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Article Sauvetage

Les bénévoles du Tréport à la recherche d'un navire fantôme

publié le12 Janvier 2026

écrit parDomi­nique Malé­cot

5 minde lecture

Le voilier Eschaton a laissé ses moteurs embrayés afin de limiter les efforts de la vedette des sauveteurs pour le remorquer dans une mer difficile

Le voilier Eschaton a laissé ses moteurs embrayés afin de limiter les efforts de la vedette des sauveteurs pour le remorquer dans une mer difficile © Cyril Poidevin

Des conditions atmosphériques perturbant les ondes radio ont sérieusement compliqué le sauvetage d’un grand catamaran en panne de gouvernails. Il a été remorqué à Dieppe par la SNS 209 du Tréport.

Message mystère. Il est très préci­sé­ment 15 h 17, ce 6 avril 2025, lorsque le centre régio­nal opéra­tion­nel de surveillance et de sauve­tage (CROSS) Gris-Nez reçoit un appel d’ur­gence par radio VHF. Mais le message est pratique­ment inau­dible. Le nom du navire et, surtout, sa posi­tion sont « impos­sibles à déter­mi­ner », selon le rapport du CROSS. Celui-ci inter­roge ses homo­logues britan­niques et de Jobourg (Manche), ainsi que plusieurs navires dans les envi­rons. Sans résul­tat.

Nouvel appel huit minutes plus tard. Cette fois, le séma­phore d’Ault, situé à quelques kilo­mètres au nord du Tréport (Somme), semble avoir iden­ti­fié le requé­rant. Il s’agi­rait du voilier alle­mand Escha­ton, un impo­sant cata­ma­ran de 14 mètres de long et 9 mètres de large. Les tenta­tives de contact restent vaines, mais, avec ce nom, les opéra­teurs du CROSS Gris-Nez obtiennent de leurs homo­logues alle­mands le numéro de télé­phone du proprié­taire. Ce dernier demeure malheu­reu­se­ment injoi­gnable.

Plusieurs navires présents dans les envi­rons, dont le chalu­tier Égalité et le bateau de plai­sance Qian­fan, sont solli­ci­tés pour tenter de prendre contact avec le navire en détresse. Ils n’ont pas davan­tage de succès et l’Escha­ton pour­suit ses appels, toujours aussi peu distincts. Ce jour-là, les commu­ni­ca­tions radio étaient très diffi­ciles. En effet, des condi­tions atmo­sphé­riques parti­cu­lières favo­ri­saient la propa­ga­tion des ondes radio, au point de géné­rer des inter­fé­rences. La densité du trafic mari­time dans un secteur autant fréquenté que le nord de la Manche peut contri­buer à ampli­fier ce phéno­mène.

Le CROSS Gris-Nez engage donc, dès 15 h 58, la SNS 209 Président JC Fortini, du Tréport, pour « recherche du voilier, point de situa­tion sur son état et assis­tance en cas de demande d’as­sis­tance confir­mée ». Quelques minutes plus tard, il fait égale­ment appel à l’hé­li­co­ptère de la Marine natio­nale basé au Touquet pour recher­cher l’Escha­ton, déter­mi­ner l’état dans lequel il se trouve et relayer les commu­ni­ca­tions radio, « parti­cu­liè­re­ment diffi­ciles », précise son rapport. C’est chose faite à 15 h 54. Entre-temps, le Qian­fan a capté un nouvel appel de l’Escha­ton, annonçant un problème de gouver­nail.

Éviter la colli­sion

Rendu sur les lieux, le bateau de pêche Égalité signale deux personnes à bord du cata­ma­ran et tente de passer une remorque. L’hé­li­co­ptère a déposé à bord un plon­geur pour aider à la manœuvre. Mais les condi­tions de mer la rendent extrê­me­ment critique et dange­reuse. Un abor­dage entre un lourd chalu­tier et un bateau de plai­sance qui serait provoqué par une vague pour­rait entraî­ner des consé­quences drama­tiques. La vedette de la SNSM arri­vant sous quelques minutes, l’hé­li­co­ptère reçoit l’ordre de récu­pé­rer son plon­geur et de rega­gner sa base, tandis que liberté de manœuvre est donnée au Qian­fan et à l’Éga­lité. Il n’y a pas urgence à agir, car l’équi­page de l’Escha­ton n’est, a priori, pas en danger.

La SNS 209 est sur place à 17 h 40. « Nous faisons un tour de sécu­rité pour voir s’il n’y a pas de voile dans l’eau ou autre chose et si je peux me rappro­cher de lui, se rappelle le patron, Cyril Poide­vin. Nous discu­tons avec un des plai­san­ciers par VHF pour savoir ce qu’il lui arrive. Il ne parlait pas du tout français et très très peu anglais ! »

Les deux nageurs de bord grimpent alors dans l’an­nexe du canot, puis rejoignent le voilier, sur lequel l’un d’eux monte. Il peut ainsi consta­ter lui-même la raison de l’in­ci­dent. « Cela nous a permis de commu­niquer un peu plus faci­le­ment avec le proprié­taire et d’ap­prendre que ce n’est pas une panne de moteur, mais une avarie de barre, raconte Cyril Poide­vin. Ses safrans sont bloqués à bâbord et il ne peut plus navi­guer. »

Après évalua­tion de la robus­tesse des taquets d’amar­rage, déci­sion est prise d’amar­rer une remorque à un gros taquet central sur l’avant du bateau. Peu après 18 heures, « Nous commençons le remorquage et je dis au proprié­taire de lais­ser ses moteurs embrayés afin de réduire la force néces­saire pour le remorquer », pour­suit le patron.

« Le proprié­taire, qui navigue à longueur d’an­née, est très expé­ri­menté, ajoute Nico­las Maupin, nageur sauve­teur de bord. Il voya­geait avec son fils. Il n’y a eu aucun problème à lui trans­mettre les recom­man­da­tions d’usage et il a donné un sacré coup de main à l’équi­pier qui était à bord du cata­ma­ran. »

Une remorque de 150 mètres de long

Après quelque deux heures de remorquage dans une houle de 1,50 mètre arri­vant par l’ar­rière, les moteurs du cata­ma­ran s’ar­rêtent. « Il fallait donc tirer davan­tage et nous avons repassé une remorque plus solide, de 150 mètres de long [ndlr : pour limi­ter les à-coups] », explique Cyril Poide­vin. Nous l’avons remorqué comme cela jusqu’à Dieppe. »

En entrant dans le port, la vedette s’est mise à couple du voilier pour faci­li­ter l’ac­cos­tage au ponton dési­gné par la capi­tai­ne­rie. Les sauve­teurs ont ensuite gagné, à 0 h 40, le ponton qui les atten­dait, au terme de cinq heures de remorquage et près de sept heures de mer depuis leur départ du Tréport, qu’ils ont rejoint par la route pour, enfin, se repo­ser. La SNS 209 a retrouvé son mouillage le lende­main matin, avec un autre équi­page.

Équipage engagé

Vedette de deuxième classe – SNS 209 Président JC Fortini

Patron : Cyril Poidevin
Équi­pier : Axel Poidevin
Équi­pier radio et navigation : Baptiste Outurquin
Nageurs de bord : Nicolas Maupin, Damien Kczkiewicz

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