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Conseils : tout savoir sur le remorquage des bateaux

publié le15 Juillet 2025

Le remorquage est une manœuvre délicate, qu’il faut savoir maîtriser, que l’on soit remorqueur ou remorqué © Pierre Mouty

Problème mécanique, voie d’eau, échouement, démâtage, avarie de barre… Il y a de nombreuses raisons de tracter un bateau à l’aide d’un autre. Le remorquage est l’une des pratiques d’assistance les plus courantes. Que vous soyez remorqué par les sauveteurs ou que vous deviez venir en aide à une autre embarcation, soyez préparé grâce à ce dossier. Techniques éprouvées en conditions réelles, lors d’une formation au remorquage à Macif Centre de Voile.

Joli soleil, peu de vent et mer plate en cet après-midi d’oc­­tobre, à La Rochelle (Charente-Mari­­time). Avant de quit­­ter le ponton, brie­­fing de Mathieu, forma­­teur à Macif Centre de Voile1. Après les manœuvres d’homme à la mer, les voiliers sur lesquels se déroule le stage sécu­­rité vont rentrer en se remorquant l’un l’autre. « On sera les remorqués, ils vont nous envoyer une haus­­sière avec une patte d’oie, lâche le moni­­teur. Il faudra aussi prévoir des défenses2pour la phase de remorquage à couple, le remorqueur se mettra un peu sur notre arriè­­re… C’est clair ?  » Ben… ce sera certai­­ne­­ment plus clair tout à l’heure. Et peut-être aussi pour vous quand vous aurez achevé la lecture de ce dossier.

Cinq stagiaires sont à bord de notre embar­­ca­­tion : Josse­­lin loue régu­­liè­re­ment des voiliers ; Chris­­tian, qui est venu avec son fils Maxence, est proprié­­taire d’un bateau depuis peu ; Isabelle, qui navigue beau­­coup, et son mari, Thierry, ont aussi un voilier. Comme les équi­­piers des autres bateaux, ils consacrent une semaine à mieux comprendre, en pratique, à quoi sert tout le maté­­riel de sécu­­rité régle­­men­­taire qu’ils ont à bord et la façon de s’en servir. Voire celui que l’on pour­­rait rajou­­ter, comme une combi­­nai­­son de survie.

Un bel effort de forma­­tion pour ces plai­­san­­ciers, que rien n’oblige à suivre des cours si inten­­sifs. Des stages de sécu­­rité « très deman­­dés », selon Julien Corgier, chef de la base Atlan­­tique de Macif Centre de Voile, à tel point qu’il a été obligé d’in­­sé­­rer cette session supplé­­men­­taire dans le programme.

Le soleil commence à décli­­ner. Arrive l’heure d’ef­­fec­­tuer un remorquage. Le MACIF 28 passe sur notre avant et nous envoie une haus­­sière. « Si c’était la SNSM, ils auraient fait le tour du bateau aupa­­ra­­vant  », lance Mathieu, un peu mysté­­rieux. Car les béné­­voles de La Rochelle se prêtent fréquem­­ment au jeu et parti­­cipent au stage. De toute façon, à la SNSM, « les équi­­pages font beau­­coup d’exer­­cices pour être parfai­­te­­ment opéra­­tion­­nels », explique Philippe Mache­­faux, président de la station de la Rochelle, souvent patron de sortie pour ces exer­­cices. De manière géné­­rale, les Sauve­­teurs en Mer encou­­ragent vive­­ment les démarches de forma­­tion et de préven­­tion. La station de La Rochelle vient d’ailleurs de mettre en place un nouveau module de préven­­tion à présen­­ter aux plai­­san­­ciers. Mieux vaut préve­­nir que guérir. 

Un petit tour et puis… 

Les remorquages repré­­sentent une part impor­­tante de l’ac­­ti­­vité de nombreuses stations de la SNSM. « À La Rochelle, sur 97 sorties en 2024, nous avons eu beau­coup de remorquages pour panne ou pour déga­­ger des bateaux échoués  », détaille Philippe Mache­­faux. Pour autant, la mission des sauve­­teurs est la sauve­­garde de la vie des personnes et non des biens. Mais, dans certaines situa­­tions, il est plus sûr de remorquer des personnes dans leur embar­­ca­­tion plutôt que de prendre le risque d’un trans­­bor­­de­­ment sur une vedette. Les centres régio­­naux opéra­­tion­­nels de surveillance et de sauve­­tage (CROSS) – char­­gés de la coor­­di­­na­­tion des secours – préfèrent habi­­tuel­­le­­ment que l’on n’aban­­donne pas en mer un navire, qui peut deve­­nir source de danger pour la navi­­ga­­tion ou de pollu­­tion.

