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La Réunion : sauvé alors qu'il dérivait en compagnie d'un requin

publié le15 Décembre 2025

écrit parRémy Videau

6 minde lecture

Un requin bouledogue d’environ 2 mètres s’est approché du SUPeur en détresse © ume-y/flickr

Deux hommes en stand-up paddle foil (SUP foil) ont été surpris par une mer agitée au large de Saint-Joseph, à l’île de La Réunion, le 1er mai dernier. Incapables de rejoindre le bord, ils sont rapidement secourus par les bénévoles de la station SNSM de Saint-Pierre. L’un d’eux, extrêmement choqué, affirme avoir vu un requin rôder autour de lui.

Quelque 35 km/h de vent et de légères vagues. Les condi­tions sont idéales pour pratiquer le stand-up paddle foil dans les eaux de l’île de La Réunion en cet après-midi du 1er mai. Le SUP foil se pratique avec une planche de stand-up paddle montée sur un foil. En se servant d’une pagaie pour prendre de la vitesse, les pratiquants parviennent à décol ler, puis à se main­te­nir au-dessus des flots, avec le seul foil plongé dans l’eau. Quatre SUPeurs se mettent à l’eau au large de la commune de Saint-Joseph, au sud de l’île, pour « voler » au-dessus de l’océan Indien. 

Malheu­reu­se­ment pour eux, la météo se dégrade soudai­ne­ment, rendant leur acti­vité périlleuse. « Ils ont été pris dans le courant et ne parve­naient plus à rega­gner le bord, raconte Jean-Pierre Spar­ton, patron de la station de Saint-Pierre. Il y avait un vent de force 6 sur l’échelle de Beau­fort et énor­mé­ment de houle. » Rapi­de­ment, l’océan se déchaîne et les rafales atteignent 50 km/h. Coif­fées d’une écume blanche, les vagues gros­sissent, avec des creux jusqu’à 3 mètres. Le chaos est orches­tré par la colli­sion de diffé­rentes houles, propre au sud de l’île.

Dans ce contexte agité, le quatuor se sépare et tente de gagner le bord par tous les moyens. Deux d’entre eux y parviennent, avec de grandes diffi­cul­tés. Les deux autres se perdent de vue et dérivent dange­reu­se­ment. L’un des naufra­gés toujours à l’eau contacte le CROSS grâce à son télé­phone portable, qu’il a heureu­se­ment apporté avec lui. Pensant que ses trois cama­rades sont à terre, il signale qu’il est le seul en danger. « C’est un excellent réflexe, il faut toujours avoir son télé­phone sur soi quand on fait ce genre d’ac­ti­vi­tés à risques », commente Jean-Pierre Spar­ton. 

Récu­péré par hasard

À 14 h 27, le CROSS déclenche les Sauve­teurs en Mer de la station de Saint-Pierre. Il indique aux béné­voles la zone dans laquelle la victime se trouve, ainsi que son numéro de télé­phone. Les cano­tiers prennent immé­dia­te­ment contact avec elle pour la rassu­rer. Face à l’état de la mer, le patron prend la déci­sion d’élar­gir son dispo­si­tif d’in­ter­ven­tion à la mer. 

« J’ai appelé Paul pour qu’il puisse nous guider depuis la terre. C’est un membre de la station qui habite à proxi­mité. Avoir un œil depuis la terre quand on inter­vient près de la côte est précieux lorsque la mer est forte, comme c’était le cas ici. » Placé stra­té­gique­ment en haut d’une falaise, Paul Lebon occupe le rôle de mode­rato. Sa posi­tion suréle­vée lui permet de voir au loin, ce qu’une vedette ne peut pas faire face à des vagues de plusieurs mètres. 

Le semi-rigide SNS 730 Argano prend la mer vingt minutes après l’alerte, à la recherche de la personne qui a appelé les secours. Quinze minutes plus tard, les sauve­teurs pensent que c’est chose faite. « Nous avons récu­péré une première victime, mais ce n’était pas elle qui avait contacté les secours. Le CROSS nous affir­mait que ça ne corres­pon­dait pas avec l’alerte passée », relate Jean-Pierre Spar­ton. Sans le savoir, les béné­voles viennent de sauver l’autre SUPeur à la dérive, qui n’avait pas pu joindre le CROSS. Bien que fati­gué d’avoir lutté contre le courant, il ne présente aucune détresse vitale. 

La vedette des Sauve­teurs en Mer repart en quête de la première victime. Grâce à la senti­nelle et à la préci­sion de la zone de recherche donnée par le CROSS, les béné­voles ne mettent qu’une ving­taine de minutes à la retrou­ver. Le quadra­gé­naire confie immé­dia­te­ment son soula­ge­ment aux béné­voles : un requin a rôdé autour de lui pendant de très longues minutes. Il est profon­dé­ment choqué par ce qu’il vient de vivre. 

La menace d’un requin boule­dogue

 « Il était vrai­ment terro­risé, se remé­more Jean Pierre Spar­ton. Le requin en ques­tion était un boule­dogue d’en­vi­ron 2 mètres. Ce sont des requins de côte qui aiment bien les embou­chures, comme ici. » Le soula­ge­ment de la victime est légi­time : entre 2011 et 2019, on recense 25 attaques – dont 11 mortelles – sur le litto­ral réunion­nais. La mâchoire asymé­trique de cette espèce fait égale­ment des dégâts au large des côtes brési­liennes ou austra­liennes. Son appé­tence pour les bords de mer en fait l’un des grands requins les plus dange­reux pour l’homme.

Équipage engagé

Semi-rigide SNS 730 Argano

Patron :  Jean-Pierre Spar­ton
Cano­tiers : Gwenael Curt, David Jacob, Marc Vergne
Nageurs de bord : Eliott Bars, Laurent Grillot
Mode­rato : Paul Lebon

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