Comment bien naviguer sur un semi-rigide ?

Repor­tage sur un stage de perfec­tion­ne­ment pour les patrons au Pôle natio­nal de forma­tion de la SNSM. Les conseils de sécu­rité valent pour tous ceux qui naviguent sur des « pneus ».

Un semi-rigide de la SNSM
La flotte de la SNSM possède aujourd'hui plus de 200 semi-rigides © Chloé Fournet et Arthur Mulier

« C’était un dimanche », se souvient Jean-Marc. Le 19 décembre 2021. À 7 h 24, quatre sauve­teurs de la station de Berck-sur-Mer sont enga­gés par le centre régio­nal opéra­tion­nel de surveillance et de sauve­tage (CROSS) Gris-Nez, le centre de coor­di­na­tion régio­nale des secours en mer. On craint pour un groupe de migrants qui tente la traver­sée vers le Royaume-Uni sur un pneu­ma­tique de mauvaise qualité, sans doute fourni par un passeur. Une fois de plus. Ils sont près du rail, où les gros navires remontent la Manche à la queue leu leu. Contact à 8 h 32. Pas de demande d’as­sis­tance. Les sauve­teurs veillent. 9 h 59. L’em­bar­ca­tion des migrants se dégonfle d’un coup. Pas de compar­ti­ments comme sur les bons pneu­ma­tiques. Les sauve­teurs récu­pèrent rapi­de­ment les naufra­gés. Alors qu’ils devaient les confier à une vedette de gendar­me­rie, celle-ci est dérou­tée vers une autre alerte. Petit détail, le SNS 709 Jean-Baptiste Four­nier, sur lequel se retrouvent vingt personnes – seize naufra­gés et quatre sauve­teurs – est un semi-rigide (ou SR) de 7,40 mètres de long. Les sauve­teurs de cette station sans port ni jetée le mettent à l’eau depuis une plage. Heureu­se­ment, le temps est maniable. Petite brise d’est. Avec ses deux moteurs de 115 ch, le vaillant petit bateau va parcou­rir 28 milles (plus de 50 kilo­mètres) en moins d’une heure et demie, à 20 nœuds, pour rame­ner tout le monde.


Pourquoi dit-on semi-rigide ?

On connaît les canots pneu­ma­tiques, par exemple les petites annexes de bateau : un boudin gonflé, souvent séparé en deux compar­ti­ments, une toile ou un plan­cher sous les pieds. Le fond des SR est une vraie coque en fibre de verre ou en alumi­nium, qui assure la rigi­dité et la glisse à grande vitesse, entou­rée de boudins gonflables collés qui procurent flot­ta­bi­lité et stabi­lité.


L’ur­gence s’im­po­sait. Ce n’est pas une raison pour navi­guer à vingt sur un SR cet été ! Ce sauve­tage souligne cepen­dant la capa­cité d’em­port extra­or­di­naire des SR, grâce à la stabi­lité que leur confèrent les boudins gonflés. De plus, on peut les dépla­cer sur une remorque routière et les mettre à l’eau depuis une plage ou une cale. Les plus gros peuvent même être dégon­flés afin respec­ter la largeur auto­ri­sée sur route (2,55 m).

Les plai­san­ciers en sont de plus en plus friands. Il suffit de regar­der autour de soi, et pas que l’été. Au salon nautique de Paris, en décembre 2021, une grande partie du hall 1 leur était consa­crée.

Les sauve­teurs aussi en sont deve­nus adeptes. Pour des stations comme Berck-sur-Mer, ils sont le moyen unique d’in­ter­ven­tion. Pour d’autres, ils sont un deuxième moyen. Un SR peut inter­ve­nir seul quand les sauve­teurs sont appe­lés par temps maniable pour secou­rir près du port. Quand il faut un navire plus impor­tant, c’est un moyen complé­men­taire très utile pour s’ap­pro­cher de l’em­bar­ca­tion en détresse sans avoir à mettre à l’eau la petite annexe du canot de sauve­tage et y embarquer des sauve­teurs, manœuvre qui présente toujours des risques. Pour les nageurs sauve­teurs des plages, il est idéal pour patrouiller le long du rivage et aider des pratiquants de loisirs nautiques en diffi­culté. Aujour­d’hui, la flotte en possède déjà près de deux cents. La direc­tion de la forma­tion de la SNSM s’est adap­tée et leur consacre des stages spéci­fiques.


