Louis Bodin : « Face aux éléments, il faut avoir de l'humilité »
publié le10 Juillet 2025
mis à jour le26 février 2026

Ingénieur météorologue, présentateur météo sur TF1 et RTL, Louis Bodin est aussi féru de voile. © Collectif Red House
Le médiatique météorologue de 67 ans est un passionné de voile. Marin averti, il a assuré le routage météo de plusieurs skippers de renom et navigué à leurs côtés. Conseils avant de sortir en mer, tendances climatiques pour les années à venir… Il partage son expérience avec nous.
Quel est votre rapport à la mer ?
Louis Bodin : C’est probablement l’un des paramètres les plus importants de ma vie. J’ai eu la chance de grandir en partie au bord de la mer, notamment à Châtelaillon-Plage et sur le bassin d’Arcachon. Grâce à cela, j’ai pu découvrir tout ce qu’elle procure comme émotions à travers l’exploration, la pêche et la découverte de la voile. La passion de la voile m’est vite venue. J’ai fait de la régate en 420 et j’ai aussi été moniteur. La mer a exercé une grosse influence sur ma vie professionnelle, puisque c’est pour mieux la comprendre que je me suis orienté vers la météorologie.
Comment la mer vous a-t-elle mené à la météorologie ?
Quand on veut faire de la voile, quand on veut aller en mer, on consulte la météo, immanquablement. C’est comme ça que cette matière s’est imposée à moi. Elle m’a permis, d’ailleurs, d’arriver à ce que je voulais, c’est-à-dire pouvoir naviguer sur les plus beaux bateaux du monde, avec Florence Arthaud ou Paul Vatine*. Malheureusement, je suis très pris par mon activité dans les médias et par les conférences que je donne, donc je navigue peu aujourd’hui. Mais, dès que l’occasion se présente, j’y vais !
Quels sont vos conseils pour les internautes qui naviguent ?
Toujours consulter la météo avant de prendre la mer, bien sûr. Personnellement, je consulte plusieurs modèles que je suis capable d’interpréter. Mais, pour la plupart des gens, le site de Météo-France, par exemple, est très bien ! Quand on est au contact des éléments, il faut avoir de l’humilité. Savoir renoncer à sortir si la météo annoncée est mauvaise, même si c’est le seul créneau que l’on a pour naviguer. On constate encore de nombreux comportements assez imprudents, mais la mer ne fait pas de cadeaux. On peut très vite se retrouver dans des situations compliquées si on est mal préparé. C’est là qu’on appelle la SNSM.
Vous êtes-vous déjà fait peur en mer ?
Oui, lors d’une Course de l’Europe dans les années 1990, où je naviguais avec Paul Vatine. L’étape partait de Rotterdam, aux Pays-Bas, et arrivait à Helsinki, en Finlande. C’était lors du passage du Skagerrak, le détroit entre le Danemark et la Norvège, en mer du Nord, où on rencontre des courants hallucinants. On avait dans les 40 nœuds de vent et une mer qui ressemblait à celle d’une bouilloire en ébullition. Le bateau n’était plus du tout manœuvrable. On s’est dit : « Si la nature ne nous laisse pas passer, ça va être compliqué. » Heureusement, on a réussi à en sortir au bout de quelques heures.
Sur le site de la SNSM, nous relatons régulièrement des interventions au profit de personnes prises dans des événements météorologiques violents et soudains. Est-il possible de les prévoir ?
J’ai débuté mon métier il y a 35 ans en m’occupant des prévisions météo pour les bateaux qui rentraient au port autonome de Marseille. À l’époque, on faisait encore des erreurs de prévision de mistral à 24 heures. Aujourd’hui, cela n’arrive plus car on a beaucoup progressé. En revanche, sur des épisodes d’instabilité comme des systèmes d’orages, on peut avoir des rafales brutales pendant quelques minutes, qui sont difficiles à prévoir. On peut annoncer qu’un orage aura lieu sur un littoral, mais pas prédire où précisément se déroulera le phénomène violent. Et je ne sais pas si on arrivera un jour à avoir une telle précision.
Ces événements sont-ils plus nombreux aujourd’hui ? Y a-t-il un lien avec le réchauffement climatique ?
Là, c’est compliqué de répondre. Chacun a un sentiment sur la question. On peut avoir l’impression qu’ils sont plus nombreux, notamment parce qu’aujourd’hui, tout est filmé et qu’il y a un phénomène de surmédiatisation des événements météorologiques violents. Mais, statistiquement, c’est moins évident. Ce que dit la science – et, pour ma part, je m’en tiens à ce qu’avance le GIEC** –, c’est qu’en France, il n’y aura pas forcément plus d’évènements violents dans les années à venir. En revanche, les scientifiques disent qu’avec le réchauffement climatique et l’augmentation de l’humidité, c’est possible que ces phénomènes soient plus intenses. Pour autant, il y a un réchauffement climatique et si la France est encore peu touchée – même si on le ressent déjà pour la neige et la transformation des paysages –, cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas agir.
* navigateurs dont Louis Bodin a été le routeur météo
** Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat
Propos recueillis par Nicolas Sivan.