Le « tour aupa­­ra­­vant », sans doute accom­­pa­­gné d’échanges à la radio VHF ou de vive voix si c’est possible, sert à évaluer l’état du bateau et de l’équi­­page. Le bateau remorqué est-il dans ses lignes de flot­­tai­­son ou déséqui­­li­­bré par une voie d’eau ? A-t-il un gouver­­nail en état de marche pour aider le remorqué à suivre le remorqueur ? Le pont est-il à peu près clair, voiles rangées si c’est un voilier ? Les taquets d’amar­­rage ont-ils l’air solides ? Le mouillage est-il remonté ? Rien qui traîne à l’eau et qui pour­­rait se prendre dans l’hé­­lice du remorqueur ? Autant de ques­­tions auxquelles il faut pouvoir répondre avant de se lancer dans une opéra­­tion de remorquage.

Évitez de vous faire rattraper

Si vous remorquez un autre bateau avec une remorque courte, pour une raison ou une autre, pensez qu’il n’a pas de freins ! Sauf s’il a un moteur tour­nant au ralenti qu’il peut embrayer en marche arrière. Une vague peut le pous­ser sur vous. Ne ralen­tis­sez pas brusque­ment sans surveiller ce qui se passe derrière.

Lancer de touline
Les Sauveteurs en Mer vous enverront généralement une touline, au bout de laquelle vous trouverez le bout permettant le remorquage de votre bateau. © Pierre Paoli

Les béné­­voles doivent aussi s’as­­su­­rer que les membres d’équi­­page sont en bonne santé, gilets de sauve­­tage cape­­lés, capables de récu­­pé­­rer une amarre et de tenir la barre. Certaines stations font systé­­ma­­tique­­ment passer un équi­­pier à bord du navire remorqué, d’autres non. « Si on peut, cela rassure et faci­­lite les commu­­ni­­ca­­tions », estime, pour sa part, Philippe Mache­­faux. Dans le parcours de forma­­tion des béné­­voles, la manœuvre est lais­­sée à l’ap­­pré­­cia­­tion des patrons, qui «  ont affaire à des envi­­ron­­ne­­ments diffé­­rents, des équi­­pages diffé­­rents et des embar­­ca­­tions de sauve­­tage diffé­­rentes à chaque fois », précise Antoine Breton, direc­­teur adjoint à la forma­­tion de la SNSM.

Hervé Duche­­min, président et patron de sortie de la station de La Londe-les Maures (Var), a une longue expé­­rience du sauve­­tage dans des mers inégales et avec des bateaux variés. « Nous envoyons systé­­ma­­tique­­ment un sauve­­teur à bord du remorqué, explique-t-il. Mais cela nous est faci­­lité par le fait que nous utili­­sons un semi-rigide pneu­­ma­­tique, qui peut s’ap­­puyer sur la coque du bateau en diffi­­culté pour le trans­­bor­­de­­ment. Et le beau temps nous permet d’être souvent rela­­ti­­ve­­ment maniables. » Ce n’est pas tout à fait la même chose avec un grand navire de sauve­­tage hautu­­rier pris dans la houle.

Car la météo change tout lors d’un remorquage. L’ap­­pré­­cia­­tion des éven­­tuels problèmes de stabi­­lité du remorqué peut sembler évidente si, par temps calme, un bateau pique du nez ou gîte d’un côté. « Dans la mer formée, c’est autre chose », rappelle Bruno Claquin, président de la commis­­sion sécu­­rité de la SNSM. Ancien patron de pêche, il lui est arrivé d’être remorqué et d’avoir à remorquer un collègue. 

Remorquage du voilier par la SNSM
Certaines stations SNSM font systématiquement monter un ou plusieurs équipiers sur le bateau remorqué, lorsque la météo le permet. © Julien Bouleuc

Comment savoir si un bateau ballotté par la mer bouge « trop » ? Le problème est parti­­cu­­liè­re­ment sensible à la pêche, parce qu’il y a beau­­coup de poids dans les hauts, les portiques, les filets… La commis­­sion sécu­­rité travaille actuel­­le­­ment sur de courtes vidéos pour aider les patrons à évaluer ces situa­­tions.

