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Une IA pour réduire sa consommation de carburant en mer

publié le18 Mars 2025

écrit parÉquipe éditoriale

En reconstruisant précisément les courants océaniques, Amphitrite est capable de trouver la route où ils seront le plus favorables à une embarcation. © Amphitrite

Une intelligence artificielle pilotera-t-elle bientôt votre plan de navigation maritime ? La start-up française Amphitrite parvient à générer des données océaniques d'une fiabilité inégalée, permettant d’effectuer des routages fins, pour que les embarcations profitent au mieux des courants.

Être capable de prévoir les courants marins à fine échelle grâce à l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle (IA). C’est le pari que se sont lancé trois océa­no­graphes en 2021. Trois ans après, leur start-up – Amphi­trite –, créée au sein de l’École poly­tech­nique, est encore en plein déve­lop­pe­ment, et les premiers résul­tats sont là. Leurs logi­ciels de trai­te­ment des données satel­lites peuvent prévoir préci­sé­ment les courants océa­niques, à une échéance de six jours, et propo­ser des trajets opti­maux aux navires commer­ciaux.

L’IA, une véri­table révo­lu­tion pour la navi­ga­tion ? 

Aujour­d’hui, les marins utilisent le plus souvent des modèles numé­riques, tels que Weather4D ou Time­Zero, en vue d’évi­ter les impor­tants aléas météo­ro­lo­giques, comme les tempêtes. Elles sont faci­le­ment prévi­sibles grâce à leur taille, attei­gnant parfois une longueur de 2 000 km. « La modé­li­sa­tion numé­rique fonc­tionne plutôt bien pour la météo, mais beau­coup moins bien pour l’océan, qui contient de nombreux tour­billons de petites échelles », explique Alexandre Stegner, l’un des créa­teurs d’Am­phi­trite. Les logi­ciels, mis au point par son équipe, étudient les courants marins à une échelle de 2 kilo­mètres. Un degré de préci­sion néces­saire pour faire du routage pointu.

«  Ce qui nous inté­resse, c’est l’im­pact des courants sur les navires, déve­loppe l’océa­no­graphe. Ce type de routage permet aux embar­ca­tions d’évi­ter les contre-courants et des ralen­tis­se­ments exces­sifs. Parfois, il suffit de se déca­ler légè­re­ment par rapport à son trajet initial pour être du bon côté des courants. »

Ce chan­ge­ment d’iti­né­raire est très subtil : des données précises et fiables sont impé­ra­tives pour ajus­ter au mieux la trajec­toire du navire. Or, sans intel­li­gence arti­fi­cielle pour trai­ter de multiples données satel­lites, ce niveau de préci­sion n’est pas attei­gnable. « Pour certains modèles numé­riques, nous obser­vons que, la moitié du temps, les résul­tats ne coïn­cident pas. Grâce à notre tech­no­lo­gie, les taux de fiabi­lité atteints sont nette­ment plus élevés. » 

Comment fonc­tionne l’IA pour prédire les courants océa­niques ?

Amphi­trite fusionne de multiples obser­va­tions satel­lites (hauteur de la mer, tempé­ra­ture de surface et couleur de l’eau) en utili­sant des méthodes de trai­te­ment d’images basées sur l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle et l’ap­pren­tis­sage profond. Cette tech­no­lo­gie recons­truit préci­sé­ment les courants océa­niques. 

Le résul­tat sert à créer une trajec­toire opti­mi­sée, avec des prévi­sions à cinq jours et actua­li­sées toutes les 24 heures. « La dyna­mique des courants est rela­ti­ve­ment lente, et donc la situa­tion ne va pas évoluer radi­ca­le­ment en 24 ou 48 heures  », précise Alexandre Stegner.

