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Article Sauvetage

De nombreuses personnes prises au piège par la marée cet été

publié le26 Novembre 2025

écrit parDomi­nique Malé­cot

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Les bénévoles de Pleubian débarquent une petite fille et sa famille, qui avaient été prises au piège. © DR

Les bénévoles sont intervenus à de très nombreuses reprises pour venir en aide à des personnes isolées par la marée, cet été. Voici les récits de trois de leurs interventions et des conseils pour ne jamais vous retrouver dans ces situations.

On peine à imagi­ner l’am­pleur du phéno­mène, faute de chiffres natio­naux. Mais de très nombreuses personnes doivent être secou­rues chaque année après avoir été isolées par la marée. Ce sont, le plus souvent, des prome­neurs, mais aussi des pêcheurs à pied, surpris par la rapi­dité avec laquelle la marée montante peut recou­vrir des surfaces consi­dé­rables.

L’an dernier, la préfec­ture mari­time de la Manche et de la mer du Nord a, par exemple, réper­to­rié 407 personnes prises au piège sur les côtes dont elle a la charge. De multiples cas simi­laires sont égale­ment recen­sés sur la côte atlan­tique et même, parfois, en Médi­ter­ra­née.

Les béné­voles de la SNSM secourent une grande partie de ces personnes. Ces inter­ven­tions, qui peuvent néces­si­ter d’im­por­tants moyens, ont été parti­cu­liè­re­ment fréquentes en 2025. La station de Berck-sur-Mer (Pas-de-Calais) en avait secouru pas moins de 200 au 1er septembre.

Afin de vous éviter de vous retrou­ver dans de pareilles situa­tions, nous parta­ge­rons avec vous les récits de trois inter ventions effec­tuées par les Sauve­teurs en Mer, ainsi que quelques conseils. 

27 personnes pique-niquent sur un banc de sable

« La grosse parti­cu­la­rité des inter­ven­tions pour des personnes isolées par la marée, c’est l’ur­gence, souligne Jean Marc Lamblin, patron de la station de Berck-sur-Mer (Pas-de-Calais). Les diffi­cul­tés gran­dissent quand on a de multiples victimes et cela nous arrive de plus en plus souvent. Le 1er mai, on a secouru 27 personnes en même temps ! »

Ce jour-là, vers midi, un béné­vole de la SNSM en vigie dans la baie d’Au­thie repère un groupe d’une tren­taine de personnes isolé sur un banc de sable. Adultes et enfants se sont instal­lés pour un pique-nique, sans s’aper­ce­voir que l’eau est en train de les encer­cler.

Le béné­vole en vigie alerte l’équi­page du Maxime Touchais, l’aé­ro­glis­seur de la station, capable d’in­ter­ve­nir dans des zones très peu profondes. « Ultra­ra­pide », il exige une vigi­lance extrême pour éviter les bosses ou les mares d’eau de mer, très dange­reuses à grande vitesse.

La capa­cité d’em­barque­ment de l’ap­pa­reil étant limi­tée, les Sauve­teurs en Mer doivent effec­tuer six allers-retours afin de mettre tous les membres du groupe en sécu­rité le plus rapi­de­ment possible. Un peu avant 13 heures, lorsqu’ils sont tous hors de danger, l’eau a recou­vert le banc de sable. « De nombreux effets person­nels flottent sur l’eau, sac à dos, glacière, jouets d’en­fants, habits… », décrivent les sauve­teurs. Il s’en est fallu de peu.

Nuit à la belle étoile pour huit esti­vants

Il est 22 h 20, le 16 août, lorsqu’une personne alerte le CROSS Corsen en compo­sant le 196 sur un télé­phone mobile. Huit membres de sa famille ont été bloqués par la montée des eaux sur une petite plage de Ploué­zec, au sud-est de Paim­pol (Côtes-d’Ar­mor). Entou­rée par une falaise de plus de 60 mètres de haut, elle n’est acces­sible qu’à pied, à marée basse. Mais la mer est, désor­mais, haute.

