Je donne
Article Sauvetage

« La peur de leur vie » : onze plaisanciers secourus de nuit en Corse

publié le23 Décembre 2025

écrit parAnatole Lamarre

4 minde lecture

Le ciel menaçant au-dessus de Saint-Florent, lors du départ en intervention de la SNS 165 © Sandrine Suissa

Les bénévoles de Saint-Florent ont porté secours à onze plaisanciers et à leur capitaine en détresse au large de Saleccia, le 28 août. Prisonniers de leur ancre, frigorifiés et paniqués, les passagers ont été ramenés à terre après une intervention rigoureuse.

Un brutal orage s’abat sur la côte nord de la Corse, ce 28 août, en début de soirée. Le paysage, d’or­di­naire para­di­siaque de Salec­cia, est englouti sous un ciel noir et lourd. Parti de Saint Florent quelques heures aupa­ra­vant, le taxi boat Joe le taxi effec­tue son trajet touris­tique habi­tuel. Deux fois par jour, il quitte le port local pour suivre un itiné­raire le long des plages envi­ron­nantes. Il s’ar­rête souvent au large de l’une d’entre elles pour que les vacan­ciers se jettent à l’eau. Mais, ce jour-là, les choses ne se déroulent pas comme à l’ac­cou­tu­mée.

Voulant fuir la pluie battante et une houle impor­tante, le semi-rigide va lever l’ancre. Mais elle est prise dans une bouée de chenal. L’em­bar­ca­tion est bloquée, à la merci des éléments. Le taxi boat envoie une alerte Mayday vers 20 heures. Sa capi­taine indique être en diffi­culté avec onze personnes à bord, à une cinquan­taine de mètres de la côte. Le stress et la peur enva­hissent le groupe : leur embar­ca­tion menace de chavi­rer à tout moment.

Une course contre la montre

Le patron de la station de Saint-Florent, Anthony Malpeli, vient de rejoindre des amis au restau­rant. À peine arrivé, il leur lance en plai­san­tant : « Vu les condi­tions météo, je ne pense pas finir le repas avec vous, je sens que nous allons être solli­ci­tés. » La prédic­tion s’est révé­lée juste : à 20 h 10, il reçoit une alerte et décide d’en­ga­ger les béné­voles locaux pour une mission de recherche et de sauve­tage. Pas le temps d’en­ta­mer son apéri­tif, il s’éclipse et met en service la vedette de première classe SNS 165 Conca d’Oru

Il est 20 h 42 lorsque la vedette appa­reille avec six sauve­teurs à bord, fendant les flots et la nuit noire de cette fin d’été. La pluie s’est calmée sur la mer, mais les vagues et le vent subsistent, rédui­sant la visi­bi­lité. Trente minutes plus tard, la SNS 165 arrive sur zone, mais les diffi­cul­tés persistent. La houle et les bancs de sable entravent la progres­sion de l’em­bar­ca­tion vers le navire en détresse. « On ne pouvait pas s’ap­pro­cher davan­tage sans prendre le risque d’échouer nous aussi  », pour­suit le patron.

Deux nageurs se jettent dans la nuit

Une discus­sion s’ins­talle sur la vedette de sauve­tage afin de déter­mi­ner la meilleure façon de procé­der en combi­nant effi­ca­cité et sécu­rité. Fina­le­ment, deux nageurs de bord se jettent à l’eau pour aller porter assis­tance aux naufra­gés. Sur près de 200 mètres, Olivier Suissa et son épouse, Sandrine, bravent la mer encore agitée pour atteindre le semi-rigide bloqué. Lampe fron­tale sur la tête, ils progressent au cœur de la nuit pour un premier contact avec le taxi boat. Béné­voles à Saint-Florent depuis trois ans, ils effec­tuent leur première mission en tant que nageurs de bord dans des condi­tions si diffi­ciles. 

Sandrine monte à bord du semi-rigide, où la peur est palpable. Le bruit du vent, les vagues qui frappent l’em­bar­ca­tion, l’obs­cu­rité tota­le… « Certains passa­gers étaient en état de choc, d’autres téta­ni­sés par le froid et la peur  », confie-t-elle. De l’autre côté, son conjoint, resté dans l’eau, constate l’éten­due des dégâts. « L’ancre était coin­cée et emmê­lée dans une bouée de chenal, impos­sible pour eux de repar­tir, explique-t-il. J’ai bien mis dix minutes à la reti­rer et à la désen­rou­ler. »

Le semi-rigide est enfin dégagé et mis à couple de la vedette. L’opé­ra­tion d’éva­cua­tion commence. « On a réussi à libé­rer l’ancre, mais on voyait bien que les passa­gers étaient téta­ni­sés, frigo­ri­fiés. Il y en avait qui pleu­raient, d’autres qui restaient figés, inca­pables de bouger  », ajoute le béné­vole de 55 ans.

Il est 21h15 quand, l’un après l’autre, les onze passa­gers sont trans­fé­rés à bord de la SNS 165 Conca d’Oru. Certains sanglotent, d’autres serrent la main des sauve­teurs avec une grati­tude muette. «  On sentait qu’ils avaient vécu la peur de leur vie, explique-t-il. Quand ils nous ont vus arri­ver, on a perçu un immense soula­ge­ment dans leurs yeux. Certains ont même pensé qu’ils allaient mourir.  »

Pendant ce temps, la jeune capi­taine du taxi boat est toujours à bord de son bateau. « Elle ne voulait pas l’aban­don­ner et a fait preuve d’une grande bravoure face à tous ces évène­ments », raconte Olivier Suissa. Ce dernier reste alors avec elle pour l’as­sis­ter et sécu­ri­ser le retour. 

La fin de deux heures d’an­goisse

La vedette met le cap sur Saint-Florent. À bord, les resca­pés reprennent douce­ment leurs esprits, emmi­tou­flés dans des couver­tures de survie. Le convoi accoste fina­le­ment, deux heures après l’ap­pel de détresse. Tous les passa­gers débarquent, sains et saufs, les jambes encore trem­blantes. Aucun ne néces­si­tant de soins, ils rentrent tous chez eux. Les Sauve­teurs en Mer, de leur côté, rangent leur maté­riel et débriefent. « On a agi vite, mais toujours avec méthode », résume le patron de la station, très fier de ses équi­piers. « Ce qui compte, c’est de garder la tête froide, même quand la mer s’em­balle et que les gens en face de vous paniquent. »

 

Équipage engagé

Vedette de première classe – SNS 165 Conca d’Oru

Patron : Anthony Malpeli
Second : Philippe Grossi
Équi­piers : Gilles Allain et Loris Gaspa­rotti
Nageurs de bord : Olivier Suissa et Sandrine Suissa

Grâce à vos dons, nos sauve­­­­teurs sont formés et entraî­­­­nés pour effec­­­­tuer ces interventions de sauve­­­­tage

Soit après réduction fiscale

Découvrez le magazine des Sauveteurs en Mer

Recevoir Sauvetage
Couverture du magazine Sauvetage

Et aussi...

Nos autres récits de sauvetage

Tous les sauvetages

La newsletter snsm

Rester informé, c'est déjà s'engager