Pourquoi une patte d’oie ?

Reve­­nons à bord du voilier de Macif Centre de Voile. Nous avons récu­­péré sans problème, par beau temps, le bout de la remorque, envoyé direc­­te­­ment par les équi­­piers de MACIF 28. La SNSM envoie plutôt d’abord une touline, cordage léger lesté d’une boule à son extré­­mité. En le tirant à bord, on trouve du plus lourd : une patte d’oie avec ses deux boucles à passer sur les taquets, de chaque côté de la proue.

La remorque propre­­ment dite coulisse sur cette patte d’oie. Pourquoi ?  La patte d’oie sert surtout à répar­­tir la trac­­tion sur deux points au lieu d’un. Et, si les deux taquets ne semblent pas assez solides aux sauve­­teurs, ils peuvent vous deman­­der de sécu­­ri­­ser la remorque en l’ac­­cro­­chant sur un point fort, comme les winchs. La patte d’oie contri­­bue aussi à rame­­ner le remorqué en ligne derrière le remorqueur en limi­­tant les à-coups.

Contrai­­re­­ment à ce que l’on pour­­rait penser, l’opé­­ra­­tion est plus compliquée pour les cata­­ma­­rans. Il faut que la patte d’oie soit plus longue et parve­­nir à la passer d’une coque à l’autre sans la lâcher. Pas toujours évident.

Nous voyons que MACIF 28, qui va nous trac­­ter, a aussi passé la remorque sur une patte d’oie sur son arrière. Pourquoi ? Il n’y a pas de taquet au centre. Pas ques­tion d’amar­­rer sur l’étai arrière du mât. Et, surtout, un bateau remorqueur qui n’a pas, comme un canot de sauve­­tage, un « biton » de remorquage au centre, nette­­ment en avant des safrans qui le dirigent, va avoir beau­­coup de mal à tenir sa direc­­tion avec ce poids qui le tire sur l’ar­­rière. Le fait que la remorque coulisse sur la patte d’oie va l’ai­­der.

Atten­tion, le remorquage va démar­rer, tout le monde revient vers l’ar­rière ! Mathieu Formateur

Le remorquage n’est pas gratuit, mais il est assu­rable

Le sauve­­tage de la vie humaine est gratuit. Le remorquage, en revanche, ne l’est pas. Même chez les Sauve­­teurs en Mer. L’État l’exige, entre autres pour que les sauve­­teurs n’exercent pas une concur­­rence déloyale à l’égard d’en­­tre­­prises privées suscep­­tibles de propo­ser ce service. À la SNSM, la somme calcu­­lée en fonc­­tion de la durée et du moyen mis en œuvre n’est pas desti­­née à rému­­né­­rer les sauve­­teurs, qui restent entiè­­re­­ment béné­­voles. Elle rembourse les coûts, de carbu­­rant notam­­ment, sans oublier l’achat et l’en­­tre­­tien des navires, ainsi que la forma­­tion l’équi­­pe­­ment des sauve­­teurs. Ceci vous sera rappelé, avant inter­­­ven­­tion, par le CROSS et les sauve­­teurs.

Il vous sera égale­­ment demandé d’ac­­cep­­ter une clause de renon­­cia­­tion à recours. Cette clause spéci­­fie que les équi­­piers ne peuvent être tenus respon­­sables que d’une faute lourde. Les béné­­voles n’ayant pas non plus pour voca­­tion de passer du temps en démarches de recou­­vre­­ment, la plupart des navires de la SNSM sont équi­­pés de termi­­naux de paie­­ment qui vous permet­­tront de régler dès l’ar­­ri­­vée.