Déjà des résul­tats les émis­sions de gaz à effet de serre en mer

Quel inté­rêt pour un bateau de trou­ver le meilleur courant en utili­sant Amphi­trite ? « Soit il gagne du temps, soit il réduit sa vitesse et conserve son heure au port d’ar­ri­vée. Dans les deux cas, il va dimi­nuer sa consom­ma­tion de carbu­rant », explique l’océa­no­graphe. Le trans­port mari­time assure envi­ron 90 % du fret mondial. Le fonc­tion­ne­ment des ports repose sur une impor­tante logis­tique afin d’évi­ter les embou­teillages. Les navires marchands doivent parfois attendre leur tour et conti­nuent, à l’ar­rêt, à faire tour­ner leur moteur. Grâce au routage fin, il est possible de mieux anti­ci­per l’heure d’ar­ri­vée et d’évi­ter ces situa­tions. En outre, la réduc­tion de la vitesse limite les émis­sions de gaz à effet de serre et la pollu­tion sonore sous-marine. 

Alexandre Stegner, l’un des co-fondateurs d’Amphitrite, est également professeur à l’École Polytechnique et fait de la recherche en océanographie physique depuis plus de 20 ans. © Clarisse Oudit-Dalençon

Le roulier Ciudad de Cadiz, armé par le groupe Louis Drey­fus Arma­teurs, a testé Amphi­trite. « Doré­na­vant, il utilise notre solu­tion de manière quoti­dienne  », s’en­thou­siasme Alexandre Stegner. Lors du tout premier test, réalisé le 8 avril 2023, le roulier a effec­tué son trajet habi­tuel de Naples (Italie) à Tanger (Maroc), soit quelque 1 000 milles nautiques (envi­ron 1 850 km), en gagnant 70 minutes sur l’heure d’ar­ri­vée au port de desti­na­tion et en rédui­sant sa consom­ma­tion de carbu­rant de 5 %.

Amphi­trite pour­suit son déve­lop­pe­ment grâce à de nouveaux parte­na­riats et des tests menés avec de grandes compa­gnies mari­time, comme la CMA-CGM, Orange Marine, Cargill ou Gena­vir. Le logi­ciel est donc adapté à la navi­ga­tion des cargos. Aujour­d’hui, une version simpli­fiée de cet outil est acces­sible en mode démons­tra­tion sur Inter­net : l’Ocean Bulle­tin. Il calcule l’im­pact des courants pour les grands trajets de port à port en mer Médi­ter­ra­née et four­nit une route opti­mi­sée. Détail impor­tant : il n’est pas conçu pour amélio­rer la trajec­toire d’un navire navi­guant sous voile ou même d’un bateau de plai­sance.

Essayez Amphi­trite sur https://bulle­tin.amphi­trite.fr

L’IA, un océan de possibilités…

Des logi­ciels dédiés à une utili­sa­tion mari­time et faisant appel à l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle sont en déve­lop­pe­ment, sur de nombreuses théma­tiques. Tour d’ho­ri­zon.

Amphi­trite

La connais­sance fine des courants marins permet égale­ment de prédire les zones d’ac­cu­mu­la­tion des plas­tiques. Amphi­trite a réalisé des tests en parte­na­riat avec The Ocean Clean Up, une ONG qui nettoie les océans, pour pouvoir guider lors ses membres de la récu­pé­ra­tions de déchets plas­tiques. « C’est impor­tant pour nous de mettre la tech­no­lo­gie au service de l’en­vi­ron­ne­ment », explique Alexandre Stegner.

Deep Sea

L’in­tel­li­gence arti­fi­cielle comme outil de main­te­nance de son bateau ? C’est l’idée de Deep Sea. En entrant les données spéci­fiques à l’em­bar­ca­tion, l’IA propose des moyens d’op­ti­mi­ser la consom­ma­tion du bateau en interne : elle noti­fie à l’équi­page diverses modi­fi­ca­tions méca­niques à effec­tuer afin que le navire consomme moins. Cette tech­no­lo­gie de pointe suit l’évo­lu­tion tout au long du trajet pour propo­ser des chan­ge­ments en temps réel. Le projet a déjà été adopté par plus de 300 navires.

Global Fishing Watch

Cette ONG inter­na­tio­nale s’est fixé comme mission d’éva­luer la pres­sion de la pêche sur l’océan. Avec l’IA, elle traite à la fois les données de dépla­ce­ment de navires grâce à leurs balises, mais aussi des données satel­lites de l’océan. C’est un moyen de lutter contre les navires de pêche illé­gaux et de veiller à la préser­va­tion d’es­pèces mari­times.

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