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Gilles, secouru à côté de son bateau en feu le jour de ses 58 ans

publié le14 Décembre 2020

Gilles, sauvé par la SNSM à côté de son bateau en feu à Bréhat

Le 26 septembre 2020, Gilles a été secouru à côté de son bateau en feu par les sauveteurs en mer de Pleubian. C'était le jour de son anniversaire. Il raconte cette expérience qui l'a profondément marqué.

Le 26 septembre 2020, Gilles tran­site de Perros-Guirec vers Paim­pol pour y lais­ser son bateau pour l’ar­rière-saison. Vers 15 h 30, après une heure et demie de navi­ga­tion, il sent une forte odeur d’es­sence. Quelque chose qui ne lui est jamais arrivé. Immé­dia­te­ment, il envoie un SMS à sa femme qui lui répond de se mettre en sécu­rité. Il aperçoit le phare des Héaux de Bréhat, sait qu’il s’y trouve une cale et un coffre et décide donc de s’y mettre à l’abri.

Alerté par une très forte odeur d’es­sence sur son bateau, Gilles décide de se mettre à l’abri

Ma prio­rité c’est d’amar­rer le bateau pour ne pas me retrou­ver en panne.

Gilles parvient à atteindre la dalle de la digue, heureu­se­ment visible puisque marée descen­dante et amarre le bateau à la bouée. À ce moment-là, il ne pense qu’à une panne. Il part exami­ner son bateau : il rentre par l’ar­rière, ouvre la cale, le coffre où se trouve le réser­voir, et c’est à ce moment qu’une explo­sion se produit, à deux reprises.

Le premier souffle m’a fait me retour­ner, le second m’a jeté dehors. Je me suis retrouvé sur le quai.

À ce moment-là, c’est la panique. Gilles réalise l’am­pleur de la catas­trophe : « cet engin, il est à côté de moi, il a au moins 300 litres d’es­sence et il brûle. Si jamais le réser­voir saute, le bateau va me sauter dessus ». À peine deux minutes après avoir été éjecté sur la digue, Gilles libère son bateau. Il n’a plus peur que d’une chose : que son bateau lui explose à la figure.

Il rappelle sa femme qui contacte le centre régio­nal opéra­tion­nel de surveillance et de sauve­tage (CROSS) et l’in­forme rapi­de­ment que la SNSM Pleu­bian va venir le secou­rir. 

Sauve­tage rapide

À 15 h 40, le séma­phore de Bréhat rapporte avoir un visuel sur des flammes ainsi que de la fumée noire au niveau du secteur des Héaux de Bréhat. À 15 h 41, la femme de Gilles contacte le CROSS pour leur signa­ler l’in­cen­die. Le CROSS appelle alors Gilles qui informe être à terre en sécu­rité au niveau du phare.

Les sauve­teurs se retrouvent à la station de Pleu­bian quinze minutes après avoir reçu l’alerte par la prési­dente. Sur le chemin, ils ont tous vu l’in­cen­die du bateau au pied du phare de Bréhat. Ils s’équipent rapi­de­ment et embarquent à bord du zodiac SNS 22108 – COMMAN­DANT LE BOUCHER. Ils ne peuvent pas aller vite. La météo est mauvaise, la mer agitée, avec des creux d’1m50. Le vent est de force 5. 

Les béné­voles de la station retrouvent la victime en état de choc sur zone à 16 h 20, avec une bles­sure à la main. Le dos de sa polaire est brûlé. À peine ils accostent que Gilles saute dans leur bateau. « Les Sauve­teurs en Mer sont inter­ve­nus très rapi­de­ment. Vu les condi­tions de la mer, vu leur prove­nan­ce… Même si j’étais en sécu­rité sur la dalle devant mon phare, c’était très rassu­rant de voir arri­ver le bateau de secours de la SNSM et de le voir sauter dans les vagues. Quand je les ai vu arri­ver, avec des gens casqués, j’étais soulagé ».