Sachez que le rembour­­se­­ment du remorquage fait partie de beau coup de contrats assu­­rant la valeur du « corps » du bateau, mais pas du contrat mini­­mal d’as­­su­­rance de respon­­sa­­bi­­lité et de renfloue­­ment exigé par les ports. L’as­­su­­reur du bateau préfère logique­­ment devoir suppor­ter les frais d’un remorquage à ceux du rempla­­ce­­ment d’un bateau perdu. Mais il peut y avoir des limites. Avoir oublié de remettre du carbu­­rant ou manquer de vent pour être rentré au port à l’heure prévue n’est pas vrai­­ment un cas d’ur­­gence. Il faut égale­­ment avoir bien relu sur son contrat les éven­­tuels plafonds, limites de zone de navi­­ga­­tion, limites de distance d’as­­sis­­tance, etc. Certains assu­­reurs peuvent égale­­ment vous propo­­ser – dans leur contrat ou en annexe au contrat – des services d’as­­sis­­tance qui peuvent vous dépan­­ner hors urgence.

Atten­­tion au démar­­rage !

L’un des risques de la manœuvre est de rompre la remorque – notam­­ment lors de la mise sous tension –, qui peut fouet­­ter les personnes à proxi­­mité. Donc, personne ne doit rester près du point de tire, tant sur le navire remorqué que sur le remorqueur.

Un embrayage de moteur de navire ne patine pas comme celui d’une voiture. « Même en démar­­rant sur un seul moteur avec peu de tours moteur, c’est impos­­sible d’évi­­ter complè­­te­­ment le choc de l’in­­ver­seur qui s’en­­clenche en marche avant  », commente Antoine Breton. Donc, soyez loin de la remorque et assis ou accro­­ché d’une main à quelque chose lorsque le remorquage débute.

Nous voici donc douce­­ment en remorque vers l’im­­mense port de plai­sance de La Rochelle, au milieu d’autres plai­­san­­ciers qui profitent de la douceur de cette fin de saison. Nous sommes presque dans les passes. La remorque est très courte par rapport à ce qu’elle serait pour un remorquage réel au large (nous y revien­­drons). Bleue, elle se voit peu. Un autre voilier semble vouloir tirer un bord entre le remorqueur et le remorqué !

Un pratiquant de wing­­­foil prend le même chemin. Des gestes et des cris arrivent à les écar­­­ter. La SNSM aurait mis en route les gyro­­­phares de l’em­­­bar­­­ca­­­tion de sauve­­­tage, en plus des marques régle­­­men­­­taires et de la corne de brume. Anti­­­ci­­­pez ce problème. Le blanc d’une défense amar­­­rée au milieu de la remorque peut aider. Munis­­­sez-vous d’une corne de brume ou d’un sifflet pour éviter le surac­­­ci­dent. 

Le bon matériau pour la bonne remorque

Les cordages les plus sophis­tiqués ne sont pas les meilleurs pour le remorquage. Du Dyneema®, léger et résis­tant, peut être parfait pour rempla­cer ou conso­li­der un hauban défaillant. Pas pour le remorquage, car il n’est pas assez souple. Privi­lé­giez du poly­pro­py­lène basique, souple et flot­tant.
« Si on utilise quand même du Dyneema®, il vaut mieux n’en faire qu’une partie de la remorque, la patte d’oie par exemple, pour limi­ter l’usure lorsque la remorque va coulis­ser dessus », suggère Bruno Claquin, président de la commis­sion sécu­rité de la SNSM. Celle-ci avait fait la synthèse des retours d’ex­pé­rience de certaines stations ayant essayé le Dyneema® pour pouvoir empor­ter des longueurs supplé­men­taires de remorque. Si vous ne dispo­sez que d’amarres de longueur insuf­fi­sante, rabou­tez-les, soit par un des nœuds d’ajut1, soit par deux boucles de nœuds de chaise prises l’une dans l’autre.
Nœud permet­tant de joindre deux extré­mi­tés de cordes
 

À couple, c’est bien, mais… 

Puis les équi­­piers du bateau remorqueur rapprochent le remorqué pour le prendre « à couple », soli­­de­­ment amarré à lui par quatre cordages. Deux « en pointe » à l’avant et à l’ar­­rière, et deux « gardes » au milieu. Les bateaux sont ainsi entiè­­re­­ment soli­­daires, collés l’un à l’autre. Quand il n’y a pas de houle ni trop de vent, c’est la manière la plus commode et la plus précise de bouger un autre bateau. La seule possible pour se faufi­­ler dans un port et amener le remorqué jusqu’au ponton qu’aura dési­­gné la capi­­tai­­ne­­rie, préa­­la­­ble­­ment préve­­nue par VHF.