Atten­tion à la mise à l’eau

Trans­por­tables sur remorque, beau­coup de SR sont mis à l’eau pour la jour­née. D’où les encom­bre­ments sur les cales en pleine saison. On se dépêche, plusieurs remorques manœuvrent en même temps. Atten­tion à l’ac­ci­dent ! Soyez patients et vigi­lants !


Nous retrou­vons Jean-Marc, en février 2022 à Saint-Nazaire, au Pôle natio­nal de forma­tion (PNF). Il a beau être patron de sa station, il a beau avoir assuré de nombreuses inter­ven­tions, il ressent le besoin de conso­li­der son expé­rience.

Pendant quatre jour­nées bien remplies, ils vont être six (Bruno, Gaétan, Laurent, Marie, Jean-Marc et Romain) à béné­fi­cier de l’ex­pé­rience de deux – par moments trois – forma­teurs (Pascal, Philippe et Patrick). Norma­le­ment, les stagiaires sont un peu plus nombreux. Les annu­la­tions de dernière minute sont inévi­tables, notam­ment pour ceux qui travaillent. Si le respon­sable du stage avait pana­ché volon­tai­re­ment le groupe, il n’au­rait pas fait mieux que le hasard. Les âges s’étalent de 21 à 64 ans. Quatre sauve­teurs embarqués, deux nageurs sauve­teurs dont une femme. De multiples prove­nances géogra­phiques, des Hauts-de-France à l’Aqui­taine et jusqu’en Corse. C’est impor­tant. «  Un tiers de l’ef­fi­ca­cité des stages tient aux échanges entre stagiaires », dit souvent Didier Moreau, direc­teur de la forma­tion. Ils vont tout le temps échan­ger entre eux et avec les forma­teurs, y compris à chaque repas pris en commun. Pendant quatre jours, ils vont colla­bo­rer par équi­pages de trois pour la prépa­ra­tion théo­rique des sorties (météo, carto­gra­phie, mise à jour du livre de bord) et, surtout, pour la navi­ga­tion pratique.

« En station, malgré les forma­tions, on a rare­ment l’oc­ca­sion de navi­guer autant par toutes les condi­tions », dit Philippe Mache­faux, un des précieux forma­teurs béné­voles qui viennent prêter main-forte. Premier jour, petit tour de prise en main d’une ving­taine de milles dans le clapot de l’es­tuaire ; deuxième jour, aller et retour à Pornic avec escale à Porni­chet, divers petits pièges de navi­ga­tion entre les bouées, les cailloux, les aligne­ments, les courants. Beau temps, mer belle, mais retour de nuit entre feux et gros navires qui sortent de Nantes ou de Saint-Nazaire. Le troi­sième jour, grande tirée jusqu’à L’Her­bau­dière, Pornic, et retour avec un temps nette­ment plus musclé. 20 nœuds de vent, des grains, des vagues. En quatre jours, ils auront fait plus de 100 milles (185 kilo­mètres) à la barre, à la navi­ga­tion ou comme patron. Les rôles tournent, sous l’œil atten­tif du forma­teur. Mais n’al­lons pas trop vite.

Formation sur un semi-rigide
Première prise en main avant équi­pe­ment de sortie, sous l’œil de Patrick, l’un des trois forma­teurs © SNSM

Tout a commencé dans une salle de cours. Chacun s’est présenté et les forma­teurs ont situé ce stage NavOps (navi­ga­tion opéra­tion­nelle) dans le cursus de forma­tion. Cette fois-ci, il s’agit de savoir emme­ner et rame­ner un équi­page en sécu­rité et en confiance en sachant où on est, de jour comme de nuit, et par tous les temps. La forma­tion complète de patron en inter­ven­tion de sauve­tage comprend un deuxième stage dit « opéSAR », consa­cré à la recherche des naufra­gés et à leur sauve­tage (SAR étant l’acro­nyme de Search and Rescue). Jean-Marc s’est déjà inscrit pour reve­nir dans quelques semaines. 

