Conseils : comment se situer en mer ?
publié le3 Juin 2025

La carte papier est un moyen sûr de se repérer même pendant une coupure d'électricité - © Nicolas Sivan
La carte, mais aussi les yeux, le sondeur, le loch, le compas de relèvement… et le bon sens. Tout cela doit être mis en oeuvre pour ne pas finir sur les cailloux, et être capable de dire aux sauveteurs où l’on est, le cas échéant.
En mer, les difficultés ne surviennent pas qu’en pleine tempête. Preuve en est : la majorité des interventions des Sauveteurs en Mer pour la plaisance s’opèrent par beau temps et près des côtes (en 2019, par exemple, la moitié ont eu lieu par mer belle, à une distance moyenne de la station de sauvetage de 3,5 milles nautiques).
Plus de 15 % de ces interventions sont liées à des échouements. Et pourraient donc potentiellement être évitées. Les centres de secours reçoivent nombre d’appels qui ne mentionnent qu’une position approximative, souvent erronée, qui va retarder considérablement les sauveteurs, voire les empêcher de localiser les personnes en détresse. Voilà pourquoi il primordial de savoir se situer lorsque l’on navigue.
Savoir se passer de l’électronique
Si une grande majorité des bateaux sont aujourd’hui équipés de matériel électronique pour la localisation, il est primordial de tout de même savoir utiliser une carte papier. Les pannes arrivent, notamment celles d’alimentation électrique.
Sur les navires de sauvetage de la SNSM, bardés d’électronique, il y a toujours une carte papier. Les formations de base des sauveteurs se font toujours sur carte papier. Et dans les stages de perfectionnement pour les futurs patrons, il n’est pas exclu que l’on simule une panne d’instruments et qu’on leur demande où ils se trouvent.
Bien choisir son équipement électronique
N’achetez pas de matériel sans vous poser la question du logiciel et de la cartographie. Il est recommandé de s’assurer, par exemple, de la disponibilité de cartes de détail dans les zones où vous aimeriez naviguer. Toutes les cartes ne sont pas compatibles avec tous les matériels.
Avant d’acheter, réfléchissez quand même à vos conditions d’utilisation : à l’intérieur ? À l’extérieur ? Équipement étanche ? La lisibilité d’un écran tactile en extérieur n’est pas toujours excellent (testez la luminosité). Les commandes tactiles perdent de leur charme en environnement humide ou chahuté. Les sauveteurs prévoient toujours des boutons sur lesquels il est en plus possible de cliquer. N’oubliez pas de contrôler la consommation en électricité et la mémoire.
Quelques références :
TimeZero : ou TZ, de la société MaxSea – dont se servent majoritairement les Sauveteurs en Mer –, a été initialement conçu pour l’univers Microsoft et est connectable à des sondeurs ou radar Furuno, partenaire privilégié de MaxSea.
Navionics : autre fournisseur très connu de cartographies marin et terrestre, fait partie du groupe Garmin (ce qui n’empêche pas
cependant d’utiliser ces cartes sur d’autres appareils).
Weather4D : logiciel souvent choisi par les voiliers pour son routage météo, est développé surtout pour l’univers IOS (iPads et iPhones de chez Apple).
Sur votre téléphone : la cartographie marine est maintenant très présente dans le monde des applications pour smartphones et tablettes, avec une prédilection pour iOS (Apple). TimeZero a désormais sa version TZ iBoat. Navionics s’est fait connaître par le monde des applications. Ces solutions sont tentantes en raison de leurs prix, généralement plus doux.
Regardez dehors
Malgré la précision des cartes électroniques : regardez dehors, la réalité ! C’est ce que répètent sans cesse Antoine Breton, responsable de la formation des sauveteurs embarqués à la SNSM, et son équipe de formateurs, aux futurs patrons de navires de sauvetage. La hauteur d’eau mesurée par le sondeur est-elle cohérente avec la position sur la carte ? Un phare, une jetée, une pointe sont autant d’occasions de relèvement pour surveiller sa position.
Carte vectorielle ou raster ?