Par cet après-midi très calme, MACIF 28 aurait pu l’uti­­li­­ser dès le début s’il ne s’agis­­sait pas d’un exer­­cice. Si on ne remorque pas à couple au large, c’est parce que la houle risque de faire s’en­­tre­­choquer les deux bateaux malgré toutes les défenses qu’on aura pu glis­­ser entre eux. « Atten­­tion, avan­­cez-le bien pour qu’on soit en arrière », commande le forma­teur embarqué sur MACIF 28. Pas évident quand il s’agit de deux navires de même longueur. Indis­­pen­­sable, pour­tant. S’agis­­sant de deux voiliers, il faut abso­­lu­­ment déca­­ler les deux mâts pour que les haubans et les barres de flèche ne s’en­­tre­­choquent pas.

De plus, il faut que l’hé­­lice et le gouver­­nail du remorqueur soient le plus en arrière possible pour gouver­­ner l’en­­semble. Moyen­­­nant quoi les bateaux siamois manœuvrent sans encombre. Lequel s’amarre à quai ? Dans notre cas, ce sera le remorqueur. Mais cela dépen­­­dra des dimen­­­sions rela­­­tives des deux navires et de l’état de l’équi­­­page sur le remorqué. Les sauve­­­teurs préfè­­­re­­­ront peut-être, une fois amar­­­rés, s’oc­­­cu­­­per eux-mêmes de faire glis­­­ser le remorqué et de l’amar­­­rer en sécu­­­rité.

Un voilier est rarement en panne

Un voilier en panne de moteur n’est pas un navire en panne si ses voiles et son grée­ment sont intacts, si le temps est maniable et son équi­page manœu­vrant. Certes, on n’a plus le droit de manœu­vrer à la voile à l’in­té­rieur des ports de plai­sance. Néan­moins, on peut toujours s’ap­pro­cher et, une fois près de l’en­trée, voir si les embar­ca­tions du port peuvent prêter assis­tance pour aller jusqu’au ponton. On peut aussi mouiller près de l’en­trée (en évitant d’être en plein milieu du chenal). Cela évite les déran­ge­ments et les frais d’un remorquage

Tout change avec la houle

Cet exer­­cice se passait donc par beau temps. Tout change avec le vent et la houle. Aller à l’avant en sécu­­rité sur un bateau à l’ar­­rêt, ainsi encore plus ballotté par les vagues, devient une épreuve. Attra­­per la touline, rame­­ner la remorque, l’amar­­rer est beau­­coup moins simple.

Côté sauve­­teurs, il faut beau­­coup d’en traî­­ne­­ment pour appro­­cher l’avant du navire en détresse sans le toucher dans une mer diffi­­cile, puis lancer une touline qui arrive là où il faut. Une fois cela fait, ne vous inquié­­tez pas si leur canot s’éloigne beau­­coup : ils ne vous ont pas oublié. Dans la houle et le vent, la remorque sera beau coup plus longue que dans un exer­­cice par beau temps. Expli­­ca­­tion para­­doxale d’An­­toine Breton : « La remorque ne doit jamais être en tension.  » Mais qu’est-ce qu’il veut dire ?

Les trois maîtres mots du remorquage sont « souplesse », « souplesse » et « souplesse ». Il doit y avoir le moins possible d’à-coups et de rappels brusques pour éviter la casse. Idéa­­le­­ment, vous ne devez jamais voir la remorque tendue au-dessus de l’eau. Elle doit traî­­ner dans l’eau. Les sauve­­teurs vont donc régler la longueur et leur vitesse pour obte­­nir ce résul­­tat. Certaines stations amarrent même un vieux pneu au milieu pour rajou­­ter encore de la souplesse et un lest. L’idéal, dans la houle, est que les deux bateaux soient en même temps au sommet d’une vague, puis dans le creux.

Quant à la vitesse, une belle formule permet d’éva­­luer la vitesse limite ou vitesse de sécu­­rité nomi­­nale d’une coque – la vôtre – en fonc­­tion de sa longueur : vitesse en nœuds ≈ 2,5 x √L en mètres où √L = la racine carrée de la longueur à la flot­­tai­­son du navire remorqué. Pas sûr que le patron de sortie prenne sa calcu­­lette à chaque remorquage. Mais son expé­­rience lui dit que cette limite doit être d’en­­vi­­ron 8 nœuds pour une coque de 10 mètres de long et donc qu’on sera bien à 5–6 nœuds.

