Blackout dans la nuit au large du Cotentin
publié le19 Janvier 2026

Les sauveteurs de la station de Barfleur tentent de s'approcher du navire suédois sinistré afin de lui passer une remorque © Jérôme Houyvet / www.jeromehouyvet.com
Les sauveteurs de la SNSM sont intervenus au large du Cotentin dans la nuit du 30 novembre pour secourir les occupants d'un voilier suédois en avarie totale. Avec un marin malade à bord et une mer en dégradation, l’opération a nécessité la mise à l’eau de l’annexe du canot tous temps.
La nuit est déjà bien avancée lorsque le canot tous temps de la station SNSM de Barfleur (Manche) fend la mer au large du Cotentin. L’obscurité est totale en cette soirée du 30 novembre. Aucun feu à l’horizon, seulement le bruit sourd de la houle contre la coque et le faisceau des projecteurs qui balaie la surface de l’eau. Les Sauveteurs en Mer vont porter secours à l’équipage d’un voilier suédois en difficulté quelque part dans ce noir compact.
Plus rien ne fonctionne à bord du Tinuviel. Plus d’électricité, plus de propulsion, plus de VHF. Blackout complet. Les deux marins à son bord – qui tentent de rallier Dunkerque (Nord) depuis Roscoff (Finistère) – sont presque coupés du monde. Ils n’ont comme seul moyen de contact qu’un téléphone portable avec peu de batterie. La météo annoncée clémente se dégrade rapidement. Le vent monte, la mer se forme, et l’inquiétude aussi. L’un des deux hommes est malade, épuisé, nauséeux et souffre de maux de tête persistants.
Il est 21 heures lorsque les marins contactent le Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (CROSS) Jobourg en appelant le 196. Ils se signalent en avarie totale et en dérive et demandent une assistance pour rejoindre le port le plus proche.
Les bénévoles de la station de Barfleur sont tout de suite prévenus. Dix d’entre eux rejoignent le port et embarquent à bord du SNS 086 Amiral de Tourville quelques minutes après. La mer est calme à leur départ, mais les conditions se dégradent rapidement. À l’approche de la zone de recherche, le vent forcit jusqu’à atteindre les 50 km/h, compliquant la recherche du voilier toujours privé de moyens de localisation. « Ils n’avaient ni radar, ni feux fonctionnels. Pour se signaler, ils faisaient de la lumière avec une simple lampe torche », explique Guillaume Lelouey, patron à la mer ce jour-là. Un point lumineux finit par apparaître dans la nuit. Un repère fragile mais suffisant pour les sauveteurs qui se dirigent dans sa direction.
Approcher sans danger
Le SNS 086 arrive au contact du voilier sinistré à 22h20, après moins d’une heure de navigation. Le canot tous temps ne peut pas s’approcher au plus près sans risque. La mer est désormais bien formée, le vent souffle de plus en plus fort et la moindre erreur pourrait provoquer une collision. « Décision est prise de mettre à l’eau l’annexe de type zodiac du canot », détaille le patron, bénévole de la SNSM depuis presque 24 ans.
La manœuvre est précise et méthodique dans l’obscurité. Trois sauveteurs prennent place à bord de l’annexe. Deux nageurs de bord et un équipier – infirmier de profession. L’embarcation légère quitte le flanc du canot et se fait route jusqu’au voilier.
L’infirmier peut rapidement évaluer l’état des marins à bord du Tinuviel. Le diagnostic est rassurant : pas d’urgence vitale, mais une grande fatigue, le mal de mer et l’effet du stress accumulé. Sa présence permet de prendre une décision éclairée. L’équipage n’a pas besoin d’être évacué, mais le voilier doit impérativement être mis en sécurité. « Avoir du personnel médical parmi les bénévoles, c’est une vraie force, souligne Guillaume Lelouey. Dans ce genre de situation, ça change tout. »
La remorque est passée. Le canot tous temps prend doucement le voilier en charge, direction Cherbourg. Il est 22h45. Les sinistrés restent à bord de leur bateau pendant le remorquage. Ils sont allongés dans la cabine pendant que les trois sauveteurs assurent la conduite et la surveillance. De part et d’autre, la nuit bat son plein, rythmée par le bruit régulier des vagues sur la coque.
Le Tinuviel est accosté au ponton à Cherbourg à 2h29. Après plus de quatre heures de remorquage, la tension retombe. Il reste encore de la route pour les sauveteurs, qui reprennent la mer vers Barfleur. Fatigués et satisfaits, les bénévoles retrouvent le mouillage de leur port d’attache au petit matin.
Article rédigé par Anatole Lamarre
Équipage engagé
CANOT TOUS TEMPS SNS 086 Amiral de Tourville
Patron : Guillaume Lelouey
Second : Arthur Marest
Nageurs de bord : Laurent Fleury et Olivier Perrier
Mécanicien : David Ambrois
Équipiers : Dominique Faragout, Jérôme Houyvet, Jean-Luc Lamache, Nicolas Lemyre et Thierry Louise