – concurrent qui a l’habitude peu orthodoxe de s’agripper aux filières qui font le tour du pont – a fait remplacer les « chandeliers » sur lesquels elles tiennent par de solides tubes en aluminium soudés sur la coque. Les filières elles-mêmes sont désormais en Dyneema® fluorescent pour bien tomber sous la main la nuit.
N’hésitez pas à « customiser »
Comme eux, rien ne vous interdit, pour les grandes traversées, de « customiser » votre bateau avec des bouts ou sangles bien placés. Même à l’intérieur. Dans un grand bateau, on ne sait pas toujours où s’accrocher. Rajoutez bouts et sangles, au plafond s’il le faut pour les plus grands. Et, tant que nous sommes à l’intérieur, tout ce qui peut devenir un projectile dans un bateau brusquement couché par une rafale ou une vague doit être sécurisé. « J’ai rajouté des loquets sur tous les planchers et les tiroirs », explique Éric Abadie.
Plus on est loin, moins le médecin est proche. La trousse à pharmacie classique risque de ne pas suffire. Certains l’enrichissent avec les conseils de leur médecin. Des stages spécifiques existent. « Je préfère toujours réparer le tableau électrique, mais on m’a appris à faire une suture sur un crâne », raconte Éric Abadie. Et, surtout, où que vous soyez à la surface du globe, vous pouvez appeler les médecins du Centre de consultation médicale maritime, au SAMU de Toulouse.
De façon générale, Internet et téléphone par satellite se banalisent sur les bateaux. En choisissant votre système, pensez bien sûr à l’envoi aux copains de votre première photo de phoque. Mais imaginez aussi qu’il peut servir à transmettre aux médecins de Toulouse la photo d’une méchante plaie ou à rester en contact avec les sauveteurs alors que vous êtes hors de portée de toute communication par VHF. Des téléphones satellites permettant de communiquer depuis un radeau de survie sont aussi disponibles d’occasion ou en location.
Enfin, les combinaisons de survie – très utiles pour flotter au sec et au chaud – sont un peu chères et encombrantes, mais elles ont sauvé la vie de plus d’un marin. Elles sont d’ailleurs obligatoires pour les professionnels. « Avec harnais », précise Francis Tolan, coorganisateur de la Longue Route 2024, qui a eu l’occasion de participer à un sauvetage lors de la précédente édition. Très loin, le seul secours possible risque d’être un très gros cargo. Monter à bord n’est pas évident. D’où le harnais.
Les conseils de Jean Maurel, organisateur de courses au grand large
Préparer son équipage avant une grande traversée
Soyez plusieurs marins à avoir déjà fait une grande traversée. Une seule personne expérimentée ne suffit pas pour assumer une telle responsabilité. Si cette personne avait un problème de santé, était blessée, ou tombait à la mer, la présence d’un autre marin expérimenté serait indispensable, voir vitale.
Faire un bon bilan de santé avant de partir (test à l’effort / bilan cardiaque / maladie connue ou chronique, etc.).
Préparer son bateau avant une grande traversée
Le bateau doit être en bon état. Le moindre ennui technique pouvant s’avérer très problématique, il est nécessaire avant de partir de vérifier :
- Le bon fonctionnement du système de barre ou de gouvernail.
- L’étanchéité de la coque et des hublots.
- Le bon état de la voilure et du gréement : mâts, bômes, tangons, etc. Manœuvres courantes (drisses, écoutes, etc.). Manœuvres dormantes (étais, haubans, etc.).
Enfin, l’état du bateau étant vérifié, il faut aussi pouvoir, au grand large, se débrouiller seul dans le cas d’une voie d’eau, d’une avarie de barre ou de gréement.
Préparer l’armement du bateau avant une grande traversée
Les progrès aujourd’hui sont tels qu’il faut mettre les moyens dans les équipements, quitte à les louer :
- balises de détresse,
- téléphone étanche satellitaire,
- GPS,
- balise personnelle,
- flasheur,
- prévoyez également un container de survie : en fonction de la durée de votre traversée, il doit vous permettre de tenir le temps que les secours arrivent. Vous y mettrez un dessalinisateur manuel, de la nourriture, des fusées de détresse, des flasheurs, un système de radar autonome.
Attention quand une personne est seule sur le pont
Quand un membre de l’équipage se retrouve seul sur le pont, de nuit ou par mauvais temps, il est indispensable qu’il soit équipé et attaché :
- une brassière ou gilet à flottabilité intégrée,
- un harnais,
- une balise personnelle,
- un flasheur
Attention pendant la nuit durant une grande traversée
De nuit, évitez de vous laisser “bercer” par les moyens modernes de navigation. Même sous pilote automatique et AIS, allumez le radar et faites des veilles régulières. Si vous sortez sur le pont, appliquez les conseils donnés pour un membre d’équipage seul sur le pont.
Conseils santé pendant une grande traversée
Emportez une trousse de secours complète et à jour ainsi qu’un guide médical indispensable pour vous aider à poser un diagnostic ou réaliser une intervention d’urgence.
Article rédigé par Jean-Claude Hazera.