De la théorie avant beaucoup de pratique
Un peu de théo­rie avant beau­coup de pratique © SNSM

Cette fois-ci – anti­ci­pons le dénoue­ment –, les stagiaires auront tous validé la forma­tion, « mais ce n’est pas auto­ma­tique », assure Pascal, respon­sable péda­go­gique du stage. « C’est une respon­sa­bi­lité. Je ne signe que si je suis sûr qu’un équi­page peut se sentir en confiance avec eux  », résume-t-il. Pour limi­ter les risques d’échec, il s’est rensei­gné avant, a véri­fié les prérequis. Éven­tuel­le­ment, il a conseillé des entraî­ne­ments et/ou révi­sions. Les stagiaires ont notam­ment rafraî­chi leurs connais­sances en carto­gra­phie et navi­ga­tion grâce au e-lear­ning.

Avant d’avoir le droit de poser leur carnet de notes ici, les candi­dats ont dû montrer patte blanche. Ils ont tous leur permis de navi­ga­tion côtière (celui qui donne le droit de conduire un bateau à moteur de plus de 6 ch) et hautu­rière, ainsi que leur CRR (certi­fi­cat d’ap­ti­tude à l’uti­li­sa­tion de la radio VHF). Bien­tôt, il leur faudra aussi leur premier niveau de secou­risme. Les sauve­teurs sont déjà nombreux à l’avoir (l’objec­tif étant 100 %) et cela fait partie des condi­tions pour que cette forma­tion soit recon­nue offi­ciel­le­ment par l’État. La direc­tion de la forma­tion est, à juste titre, très fière de ces recon­nais­sances. Elle entend bien tout faire pour respec­ter les condi­tions. Les sauve­teurs, quant à eux, sont de plus en plus acquis à la forma­tion et à la véri­fi­ca­tion des compé­tences. Bruno Chan­try, un des six stagiaires, qui a toute une vie profes­sion­nelle d’in­fir­mier derrière lui, va repas­ser le certi­fi­cat de secou­risme pour revoir ses connais­sances et être « dans les clous ». 

Les sauve­teurs révisent, répètent, s’en­traînent sans arrêt. Bien qu’ils aient leur CRR, Patrick Moran­deau – forma­teur qui a passé une partie de sa vie profes­sion­nelle de l’autre côté de la radio, au CROSS – leur rappelle ainsi la néces­sité de s’ex­pri­mer vite et sans ambi­guïté à la radio. Plutôt « affir­ma­tif » et « néga­tif » que « oui » et « non », parce que des mots d’une seule syllabe peuvent se perdre dans une micro­cou­pure de commu­ni­ca­tion. « À vous » en fin de message pour qu’en face on puisse parler sans risquer de s’ex­pri­mer en même temps que son inter­lo­cu­teur. Et si la VHF portable étanche a pris l’eau, ne pas hési­ter à la secouer un peu pour être sûr de ne pas parler à travers une couche d’eau.

Très vite, les forma­teurs respon­sa­bi­lisent les deux équi­pages. « Les sacs du bateau, les clés, les VHF portables, les livres de bord sont posés là. À vous de jouer. » Avant de « jouer », passage obligé impres­sion­nant pour un non-initié, un jour­na­liste de SAUVE­TAGE, par exemple : s’équi­per avec la « tenue sèche », qui permet de flot­ter au sec en cas de chute à la mer. On se sent comme le capi­taine Haddock essayant son scaphandre pour aller marcher sur la Lune. D’abord, un panta­lon de ciré un peu parti­cu­lier, qui se prolonge par deux « chaus­settes » étanches, soli­daires du panta­lon. Pas de bottes. L’eau peut circu­ler libre­ment dans les chaus­sures rela­ti­ve­ment légères que l’on met par-dessus. Enfi­ler la vareuse pour le haut du corps n’est pas une partie de plai­sir si l’on est claus­tro­phobe. Au niveau des poignets et du cou, des joints en caou­tchouc souple. Pas d’ou­ver­ture devant. La seule ferme­ture à glis­sière est celle qui va soli­da­ri­ser le bas avec le haut en faisant tout le tour du bassin. Si l’on ne veut pas être mouillé en passant à l’eau – ce qui arrive aux stagiaires le dernier jour ! –, ne pas oublier le joint qui complète l’étan­chéité au point de départ et d’ar­ri­vée des ferme­tures à glis­sière, et qu’il faut bien, bien visser. Ce n’est pas fini : manquent le gilet de sauve­tage, le casque et les gants.

