Trois hommes à la mer sauvés à Sète après l'incendie de leur navire et de leur radeau
publié le30 Juin 2026
écrit parRémy Videau
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Six sapeurs-pompiers spécialisés dans la lutte contre les incendies sur les grands navires ont embraqué sur le SNS 003 pour combattre le brasier. © DR
Trois hommes à la mer, un hélitreuillage et un chalutier en feu. Le 9 mars dernier, les bénévoles des stations de Sète, d’Agde et de Palavas les- Flots ont vécu des interventions sous haute tension.
Rien ne laisse présager une intervention d’ampleur pour les bénévoles de Sète, en ce matin du 9 mars. Dans le port blotti entre la Méditerranée et l’étang de Thau, les bénévoles sont réunis dans leurs locaux. « On effectuait un entretien classique du canot », précise Fabrice Armand, président de la station. Peu avant midi, ils quittent les lieux pour rentrer chez eux. Mais ils n’ont pas le temps de se mettre à table. « Aux alentours de midi, on nous signale un chalutier en feu à 12 milles nautiques au sud de Sète », poursuit Fabrice Armand.
Le bénévole repart pour la station. Conscient du danger, il demande que la sirène du sémaphore soit déclenchée. « C’est un dispositif spécial qui permet d’alerter plus de marins quand on pense que l’intervention va être très importante », explique le Sétois. D’autres sauveteurs rejoignent la station, d’où ils aperçoivent l’épaisse fumée au large. Huit d’entre eux embarquent à bord du canot tous temps SNS 003 Amiral Leenhardt.
Anticipant la lutte contre les flammes, ils s’équipent. « On a décidé d’embarquer du matériel supplémentaire, donc une autre motopompe, mais aussi une lance à mousse. Au lieu de jeter de l’eau, la lance produit de la mousse avec un émulseur, de l’eau et de l’air », décrit le président de la station. Dix minutes après son arrivée, l’équipage met le cap vers le brasier. Une petite demi-heure de navigation est nécessaire pour rejoindre le chalutier.
Plus de contact avec le bateau
À bord, la tension monte. Le CROSS Med confie aux bénévoles que l’équipage du chalutier ne donne plus de nouvelles depuis plusieurs minutes. Communication en panne ? Abandon du navire ? Pertes de connaissance ? Plusieurs hypothèses peuvent expliquer ce silence radio. Alors, que faire ? En s’approchant des braises, les bénévoles comprennent.
« En voyant l’ampleur des flammes, on s’est dit qu’ils avaient abandonné le navire. On s’est donc immédiatement mis à la recherche de naufragés et d’un radeau de survie », détaille Fabrice Armand. Il faut rapidement s’organiser et s’adapter. « On partait pour un incendie sur un bateau et on finit par chercher des hommes à la mer », expose-t-il. Le SNS 003 est épaulé par trois navires de pêche qui sont arrivés sur les lieux. Chaque bateau se voit attribuer une zone de recherches. Les Sauveteurs en Mer activent leur caméra thermique. La traque débute.
Fort heureusement, la mer n’est pas trop agitée. Seulement 1 mètre de houle et un vent d’est d’une dizaine de nœuds. Grâce à cette brise constante, l’épaisse fumée n’aveugle pas les bénévoles, qui cherchent les naufragés en remontant au vent. Cependant, l’absence de radeau de survie les inquiète. Ils ne le savent pas encore, mais il a été consumé par les flammes. Les trois membres de l’équipage flottent quelque part, depuis un long moment, dans cette eau à 12 °C.
Chercher un homme à la mer peut durer des heures. Ou quelques minutes. « Le CROSS avait également déclenché l’hélicoptère Dragon 34 et une autre vedette, de la station d’Agde. Le Dragon 34 a immédiatement repéré les naufragés, qui étaient parvenus à rester ensemble », se réjouit Fabrice Armand.

Noirs de fumée
Un médecin et un plongeur sont à bord de l’hélicoptère. La récupération des victimes s’organise. Il s’agit de trois hommes âgés de 40 à 50 ans. L’un, plus fatigué, est directement hélitreuillé dans les airs, les deux autres sont récupérés par les sauveteurs à bord du SNS 003. « On leur a lancé une bouée et on les a tirés à bord. Ils étaient noirs de fumée », se souvient le président.
