6 Juillet 1969, un ouragan imprévu fait plus de trente morts
publié le6 Janvier 2026

Le SNS 70 Loung Avel, de la station de Pornic, a été détruit lors d’une intervention pendant la tempête du 6 juillet 1969 © DR
Cette tempête, qui n’avait pas été anticipée par les services météorologiques, a pris de court navigateurs et habitants du bord de mer. Un canot de la SNSM a également été détruit lors d’une intervention.
Une tempête imprévue et d’une rare violence pour la saison secoue la France, le dimanche 6 juillet 1969. Alors que les prévisions annoncent un temps calme, une dépression se forme soudainement au large de la Bretagne. En quelques heures, les vents atteignent des vitesses à peine croyables : 157 km/h à Penmarc’h, 156 km/h sur l’île de Batz et plus de 120 km/h en Manche, avec des creux de 10 à 12 mètres en mer. Même l’intérieur des terres subit la fureur des cieux. Des rafales dépassant les 100 km/h sont relevées jusqu’en Île-de-France, arrachant les arbres et détruisant de nombreux bâtiments.
Cet événement météorologique hors du commun résulte d’une combinaison rare : une anomalie froide persistante sur l’Atlantique, des masses d’air subtropical chaud et un courant-jet (ou jet stream, en anglais) particulièrement puissant provoquent un creusement dépressionnaire fulgurant.
Le bilan humain et matériel est lourd : on dénombre plus de 30 morts dans l’ouest et le nord de la France, ainsi que de multiples blessés.
La soudaineté du phénomène surprend, aussi, des plongeurs. Partis sous l’eau par un temps calme, certains retrouvent en surface une mer transformée en véritable chaudron de sorcière.
Dans les minutes qui suivent, des opérations de sauvetage intenses et souvent héroïques sont menées. Les canots de la jeune SNSM – créée moins de deux ans plus tôt –, vedettes et pneumatiques affrontent des creux de plusieurs mètres et des rafales supérieures à force 12, le dernier degré de l’échelle de Beaufort.
À Erquy, par exemple, deux voiliers en perdition sont secourus in extremis. Sur l’île de Groix, plusieurs interventions permettent de sauver des plaisanciers projetés à la côte. À Camaret, au Croisic, à Molène, au Conquet, à l’île de Batz ou encore à Bréhat, les sauveteurs multiplient les sorties périlleuses, souvent de nuit, dans une visibilité nulle. Les équipages en détresse sont arrachés aux flots dans des conditions extrêmes.
Mais le courage a parfois un prix tragique. À Pornic, l’ancien canot tous temps des Hospitaliers sauveteurs bretons, Loung Avel, vient d’intégrer la flotte de la SNSM sous l’immatriculation SNS 70. Après plusieurs interventions réussies ce jour-là, il se perd lors du remorquage d’un cotre (petit voiler à un mât) des Glénan. L’hélice engagée par les bouts du voilier, l’embarcation est jetée à la côte et détruite, malgré les efforts de nombreuses personnes, à la fois en mer et à terre.
Des changements après la tempête
Après ce cataclysme, des réflexions profondes s’ouvrent sur la sécurité maritime et la prévention. Il est recommandé d’équiper tous les navires d’un baromètre, matériel qui alerte de la chute brutale de pression. On suggère, également, une meilleure signalisation dans les ports via les signaux internationaux d’avis de tempête et une organisation plus stricte autour des maîtres de port pour contrôler les sorties en mer.
Au-delà des bilans matériel et humain, la tempête du 6 juillet 1969 marqua durablement les esprits. Elle mit en avant notre vulnérabilité face aux phénomènes météorologiques extrêmes, mais aussi la bravoure des sauveteurs, dont beaucoup risquèrent leur vie pour porter secours.
Article rédigé par Jean-Patrick Marcq