« Nos bénévoles ne sont pas des amateurs » : entretien avec le directeur de la formation des Sauveteurs en Mer
publié le23 Septembre 2023

Didier Moreau, directeur de la formation © Nicolas Sivan
Bénévole pendant trente ans, Didier Moreau est désormais directeur de la formation de la SNSM. Voilà quinze ans qu’il met patiemment en place les enseignements à destination des sauveteurs, avec l’aide des formateurs bénévoles de l’association. Des enseignements dispensés au Pôle national de formation à Saint-Nazaire et par les soutiens locaux de formation, qui interviennent directement dans les stations de sauvetage.
Pourquoi la formation est-elle nécessaire pour les Sauveteurs en Mer ?
Parce que, en matière de formation, la SNSM a deux priorités : la sécurité de ses bénévoles et leur efficacité opérationnelle, ce qui demande de les équiper et de les préparer à leurs missions. Pour y parvenir, la formation est complémentaire du compagnonnage et des entraînements réalisés dans les stations. Elle est organisée autour de modules et de stages, où l’on apprend les meilleures pratiques. La formation « équipier de pont », c’est vraiment le socle de connaissances de base. Elle est pensée de manière à être certains que le bénévole maîtrise le principal : sécurité individuelle à bord, sécurité collective et tenir son rôle sur un pont. Attention, nous n’obligeons personne à reprendre le parcours à zéro. Un nouveau venu qui a une grande habitude de la navigation ne sera pas forcé à suivre les formations de base. Chacun s’intègre dans le parcours à l’étape où il pense avoir besoin.
Nous avons créé des parcours de qualification qui permettent à un sauveteur de s’affirmer au fur et à mesure des formations. Didier Moreau Directeur de la formation à la SNSM
La formation des sauveteurs a-t-elle évolué depuis ses débuts ?
L’évolution est considérable. La priorité, à l’origine, était de former des patrons, qui formeraient ensuite l’équipage. Mais, les stagiaires ne maîtrisent pas toujours, et d’ailleurs de moins en moins fréquemment, le socle de connaissances de base, car ils n’ont pas tous un vécu marin. Ils sont désormais instituteurs, agents immobiliers, artisans et bien d’autres choses encore. Au-delà de la profession exercée, le bénévole d’aujourd’hui n’est plus celui d’hier dans ses aspirations. Avant, si on était matelot à la pêche, on était matelot à la SNSM. Si on était patron à la pêche, on était patron à la SNSM. Aujourd’hui, si l’on veut qu’un bénévole se réalise dans son engagement, s’investisse et prenne des responsabilités, l’accompagner et lui donner des perspectives est indispensable. C’est pourquoi nous avons créé des parcours de qualification, qui permettent à un sauveteur de s’affirmer au fur et à mesure des formations, jusqu’à pouvoir devenir patron d’une embarcation, par exemple.
Et d’un point de vue technique, l’enseignement a-t-il été modifié ?
La technique a énormément changé au fil des ans. On dispose de nouveaux outils, comme des cartographies électroniques, des radars plus précis, des sondeurs… La manière de gérer son équipage et la mission a aussi beaucoup évolué. Avant, le patron du bateau était un homme-orchestre qui faisait tout, avec un équipage à sa disposition. Aujourd’hui, on a un vrai travail d’équipe. La fonction de patron n’est plus uniquement de conduire le bateau, mais de conduire la mission et faire en sorte que chacun tienne son rôle à bord. Quand ils interviennent, ils ont anticipé la préparation des équipements, le rôle de chacun à bord et la manière d’opérer. Nos bénévoles ne sont pas des amateurs.
Y a-t-il des qualités nécessaires pour devenir sauveteur embarqué ?
Tout le monde peut le devenir en s’impliquant. Mais je dirais qu’il faut avoir envie de servir les autres et une bonne capacité à travailler en équipe. Disposer d’assez de caractère pour se confronter à la mer est important, mais pas de trop d’ego pour pouvoir agir en groupe. Il est aussi essentiel de savoir aborder la mer avec humilité, car elle ne manque jamais une occasion de nous rappeler à l’ordre.
Article rédigé par Nicolas Sivan, diffusé dans le magazine Sauvetage n°165 (3ème trimestre 2023)