Heureu­se­ment, ce jour-là, les coef­fi­cients de marée sont faibles et la plage ne risque pas d’être tota­le­ment submer­gée. Les secours doivent tout de même inter­ve­nir : il est toujours possible que des personnes perdent patience ou soient gagnées par la peur et tentent de « passer » coûte que coûte, incons­cientes du danger. 

Un vent d’est-nord-est assez fort lève une mer hachée. Le CROSS engage le canot tous temps SNS 090 Zant Ivy de Loguivy-de-la-Mer, alors en exer­cice à quelques milles marins de là. Sur la route parse­mée de roches, la mer est mauvaise sous l’ef­fet conju­gué du vent et des courants. Il va lui falloir trop de temps pour arri­ver. Ainsi, son inter­ven­tion est annu­lée.

C’est pourquoi le CROSS engage la SNS 156 Sainte-Anne-du-Port, de Saint Quay-Portrieux, dans l’es­poir qu’elle rencontre des condi­tions de mer plus favo­rables. Mais, aux abords de la plage, l’équi­page de la vedette doit, lui aussi, renon­cer. « Les condi­tions météo et la proxi­mité des roches rendaient les choses trop dange­reuses pour nous, explique Didier Lebeau, président de la station. Nous n’al­lions pas mettre en péril notre bateau et nos béné­voles, car, là où étaient ces personnes, bien au sec, elles étaient en sécu­rité. Elles devaient juste être patientes, attendre tranquille­ment que la mer redes­cende. » 

Ce qu’elles ont fait, sous la surveillance, à terre, d’un pompier formé et équipé pour rester en contact avec le CROSS. «  Si ces personnes avaient couru le risque d’être atteintes par la marée, on n’au­rait pas pu les lais­ser là, conclut Didier Lebeau. Il aurait fallu trou­ver une solu­tion. » 

Trois personnes prises par la marée sur le sillon de Talbert

Le sillon de Talbert est iconique de la ville de Pleu­bian et de ses envi­rons, au nord des Côtes-d’Ar­mor. À la belle saison, rien n’est plus tentant que de se prome­ner sur ce banc de sable et de galets d’un peu plus de 3 kilo­mètres de long, lorsqu’il émerge à marée basse.

Un homme, sa fille et sa petite-fille se laissent tenter, ce 22 août. Mais, vers 17 h 30, ils se retrouvent isolés par la mer. Heureu­se­ment, le garde du sillon les voit et prévient la mairie, qui alerte le CROSS Corsen par télé­phone, en compo­sant le 196. Les opéra­teurs mobi­lisent, dans la minute, le SNS 689 Président Guil­cher de la station locale, déjà en opéra­tion de remorquage d’un semi-rigide dans le secteur. 

L’in­ter­ven­tion n’est pas simple pour le SNS 689. Handi­capé par son tirant d’eau, il ne parvient pas à se rendre au contact des trois touristes. Surtout avec un bateau en panne en remorque ! Dans ces condi­tions, il est décidé d’al­ler mouiller en sécu­rité le semi-rigide remorqué, avec ses occu­pants, dans le port natu­rel de La Corde­rie, à l’île de Bréhat toute proche, pour se porter rapi­de­ment au secours des trois personnes. 

« Il n’y avait pas assez d’eau. Je n’ai pas pu m’ap­pro­cher de l’en­droit où étaient les gens, des Italiens. Un nageur de bord est descendu sur le sillon pour les préve­nir qu’ils ne devaient pas bouger, qu’on allait venir les cher­cher avec notre petit canot pour les récu­pé­rer et les rame­ner à terre, résume Chris­tian Cahan, patron du SNS 689. J’ai récu­péré le nageur, nous sommes repar­tis à La Corde­rie, où nous avons repris le remorquage du semi-rigide en panne pour le rame­ner, avec ses occu­pants, à Lézar­drieux, son point de départ. »

Pendant ce temps, un deuxième équi­page est arrivé au contact des touristes avec le SNS 3–001, un petit semi-rigide, et les a dépo­sés sur le rivage.

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