Ils ont passé une heure dans l’eau et sont très affaiblis. L’un d’eux n’arrive pas à monter sur le navire tout seul. Il faut une nouvelle intervention des bénévoles pour le hisser à bord. « Nous les avons portés à l’intérieur pour les sécher et les réchauffer. Il a fallu les rassurer, puis les habiller avec des vêtements secs et chauds », retrace Fabrice Armand.
Cependant, le choc persiste. En discutant avec les rescapés, les sauveteurs apprennent que leur radeau de survie a brûlé et que le chalutier avait fait le plein la veille et avait embarqué en plus 7 000 litres de carburant. Au vu de l’état inquiétant des marins, le médecin du Dragon 34 est hélitreuillé sur le canot tous temps pour leur porter assistance. L’un d’eux vacille. Il est à deux doigts de perdre connaissance.
Le soignant prend finalement la décision de placer les victimes sous assistance respiratoire avec oxygène. Le SNS 003 reprend la direction du port, laissant le brasier derrière lui. « L’hélitreuillage du médecin s’est très bien déroulé. Nous nous entraînons chaque mois avec le Dragon 34, précise Fabrice Armand. Nous étions prêts et rodés. »

Un équipage de soldats du feu
Une demi-heure de navigation plus tard, le SNS 003 arrive au port. L’équipage est emmené à l’hôpital. Mais l’intervention est loin d’être finie pour les bénévoles. « On est repartis avec une équipe de six sapeurs-pompiers spécialisés dans la lutte contre les incendies sur les grands navires. Ils ont embarqué du matériel supplémentaire et nous sommes retournés sur place pour éteindre l’incendie », souligne le président. Après avoir sauvé la vie des marins, une nouvelle mission débute.
Sur place, Maury, la vedette de la gendarmerie, guette les éventuelles traces de pollution avec la SNS 211, vedette de la station du Cap d’Agde. Les bateaux font notamment des cercles autour du chalutier enflammé pour éviter que d’autres navires ne s’approchent. Entretenu depuis des heures par l’importante quantité de carburant dans les réservoirs, le feu est toujours dense. Le SNS 003 et son équipage arrivent. La bataille contre le feu débute.
Se maintenir à proximité du navire était impossible à cause de la chaleur
« Les pompiers ont mis en place leur matériel, mais on ne parvenait pas à éteindre l’incendie. Se maintenir à proximité du navire était impossible à cause de la chaleur », regrette le Sétois. La violence du feu est telle qu’aucune embarcation ne peut rester à proximité pour l’atteindre efficacement.
Pompiers et sauveteurs multiplient les tentatives, en gardant toujours le vent dans le dos pour éviter d’inhaler la fumée noire qui se dégage du chalutier. Après une heure de combat, les flammes l’emportent et le siège est levé. « Nous avons dû abandonner la lutte et nous résoudre à laisser le bateau couler. Les sauveteurs d’Agde, puis de Palavas se sont relayés pour garder la zone jusqu’à ce qu’il disparaisse », déplore Fabrice Armand. Le chalutier sombre finalement à 18 h 29, plus de six heures après le début de l’incendie.
Une fois l’intervention terminée et les tenues rangées, l’équipage de la station de Sète est unanime : cette intervention restera parmi les plus marquantes de ces dernières années. « Quatre des huit sauveteurs présents avaient déjà réalisé un sauvetage similaire en secourant le fils du patron de la station de l’époque, Bruno Liguori, il y a plusieurs années, confie le président. Bruno a d’ailleurs laissé la barre à son second au cours de l’intervention, car il était très ému. »
Finalement, aucune victime et, heureusement, pas de pollution majeure, le carburant ayant brûlé en grande partie. Ce lundi 9 mars n’était pas un lundi comme les autres.
Équipage engagé
Canot tous temps SNS 003 Amiral Leenhardt
Président : Fabrice Armand
Patrons : Philippe Cenent, David Lenoble, Bruno Liguori
Équipiers : Mathieu Branco, Léa Daubelcour, Alain Foulc, Éric Rodriguez
Mécanicien : Patrick Rossignol
Radionavigateurs : Teddy Perrin, Ludovic Hannicq
Grâce à vos dons, nos sauveteurs sont formés et entraînés pour effectuer ces interventions de sauvetage
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