Deux sauveteurs de la SNSM en intervention de sauvetage sur un zodiac
Les sauveteurs de la SNSM de Pleubian à bord du zodiac « SNS 22108 – COMMANDANT LE BOUCHER » à la recherche de Gilles

Gilles reçoit les premiers soins dans le Zodiac. Un des secou­ristes lui nettoie sa main écor­chée et lui fait un panse­ment. Il rigole car les sauve­teurs l’ap­pellent la « victime ».

« Sauver ou mourir, ça pour­rait être la devise de la SNSM, c’est comme ça que je les vois. Même si ma situa­tion était loin d’être déses­pé­rée, elle était trau­ma­ti­sante. Mais tant qu’à vivre un naufrage, un comme ça, ça va. Je ne connais­sais pas cette huma­nité de la mer… Je n’avais jamais eu de souci, jamais tombé en panne, jamais été remorqué. ».

Gilles a 58 ans ce jour-là. Les Sauve­teurs plai­santent en lui disant qu’il a allumé une belle bougie.

À 17 h 11, Gilles est de retour sur terre ferme, ramené à Port Beni par les Sauve­teurs. Le SAMU le prend en charge.

Les sauve­teurs retournent alors sur la zone du phare pour évaluer la pollu­tion causée par l’in­cen­die du bateau à moteur de près de 7 mètres de Gilles. Une nappe d’es­sence de 100 m2 est consta­tée sur zone. Ils reportent l’in­for­ma­tion vers le commis­saire en charge de la lutte contre la pollu­tion.

L’im­por­tance des règles de sécu­rité

Gilles a toujours navi­gué prudem­ment, en respec­tant les règles de sécu­rité. Depuis qu’il a son bateau, acheté en 2016, sa femme et lui naviguent presque tous les mois dans la région de Paim­pol / Perros-Guir­rec pour pêcher et se bala­der. Elle aurait d’ailleurs dû être avec lui ce jour-là. Mais pour une fois, il fait le voyage tout seul.

On a eu beau­coup de chance car j’étais seul. En géné­ral, elle s’al­longe à l’avant. Vu ce qu’il s’est passé, elle n’au­rait pas pu sortir…

D’ha­bi­tude, Gilles passe au large des Héaux de Bréhat. Ce jour-là, il est passé le long de la côte parce que la mer était mauvaise. « Là je suis passé le long de la côte parce que la mer n’était pas bonne, pire que ce que j’ima­gi­nais. Je pense avoir faci­lité la vie de vos sauve­teurs en me mettant à l’abri ».

Incendie du bateau de Gilles au pied du phare de Bréhat vu de la côte
Incendie du bateau de Gilles au pied du phare de Bréhat vu de la côte

Gilles a aussi eu de la chance car c’était l’au­tomne. Si ça avait été l’été, il aurait été en maillot et aurait été brûlé. « Quand j’y repense, je pense fonciè­re­ment qu’ap­pliquer la règle c’est la meilleure solu­tion. Ce n’est pas pour rien qu’il existe des routines. Le monde de la mer, c’est un autre monde. On a une passion commune, les bateaux, la mer, on aime être dessus et on veut y rester le plus long­temps possible et vous nous y aidez. Comme pour la disper­sion de cendres, vous êtes là dès qu’on a besoin de vous. C’est une aven­ture humaine. Il s’est passé quelque chose et ça s’est bien terminé. Tant mieux. »

Gilles s’est aussi étonné que les béné­voles se soient inquié­tés de son état psycho­lo­gique et physique après l’in­ter­ven­tion. « Ils ont tous pris de mes nouvelles, c’est ines­ti­mable, ça va au-delà de leurs missions. Ils n’hé­sitent pas à inter­ve­nir, c’est leur enga­ge­ment, mais ils vont au-delà. »

Nos sauve­teurs sont entraî­nés et équi­pés pour effec­tuer ce type de sauve­tage. Grâce à votre soutien, vous les aidez à être présents la prochaine fois !


Équi­page engagé SNS 22108 – COMMAN­DANT LE BOUCHER

Patron : Philippe Camu­zard

Sous patron : Bertrand Arzul

Nageurs de bord : Yohan Le Meur, Eric Le Moignet

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