Une astuce pour les petits bateaux transportables

Les petits bateaux trans­por­tables sur une remorque ont, à l’avant, dans 
l’étrave, une cadène, pièce en inox dans laquelle on peut passer un crochet ou une amarre pour remon­ter le bateau sur sa remorque. C’est aussi le point le plus solide pour accro­cher un mouillage sans qu’il risque d’abî­mer la coque et pour amar­rer, le cas échéant, une remorque. Mais il est peu acces­sible quand on est sur le bateau en mer. Avant de partir, pensez à y passer une courte amarre solide, rame­née à l’avant du bateau. Suffi­sam­ment courte pour ne pas pouvoir atteindre l’hé­lice si elle glisse à l’eau. Elle peut rendre de grands services si l’on doit vous remorquer. Une courte gaffe suffit à en récu­pé­rer l’ex­tré­mité dans l’eau, au mouillage par exemple.

À partir de là, l’es­­sen­­tiel est de rester en alerte et de commu­­niquer. Quand la SNSM parti­­cipe à l’exer­­cice de Macif Centre de Voile, le radio­­na­­vi­­ga­­teur solli­cite régu­­liè­­re­­ment le respon­­sable de la commu­­ni­­ca­­tion sur le remorqué. La VHF portable est précieuse, réglée sur un autre canal que le 16, évidem­­ment, que vous auront indiqué les sauve­­teurs. Obli­­ga­­toire pour la plai­­sance seule­­ment sur les navires s’éloi­­gnant à plus de 60 milles d’un abri, elle peut rendre de très grands services.

Vous serez sans doute impres­­sionné par la vitesse de remorquage. À 6 nœuds, un canot de sauve­­tage fait pour tailler la route à 20 nœuds ou plus dans la mer formée se traîne. Aler­­tez-le si la fameuse souplesse devient insuf­­fi­­sante, si des chocs brutaux se font sentir, si l’amar­­rage donne des signes de faiblesse, recom­­mande Antoine. La solu­­tion ? Ralen­­tir.

Si le remorquage est long, il est possible que l’en­­nui s’ins­­tal­­le… éven­­tuel­­le­­ment accom­­pa­­gné d’un mal de mer léger. Pour­­tant, il faut qu’une voire deux personnes restent vigi­­lantes : celle qui tient la barre en essayant de suivre au mieux et celle qui surveille la remorque, les points d’amar­­rage, les réac­­tions du bateau, et commu­­nique avec les sauve­­teurs. 

Si quelque chose ne va pas, la manœuvre peut être inter­­­rom­­pue par les sauve­­teurs, la remorque larguée, puis récu­­pé­­rée et repas­­sée plus tard. En somme, ce n’est pas une partie de plai­­sir pour vous. Pour les sauve­­teurs non plus. Donc, si vous pouvez éviter, c’est mieux.

Si le bateau remorqué n’est plus gouvernable…

Vous pouvez être amené à aider un autre bateau dont le gouver­nail ne 
fonc­tionne plus. Par temps calme ou près du port, la solu­tion idéale est de le prendre à couple. En mer, si vous le remorquez, deman­dez-lui d’ins­tal­ler un ou des traî­nards à l’ar­rière du bateau, par exemple une boucle de cordage un peu longue, éven­tuel­le­ment lestée par quelques grosses manilles pour qu’elle reste bien dans l’eau. C’est ce que vous deman­de­ront les sauve­teurs dans un cas simi­laire. Le frot­te­ment dans l’eau du ou des traî­nards aura pour effets de frei­ner un peu le bateau en le tirant par l’ar­rière et de limi­ter ainsi les embar­dées à droite et à gauche. 

1 Macif Centre de Voile est une école de voile très orien­­tée sécu­­rité et préven­­tion, créée sous forme d’as­so­cia­­tion, en 1987, dans le giron de l’as­­su­­reur mutua­­liste. MACIF est l’un des assu­­reurs de la plai­­sance et a beau­coup asso­­cié son image à la mer. La mutuelle est parte­­naire des Sauve­­teurs en Mer et le bateau MACIF a remporté le dernier Vendée Globe, skippé par Char­­lie Dalin.

2 élément utilisé par les bateaux et navires pour se proté­­ger des contacts

Article rédigé par Jean-Caude Hazera.

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