Conseil

Naviguer par gros temps : règles de sécurité indispensables

publié le30 Juin 2026

écrit parCaroline Taisne

25 minde lecture

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Remorquage musclé par le « SNS 096 » à Belle-Île-en-Mer © Pierre Mouty

Naviguer par gros temps demande une préparation rigoureuse et une conduite adaptée. En effet, quand le vent forcit et que la mer se forme, la situation peut rapidement se dégrader. La sécurité dépend alors de la fiabilité du matériel, de la résistance de l’équipage et de la capacité à anticiper les manœuvres pour éviter de perdre le contrôle.

Avarie technique, épuisement physique ou proximité d’une côte dangereuse : face à un avis de coup de vent ou des creux de plusieurs mètres, chaque décision compte. La SNSM vous détaille les procédures et les réflexes à adopter pour ramener votre navire sain et sauf : de la préparation au port jusqu’à la gestion de l’urgence en mer.

Anticiper le mauvais temps : la préparation à terre

Si vous devez prendre la mer par mauvais temps, il est impératif de préparer votre départ sérieusement avant de larguer les amarres, tant pour la sécurité du navire que celle de votre équipage. Avant de quitter le quai, il est impératif de procéder à des mesures de prudence et de connaître ses limites ainsi que celles de son bateau pour faire face à une mer difficile.

Analyser la météo et définir sa stratégie de navigation

À terre, avant de partir naviguer par gros temps, consulter les prévisions météo est l’étape de sécurité incontournable. Les fichiers GRIB et les bulletins du CROSS permettent d’anticiper la trajectoire locale des dépressions et la force des vents sur la zone où vous comptez naviguer.

En fonction des prévisions annoncées, la force du vent sur l’échelle de Beaufort peut aller de 1 à 12 :

  • Dès force 6, déterminez si votre équipage a la capacité d’encaisser une mer forte qui se creuse et des rafales de vent fort.
  • À partir de force 7, force 8 et force 9, ayez en tête que l’entrée ou la sortie de certains ports peut devenir critique à cause des risques de déferlantes et du ressac.
  • À force 10 et au-delà, on parle d’avis de tempête ; la décision à prendre est ne pas sortir pour éviter d’aller se mettre en danger dans une mer démontée donc très dangereuse.

Par grand vent, adaptez votre itinéraire à la zone : anticipez la déformation des vagues (mer qui peut devenir courte et « pointue » ) si les prévisions indiquent un vent contre-courant. Ce phénomène peut être critique par exemple dans le secteur du Raz de Sein (Finistère), où un vent d’Ouest force 8 face à une marée descendante peut lever une mer verticale et brisante. 

Pour une traversée ou un cabotage sur plusieurs jours, identifiez en amont les ports protégés où vous pourrez aller vous abriter le temps de laisser passer une grosse intempérie.

Check-list technique : sécuriser le navire au ponton

  • Pour les voiliers : gréement, gouvernail, accastillage, écoutes et drisses doivent avoir été vérifiés avant de partir, ainsi que tous vos instruments de navigation.
  • Assurez l’étanchéité totale du bord : fermer tous les hublots, capots et écoutilles. Vérifiez le fonctionnement de votre pompe de cale.
  • Contrôlez l’état de vos batteries (elles doivent être à 100 % au moment du largage des amarres) et l’étanchéité de votre tableau électrique.
  • À l’intérieur, la consigne est de ranger et sécuriser tous les objets : par grosse mer, tout élément non arrimé peut devenir un projectile dangereux.
  • Enfin, vérifiez que vos lignes de vie sont bien frappées et que les mousquetons de chaque longe ne sont pas grippés par le sel.

Pour les embarcations de plaisance à moteur et les bateaux de pêche : la priorité est l’alimentation en carburant : vérifiez vos décanteurs, car le brassage du fond de réservoir par mer forte peut provoquer une panne moteur.

