Maxime a sauvé un homme en arrêt cardiaque dans l'eau : « ça aide à relativiser »
publié le5 Décembre 2025

Maxime Hermitte © DR
Maxime Hermitte revient sur l'intervention où il a secouru un homme victime d'un arrêt cardiaque dans l'eau, en juillet 2024. Des instants qui ont bouleversé sa vision de la vie.
L’émotion lui serre la gorge quand il se remémore ce mercredi 17 juillet 2024. Le jour où Didier serait sans doute mort sans l’intervention des nageurs sauveteurs de la SNSM. « C’est grâce à eux que je suis encore là », arrive-t-il à articuler.
Cet après-midi-là, le retraité de 71 ans se rend à la plage de Saint-Georges-de-Didonne. Ce sont les vacances scolaires : il est accompagné de ses deux petites-filles, âgées de 13 et 15 ans, ainsi que de quelques amis. Le groupe s’installe sur la langue de sable blond, longue de 2,5 kilomètres, bordée par les eaux turbides de l’estuaire de la Garonne.
Didier connaît parfaitement les lieux : cela fait 38 ans qu’il fréquente la station balnéaire. La zone où il se baigne habituellement est surveillée durant la haute saison par les nageurs sauveteurs de la SNSM. « Jamais je n’aurais pensé avoir besoin d’eux », admet le retraité, originaire de Cognac.
Pourtant, le petit groupe a déjà attiré l’attention de l’un des sauveteurs en poste. Maxime Hermitte est venu d’Angers pour surveiller les plages de Charente-Maritime pendant deux mois. Un peu avant 17 heures, quand Didier et ses proches entrent dans l’eau, il remarque le septuagénaire, dont la technique de nage particulière l’interpelle.
« Là, ils ne font pas coucou »
Il jette régulièrement un regard aux nageurs qui se dirigent vers le large. Quand ils arrivent près de la bouée des 300 mètres, certains commencent à faire de grands gestes. Maxime réagit en quelques secondes. « J’ai dit à mon collègue, Milan : « Là, ils ne font pas coucou à des amis, il faut qu’on y aille. » Et on s’est mis à courir. »
Les deux jeunes hommes se précipitent vers leur semi-rigide, qui repose sur le sable. Ils le mettent à l’eau, démarrent le moteur et foncent vers les nageurs en détresse. « À ce moment-là, je ne pensais pas que c’était grave, mais plutôt que les personnes étaient fatiguées ou quelque chose de ce genre », explique Maxime.
La situation est, en réalité, beaucoup plus sérieuse : Didier a été victime d’un arrêt cardiaque en pleine baignade. Heureusement, sa petite-fille de 15 ans parvient à lui maintenir la tête hors de l’eau. Elle hurle à pleins poumons pour qu’on lui vienne en aide.
Maxime et Milan arrivent rapidement près d’eux. Le premier se jette à l’eau, tandis que le second approche le semi-rigide. Maxime tente de faire réagir la victime, qui ne répond pas. Les deux nageurs sauveteurs hissent Didier dans leur embarcation et foncent vers la plage.
Aidés par des passants, les deux sauveteurs soulèvent le septuagénaire et l’allongent sur le sable. « Quand je l’ai pris dans mes bras, il avait l’air mort », se souvient Maxime Hermitte. Mais pas question d’abandonner : un pompier volontaire qui se trouve à proximité entame un massage cardiaque. Le jeune nageur sauveteur se place à la tête de la victime et libère ses voies respiratoires en lui tenant la bouche ouverte.
D’autres Sauveteurs en Mer accourent, se chargent d’appeler le SAMU, de prévenir les pompiers. Le temps file. Plusieurs secouristes se relaient au massage cardiaque, exercice éprouvant. Au bout de 28 minutes, la victime recommence à respirer. Les pompiers l’emmènent sans tarder à l’hôpital. Didier passe plusieurs jours dans le coma avant de reprendre conscience. « J’y suis resté trois semaines. Je suis sorti le mardi soir. Le mercredi matin, j’étais au poste de secours pour remercier ceux qui m’ont sauvé la vie », souligne-t-il, la voix tremblante.
Article de Nicolas Sivan publié dans le n° 170 de SAUVETAGE.
L’analyse : « Ça aide à relativiser »
Ce n’est pas d’avoir secouru un homme en mer, puis d’être parvenu à la ranimer sur la plage qui a le plus marqué Maxime Hermitte. C’est de le revoir bel et bien vivant quelques semaines plus tard. « Je l’ai cru décédé et, là, il rigolait, nous offrait à manger, se remémore le sauveteur de 22 ans. C’était un vrai choc émotionnel. À ce moment-là, j’ai compris que j’avais sauvé une vie. »
Car, le 17 juillet 2024, dans l’esprit de Maxime, le retraité à qui il vient en aide « est mort. C’est vraiment particulier d’avoir un corps inerte dans les bras, atteste-t-il. Quand je l’ai salué plus tard, j’avais en tête cette phrase qu’on répète aux victimes inconscientes : « Monsieur, si vous m’entendez, serrez ma main. » Et, là, il l’a fait. J’étais très ému. »
Si l’émotion est passée, l’Angevin l’assure : cette expérience l’a « changé. Un secouriste m’avait dit : « Quand ça ira moins bien, repense à ça. Au fait que tu as sauvé une vie. » Et je l’ai fait. Ça aide à relativiser, à savoir ce qui est important. » Cela a, notamment, été le cas au cours de ses études pour devenir maître-nageur.
Désormais en poste dans une piscine, Maxime Hermitte se sert de son expérience au quotidien. « Je suis toujours à l’affût, car je sais que les choses peuvent mal se passer, souligne-t-il. Cela m’arrive de raconter cette histoire aux sauveteurs qui se relâchent. Certains n’ont jamais eu une intervention de ce type en 30 ou 40 ans de carrière et pensent que ça n’arrivera pas. »
Car, si le jeune homme assure qu’il en garde « quelque chose de positif », il a aussi développé de nouvelles inquiétudes. « Maintenant, ce qui me fait peur, c’est de ne pas voir une personne en détresse et d’intervenir trop tard, note Maxime. Je m’en voudrais énormément. »
Et, lorsqu’il surveille les baigneurs sur les plages durant l’été, il « rigole moins aux blagues. Parfois, les gens qui sont dans l’eau nous font « Coucou », explique le sauveteur. Mais, à cette distance, c’est dur de savoir s’ils font ça pour s’amuser ou s’ils ont un problème. Quand cela arrive, je leur demande de ne plus recommencer. Et s’ils prennent les choses à la légère, je leur raconte ce que j’ai vécu. »