Vous aurez un choix important à faire (profitez des éventuelles démonstrations pour le faire), celui des cartes vectorielles ou raster. Sur un logiciel comme TZ, les deux sont possibles.
La carte raster est celle qui ressemble à une photocopie de la carte papier. Elle est familière à beaucoup d’entre nous et sûre, surtout si elle provient d’une source bien identifié (le Shom en France, par exemple), et est régulièrement mise à jour. Tous les renseignements disponibles son d’emblée visibles sur l’image. Les logiciels savent passer sans rupture de la carte générale à la carte de détail.
La carte vectorielle est une carte numérique. Les organismes officiels l’adoptent de plus en plus. Elle autorise beaucoup plus de manipulations, y compris la superposition de calques personnels.
Gérard Rivoal, chef de service à la direction technique des Sauveteurs en Mer l’affirme : « ceux qui s’y habituent ne reviennent pas en arrière ». Mais elle peut dérouter certains et présente des risques si le navigateur ne maîtrise pas bien le zoom (nous revenons sur ce point un peu plus loin).
Pensez aux mises à jour
Hormis sur les grands bateaux et dans la Marine nationale, rares sont les marins exemplaires en matière de mise à jour des cartes. Au moment de choisir, pensez à cette fonction. On note des différences importantes en matière de mises à jour (fréquence, prix, etc.), avec parfois un cadeau qui peut se transformer en piège : les cartes qui restent accessibles même si vous n’êtes plus abonné aux mises à jour. Les cailloux bougent peu, mais, faute d’actualisation, vous pouvez manquer la rectification d’une erreur, notamment dans des zones exotiques.
Anticiper les imprévus
Quelques précautions de base sont utiles, quand on prend en main un bateau de location, par exemple. Avant le départ. Que fera-t-on en cas de panne d’électricité ? Dispose-t-on d’un petit GPS portable, d’une carte papier, d’un compas et d’un crayon pour se positionner ? Si l’on compte sur son smartphone, affiche-t-il bien sa position en degrés, minutes et secondes ? Des applications gratuites le font. Donne-t-il toujours une position s’il ne capte plus le réseau GSM ? Vérifiez que les cartes ou guides papier ne datent pas trop et sont bien calés sur le repère géodésique qui est celui des GPS : WGS 84. Sinon, avant le départ, évaluez, au port ou au mouillage, le décalage entre GPS et carte. Cette précaution correspond à un adage beaucoup plus général : assurez-vous régulièrement de la concordance entre le virtuel et la réalité.
« Une fois en route, vérifiez que l’image du bateau bouge bien sur la carte et vous situe à un endroit vraisemblable », conseille Thomas Colin, de la direction de la formation des Sauveteurs en Mer. Une perte de signal GPS est toujours possible. Conservez une marge de sécurité. GPS et carte électronique donnent envie de visiter des anses et des mouillages où l’on ne se serait pas risqué sans.
Les choix des Sauveteurs en Mer pour se diriger
Les Sauveteurs en Mer collaborent depuis plusieurs années avec MaxSea, plus connu aujourd’hui sous le nom de TimeZero (TZ). C’est l’un des leaders du marché, avec des logiciels de navigation qui ajoutent beaucoup d’informations par rapport à la simple carte. De très nombreuses vedettes exploitent la version professionnelle de TZ.
TimeZero a aussi élaboré avec la SNSM une extension du logiciel qui donne aux navigateurs en opération la possibilité de tracer facilement les patterns de recherche demandés par les centres régionaux opérationnels de de surveillance et de sauvetage (CROSS) – quand il faut retrouver une embarcation en difficulté ou un homme à la mer. Le CROSS répartit les zones de recherche s’il bénéficie de plusieurs moyens d’intervention et indique comment il souhaite que la zone soit balayée. Il existe des patterns types, ce qui évite d’avoir à tout retracer dans des conditions de mer et d’urgence parfois très dures. Idéalement, le CROSS devrait
pouvoir transmettre automatiquement ces grilles au système de navigation des navires de sauvetage. Quinze d’entre eux en sont déjà dotés pour expérimenter la réception de fichiers numériques en 4G.
Article rédigé par Jean-Claude Hazera.