Équiper et briefer l’équipage avant le départ

  • Vérifiez que chaque membre de l’équipage a son équipement complet et adapté. En hiver : veste de quart, gants de voile, salopette, bottes de voile et vêtements chauds sont vitaux contre l’hypothermie.
  • Pour naviguer par gros temps, chaque équipier doit porter son gilet de sauvetage et sa longe au-dessus des vêtements de mer et s’attacher au bateau (se harnacher) dès la sortie du port. En été, il est impératif pour chacun d’avoir des chaussures aux pieds en permanence.
  • Vérifiez intégralement votre matériel de sécurité avec vos équipiers : VHF, fusées de détresse, balises de détresse.
  • Assurez-vous que votre radeau de survie est à jour (révision de son armement de sécurité tous les 3 ans) et révisez ensemble l’usage du radeau et de l’ancre de mer.
  • Enfin, pour les pratiquants de voile légère (dériveur, planche, paddle), la consigne est stricte : en cas de vent violent ou d’avis de grand frais, restez à terre.
15 décembre 2022 – À bord du canot « SNS 096 », entre Sauzon et la pointe des Poulains, lors d’un hélitreuillage de nuit par gros temps.

Manœuvrer et naviguer par gros temps : les bons réflexes

Une fois que le navire est confronté au gros temps en mer, l’objectif est de limiter l’épuisement de l’équipage et préserver l’intégrité du bateau. Par mer grosse à très grosse, chaque manœuvre doit être réfléchie pour éviter que le bateau ne tape trop dans les vagues et éviter les blessures.

Adapter la voilure et l’allure à la force du vent

En navigation à voile, un bateau trop toilé peut durcir la barre et rendre le navire difficile à gouverner. Une survente sur une voile trop grande peut provoquer un départ au lof brutal : le voilier remonte alors face au vent de manière incontrôlable et se couche sur l’eau, ce qui met en danger l’équipage et le grément.

Quand on navigue par gros temps, la réduction de voile doit donc être anticipée : n’hésitez pas à prendre un ris, deux ris, voire trois ris si le vent forcit au-delà de force 7. Si la visibilité est mauvaise à cause des embruns et de la pluie, passez sous voile d’avant réduite : trinquette ou foc de tempête (voile de tempête). L’objectif est de limiter la gîte pour garder du contrôle et de la manœuvrabilité.

Gardez une discipline stricte sur le pont : restez dans le cockpit et limitez les déplacements ; une chute à la mer par gros temps est une situation critique. Les équipiers qui vont manœuvrer à l’avant du bateau doivent rester harnachés.

Ne laissez aucune écoute traîner dans l’eau pour éviter qu’elle ne s’emmêle dans l’hélice.

Pour les embarcations de plaisance à moteur et les bateaux de pêche, ajustez votre vitesse pour conserver un cap stable et éviter au maximum les chocs violents contre la carène.

Négocier la houle et les déferlantes : veille visuelle

Que ce soit en Atlantique ou en Méditerranée, naviguer par gros temps nécessite de s’adapter à la forme et la direction des vagues. Quand vous êtes dans une houle longue, le danger peut venir des vagues déferlantes sur la crête. En cas de mer courte, positionnez-vous de façon à ne pas subir de vagues croisées ou de lames de travers. Dans le Golfe du Lion par exemple, la faible profondeur crée une mer hachée ; le bateau y percute la vague suivante avant de redescendre de la précédente, ce qui peut mettre les structures du bateau à rude épreuve.

Maintenez une veille visuelle permanente, au vent et sous le vent, pour repérer les autres navires ; et toutes les 15 minutes, faites une vérification à 360°.

Surveillez bien les signaux ; dans le Passage du Fromveur (Mer d’Iroise) par exemple, l’air saturé d’écume (le spray) peut diminuer l’efficacité des radars, ce qui impose une vigilance accrue.

Si vous pratiquez la voile légère (dériveur, planche ou paddle) et que vous êtes surpris par le mauvais temps, ne quittez jamais votre embarcation : restez sur le flotteur en attendant les secours.

Adapter sa route : navigation côtière ou hauturière

Le risque change de nature selon votre distance de la terre.

