Une famille sauvée des roches à Trégastel par la SNSM

Une sortie impro­vi­sée sur un bateau en mauvais état et dépourvu d’un mini­mum de maté­riel de sécu­rité a bien failli coûter la vie à quatre esti­vants très témé­raires.

Le canot de sauvetage des Sauveteurs en Mer de Ploumanac'h partant en intervention de sauvetage
Alors qu’il rentrait de mission, le canot tous temps de la station SNSM de Ploumanac’h est parti porter assistance au petit voilier en difficulté © SNSM

Avec ses côtes déchique­tées et ses nombreux îlots, Trégas­tel (Côtes d’Ar­mor) et ses plages sont emblé­ma­tiques du litto­ral du nord de la Bretagne. Dans ce décor de rêve, en cette fin d’après-midi du 23 août 2021, rien de plus tentant, donc, qu’une sortie en mer.

Un bon petit vent de nord-est, une mer peu agitée et quatre personnes – une mère, sa fille de 17 ans et deux jeunes adultes – embarquent sur un voilier de taille modeste, 3,60 m. La mère remarque bien que le gouver­nail a des faiblesses et qu’il n’y a pas de gilet de sauve­tage à bord, mais ne s’inquiète pas. C’est juste un petit tour près de la côte…

Quatre personnes à bord d’un voilier en grande diffi­culté en mer

La prome­nade est si agréable qu’il est décidé de faire un détour, plus au large, avant de rentrer. Seule­ment, c’est jour de grande marée et les courants sont forts. « Nous n’avons pas réussi à virer de bord pour reve­nir  », raconte la mère de famille. Fina­le­ment, le gouver­nail casse. Le barreur essaie d’uti­li­ser un aviron pour diri­ger le bateau. Sans succès. Mais il l’uti­li­sera pour s’éloi­gner des rochers sur lesquels l’em­bar­ca­tion aurait pu se fracas­ser. Déci­sion est alors prise de rentrer les voiles. Livré à lui-même, ballotté en tous sens, le voilier commence à prendre l’eau et ses quatre occu­pants trouvent refuge sur un rocher, encore décou­vert malgré la marée montante.

Les sauve­teurs en mer mettent les naufra­gés et le bateau en sécu­rité

Un bateau non iden­ti­fié donne l’alerte. Par chance, son appel est inter­cepté par le SNS 098 Président Toutain, le canot tous temps (CTT) de la station SNSM de Plou­ma­nac’h, qui rentre de mission.

La jolie côte de granite rose peut s’avé­rer risquée © Pixa­bay.com

Il aver­tit le centre régio­nal opéra­tion­nel de surveillance et de sauve­tage (CROSS) Corsen, qui l’en­gage pour loca­li­ser et récu­pé­rer les quatre naufra­gés. « J’ai aperçu un mât qui sortait de l’eau. Puis il m’a semblé voir une ombre bouger contre un rocher noir. En nous appro­chant, nous avons pu distin­guer les quatre personnes. Ils portaient tous des vête­ments sombres, très diffi­ciles à repé­rer dans ces condi­tions  », raconte Philippe Le Treize, patron du SNS 098.

Merci les sauve­teurs! J’ai compris ce qu’était être sauvée.

Pas ques­tion d’ap­pro­cher davan­tage avec une unité de cette taille. Aussi met-il à l’eau son semi-rigide. Un nageur de bord évacue un par un les naufra­gés pour les trans­fé­rer ensuite sur le canot tous temps (CTT). Ils sont réchauf­fés avant d’être débarqués au port de Trégas­tel. L’équi­page du semi-rigide aide ensuite le proprié­taire du bateau, arrivé à la nage sur les lieux, à le rame­ner sur le rivage, avec le concours du canot tous temps. 

« Portée par notre foi, je n’ai jamais douté que les secours allaient arri­ver. Si nous avions fait atten­tion au gouver­nail […], si nous avions eu les gilets de sauve­tage, proba­ble­ment que les choses se seraient passées diffé­rem­ment… ou pas, parce qu’on ne maîtrise pas tout ! Ces petites choses-là étaient le mini­mum auquel nous aurions dû faire atten­tion. Nous avons risqué nos vies, et pas seule­ment les nôtres », conclut humble­ment la mère de famille.

«  Merci les sauve­teurs ! ajoute sa fille. Je garde­rai précieu­se­ment en mon cœur les sourires, les regards des hommes qui nous ont hissés à bord du bateau SNSM. J’ai compris ce qu’était être sauvée. »

Nos sauve­teurs sont formés et entraî­nés pour effec­tuer ce type de sauve­tage. Grâce à votre soutien, vous les aidez à être présents la prochaine fois !

 


L’ana­lyse de Philippe Le Treize, patron du SNS 098 Président Toutain

Le constat :
« Aucun des quatre occu­pants du voilier n’avait de gilet de sauve­tage. Pieds nus, ils ne portaient que des shorts et des tee-shirts sombres. Ils avaient déjà très froid et étaient très fati­gués quand nous sommes arri­vés. Il a fallu les convaincre de se remettre à l’eau pour que nous puis­sions les récu­pé­rer  », raconte le patron du Président Toutain.

Les préco­ni­sa­tions :
Des chaus­sures adap­tées aux sports nautiques leur auraient permis d’être plus à l’aise sur le rocher. Équi­pés d’un gilet, ils auraient écono­misé leurs forces. «  Surtout, avec des vête­ments fluo, ou au moins clairs, ainsi qu’une fusée de détresse ou un feu à main, nous aurions pu les loca­li­ser plus rapi­de­ment  », conclut Philippe Le Treize.


Équi­page engagé

Canot tous temps SNS 098 Président Toutain

Patron : Philippe Le Treize

Méca­ni­cien : Jacky Vacher

Radio : Léonard Le Merrer

Équi­piers : Éric Bertho, Thierry Caudal

Nageur de bord : David Simon

 

Article rédigé par Domi­nique Malé­cot, diffusé dans le maga­zine Sauve­tage n°158 (4e trimestre 2021)