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Benoit de Guibert, préfet maritime de la Manche et de la Mer du Nord : "En mer, je m'équipe toujours comme s'il pouvait m'arriver quelque chose"

publié le23 Janvier 2026

Benoit de Guibert est préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord depuis août 2024 © E. Houri

Parmi ses nombreuses missions, le préfet maritime est responsable de la sauvegarde des personnes et des biens en mer dans sa zone de responsabilité. Il fait également de plus en plus de prévention des risques maritimes. Benoit de Guibert partage une expérience concrète sur la sécurité lors de la pratique de loisirs nautiques. Il navigue depuis l'enfance et pratique régulièrement kitesurf et wingfoil.

Dans le bilan de la saison 2025 concer­nant les côtes dont vous avez la respon­sa­bi­lité, vous souli­gnez l’im­pru­dence de personnes pour­tant infor­mées, voire expé­ri­men­tées. Faut-il sanc­tion­ner davan­tage ?

C’est une ques­tion qui peut se poser. Nous en parlons avec les élus, par exemple pour des prome­neurs ou des pêcheurs à pied qui refu­se­raient de respec­ter des inter­dic­tions d’ac­cès à certaines parties dange­reuses du litto­ral. À l’échelle natio­nale, nous réflé­chis­sions à une répres­sion plus effi­cace de compor­te­ments dange­reux. Par exemple, en ce qui concerne les rodéos nautiques en scoo­ters des mers, qui touchent davan­tage d’autres régions. Nous faisons de plus en plus de contrôles. La mer n’est pas un espace de non-droit. 

En même temps, il faut qu’elle reste cet espace de liberté auquel nous sommes atta­chés, moi le premier. Il faut trou­ver un équi­libre. Quand j’étais enfant, on rencon­trait au salon nautique des passion­nés en bottes et cirés jaunes qui venaient voir les voiliers. Ce public s’est beau­coup élargi. L’ac­cès à la mer semble aujour­d’hui plus facile. 

Cepen­dant, chaque pratiquant doit être conscient qu’elle reste dange­reuse, malgré le maté­riel moderne. Il faut l’abor­der avec rigueur et humi­lité. Prendre la mer n’est jamais anodin. Il faut se prépa­rer. C’est une culture de la sécu­rité nautique qu’il faut diffu­ser. 

Vous pratiquez plusieurs loisirs nautiques. Quand avez-vous débuté ?

La voile depuis mon enfance, le kite­surf depuis les débuts de la pratique, il y a 25 ans. C’était alors bien plus dange­reux. Le maté­riel s’est, depuis, perfec­tionné et peut donner une fausse impres­sion de sécu­rité. Il faut rester rigou­reux. Il faut se former et savoir qu’on n’est jamais à l’abri de situa­tions diffi­ciles, comme pour toutes les pratiques nautiques, même la petite balade en famille. Avec l’ex­pé­rience, je m’équipe toujours comme s’il pouvait m’ar­ri­ver quelque chose. 

La régle­men­ta­tion n’oblige pas à avoir un moyen d’ap­pe­ler les secours.

Moi, j’em­porte systé­ma­tique­ment un télé­phone portable dans une pochette étanche glis­sée dans la combi­nai­son.

De plus en plus d’ap­pels viennent des portables. Est-ce que cela permet une bonne loca­li­sa­tion du requé­rant ?

Si vous passez par les numé­ros courts, le 196 ou le 112, une loca­li­sa­tion auto­ma­tique par les opéra­teurs aide à vous retrou­ver. Pensez aussi aux sauve­teurs qui pour­raient vous cher­cher quand vous choi­sis­sez la couleur de votre maté­riel. Préfé­rez la combi­nai­son fluo à la noire. Privi­lé­giez des ailes de kite voyantes.

Certaines recherches deviennent plus complexes à la tombée de la nuit. 

Les petits acces­soires lumi­neux ne prennent pas de place et faci­litent beau­coup les recherches. C’est du bon sens. Comme de s’équi­per plutôt chau­de­ment au cas où on aurait à attendre dans l’eau froide. Mêmes remarques pour la balade en famille, qui peut être prolon­gée par une panne ou un échoue­ment. Il faut avoir de l’eau, un coupe-vent pour se tenir chaud. 

Vous mettez un casque ?

Pas toujours en kite­surf, toujours en wing­foil. Dès que vous êtes relié à votre maté­riel par une longe pour ne pas le perdre ou qu’il y a un foil, vous risquez de prendre un mauvais coup quand vous tombez. J’es­père que le port du casque va entrer dans les habi­tudes, comme pour le vélo.

Ayant passé la cinquan­taine, vous n’avez peut-être pas la même forme physique. En tenez-vous compte ?

Bien sûr. Même si ce n’est pas toujours facile à accep­ter. Je navigue moins long temps. Je ne fais plus de sauts en kite, pensant à mes arti­cu­la­tions. Je porte un gilet d’im­pact qui permet d’ab­sor­ber les chocs et donne aussi de la flot­ta­bi­lité. 

Le marquage des ailes de kite avec le numéro de télé­phone de l’uti­li­sa­teur est-il bien respecté ?

Il faut bien rappe­ler pourquoi on le demande. En cas de perte, il est très utile pour appe­ler le proprié­taire afin de véri­fier s’il est en danger ou s’il est rentré chez lui. Sinon, on risque de mobi­li­ser des sauve­teurs, voire un héli­co­ptère, pour rien, alors qu’on en a peut-être besoin ailleurs pour une vraie situa­tion de détresse. Une fois le problème compris, c’est une règle élémen­taire de citoyen­neté que de marquer tout ce qui peut partir à la dérive et de préve­nir si on l’a perdu. Si j’étais plon­geur, je marque­rais ma bouée de repé­rage, par exemple. 

Au fond, il y a une sorte d’« hygiène » de la sécu­rité à déve­lop­per chez l’en­semble des pratiquants et ce n’est pas seule­ment l’af­faire de la préfec­ture mari­time ou de la SNSM. La soli­da­rité des gens de mer commence à terre, à la table de famille ou d’amis, où l’on partage les expé­riences et les recom­man­da­tions. Vous pouvez peut-être sauver une vie grâce à un petit conseil.

Article rédigé par Jean-Claude Hazera

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