En navigation côtière, le danger principal est la proximité des côtes. Un gros grain proche du littoral peut transformer les hauts fonds en brisants. Si le ressac et les déferlantes en entrée de port rendent l’accès au chenal trop dangereux, il est souvent plus prudent de gagner momentanément le large (la haute mer) pour s’écarter des rochers et éviter l’échouement.

En navigation hauturière : l’enjeu est de ne pas laisser le navire s’emballer dans les creux de 7-8 mètres. Par mer démontée au large, vous pouvez choisir la fuite sous voilure réduite ou la cape pour stabiliser le navire. Dans cette situation, l’usage d’une ancre de mer ou d’un dispositif de traction (traînards) peut être utile pour freiner le bateau et l’empêcher de se mettre en travers de la lame. Attention toutefois aux zones de trafic intense, comme le Rail d’Ouessant par exemple, où la visibilité mauvaise par gros temps impose de manœuvrer au milieu de cargos qui ne sont pas en capacité de dévier de leur route.

Faire face à l’urgence et contacter les secours

Lorsque le gros temps dure longtemps, la fatigue et l’usure psychologique deviennent vos pires ennemis. Un marin expérimenté sait que la sécurité dépend notamment de sa capacité à gérer un équipage fatigué, autant que de contrôler son bateau.

Maintenir l’intégrité de l’équipage en situation critique

Naviguer par gros temps peut générer un stress intense, car les éléments en furie vus d’un bateau malmené peuvent être très impressionnants. L’anxiété, le froid et la peur peuvent paralyser les réflexes ; comme skipper, vous devez maintenir avec vos équipiers une communication calme et des consignes claires.

Le mal de mer n’est pas que désagréable : c’est aussi un réel danger qui peut mener quelqu’un à l’épuisement et à la déshydratation. Forcez les équipiers à s’hydrater et à s’alimenter régulièrement, même par petites quantités.

N’hésitez pas à organiser des quarts afin qu’il y ait toujours quelqu’un de « frais » pour la navigation.

Chaque équipier doit rester attaché au bateau en permanence. La priorité absolue reste d’éviter l’homme à la mer : par gros temps, une chute est souvent fatale.

Si vous naviguez en voile légère (dériveur, planche, paddle) et que vous ne pouvez plus regagner la terre, ne quittez jamais votre support : c’est votre seule chance de rester visible pour les sauveteurs.

Identifier le moment de demander de l’aide

Il ne faut pas attendre d’être en perdition pour commencer à donner l’alerte.

Dès lors que :

  • vous subissez une avarie grave (perte de gouvernail, voie d’eau, rupture du gréement…),
  • un équipier est blessé,
  • le vent vous pousse vers les côtes,
  • l’épuisement de l’équipage empêche toute manœuvre de sécurité,
  • vous contrôlez moins bien votre bateau,

la situation est critique et il faut alerter les secours sans attendre.

Se signaler tôt permet aux secours d’intervenir avant que les conditions ne rendent le sauvetage impossible. Donner l’alerte précocement n’est pas un aveu d’échec mais au contraire un acte de responsabilité, tant pour votre équipage que pour les sauveteurs qui viendront vous secourir.

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Alerter les secours en mer

Alerter les Sauveteurs en Mer (SNSM)

Pour déclencher les secours, utilisez la VHF canal 16 pour contacter le CROSS. Si vous êtes équipé, déclenchez votre balise de détresse (EPIRB ou PLB). Préparez votre message de détresse en précisant :

  • Votre position exacte (coordonnées GPS ou relèvements).
  • La nature du problème (avarie, blessé, homme à la mer…).
  • L’effectif à bord et le type d’embarcation.

Une fois l’alerte donnée, restez à l’écoute et préparez votre radeau de survie et vos fusées de détresse, tout en continuant à manœuvrer pour stabiliser le bateau. Les Sauveteurs en Mer prendront alors le relais pour vous ramener à bon port.

Article vérifié par Antoine Breton

Directeur adjoint à la formation au sauvetage embarqué

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