Combinaison à fermeture glissière de la SNSM
Une fois enfi­lée, la partie haute de la tenue sèche va se soli­da­ri­ser avec le bas grâce à la ferme­ture à glis­sière. L’ex­tré­mité va être étanche grâce à un joint qui sera serré en vissant le gros bouton rouge © SNSM

Et pour­tant, au bout de quelques instants, on s’ha­bi­tue et on arrive à bouger rela­ti­ve­ment bien dans cette tenue souple et protec­trice. Évidem­ment, sous le soleil d’été, dans le sud, la combi­nai­son vire au four. Il faut trou­ver des solu­tions à base de combi­nai­son de plon­gée.

Sur le gilet, une longe de sécu­rité. Pour­tant, le forma­teur ne la fait pas accro­cher… Autre bizar­re­rie, les gilets ne sont pas gonflables à déclen­che­ment auto­ma­tique. Ce sont des tradi­tion­nels en mousse, pas très épais, dont la flot­ta­bi­lité varie selon la taille de l’équi­pier. Expli­ca­tion : un des risques en SR à grande vitesse, par mer formée, est le retour­ne­ment. Il faut qu’un équi­pier coincé sous la coque puisse se déga­ger rapi­de­ment. D’où la flot­ta­bi­lité réduite des gilets car les combi­nai­sons sèches assurent déjà une certaine flot­ta­bi­lité. Avan­tage supplé­men­taire, la mousse protège contre les chocs.

Non sanglé, on peut donc être éjecté. Même le barreur, qui doit toujours avoir son coupe-circuit au poignet. Avant même de sortir du bassin, on révise la manœuvre d’homme à la mer. Dès qu’il est tombé, un équi­pier ne le perd pas des yeux. Quelques vagues, même petites, ont vite fait de cacher une tête à la dérive. Le navi­ga­teur appuie sur la touche MOB (man over­board) de l’élec­tro­nique pour pouvoir retrou­ver le lieu de la chute. Et le barreur fait très atten­tion au sens dans lequel il tourne. Il ne faut pas qu’en virant, il rapproche les hélices de la personne à l’eau. Et après ? Une fois l’homme à la mer retrouvé ou, pire, une fois tout l’équi­page passé à l’eau, bateau retourné, il faut remon­ter à bord. L’air­bag sur le portique de sécu­rité a remis le semi-rigide de sauve­tage retourné dans le bon sens. Même si un SR a l’air d’un gros engin de plage, on ne remonte pas faci­le­ment à bord. Aucun des six stagiaires n’a réussi par ses propres moyens. Pascal, ancien mili­taire très entraîné, y arrive en se donnant de l’élan grâce à la flot­ta­bi­lité du gilet. Il se laisse plon­ger et il rebon­dit. Petite astuce : avoir un morceau de bout dans la poche qui, habi­le­ment noué sur les saisines qui font le tour, permet de brico­ler une marche dans laquelle on peut mettre un pied et se hisser. En plai­sance, avoir une échelle, bien sûr. Quand une victime est à l’eau, éven­tuel­le­ment bles­sée ou incons­ciente, les sauve­teurs disposent d’un maté­riel parti­cu­lier, notam­ment les filets Markus sur lesquels on peut glis­ser une personne allon­gée le long du bord, puis la hisser dans l’em­bar­ca­tion.

Nous voici donc harna­chés, à bord. Première prise en main dans le bassin. Elle rappelle notam­ment aux barreurs qu’un SR est rela­ti­ve­ment léger et plat sur l’eau. Le vent le fait faci­le­ment déra­per au mauvais moment, juste quand on essaye d’abor­der le ponton, par exemple. Les alvéoles de l’an­cienne base de sous-marin alle­mande ont le mérite d’abri­ter la petite flotte du PNF. Mais elles cana­lisent le vent, qui passe au travers.


Indis­pen­sable échelle

Tous les gros SR récents disposent d’une échelle. Elle peut servir pour la baignade, mais c’est surtout un dispo­si­tif de sécu­rité obli­ga­toire. Montrez bien à vos équi­piers et invi­tés où elle est. Si votre SR, plus ancien, n’en dispose pas d’ori­gine, ajou­tez-en une d’ur­gence ! La plupart des personnes sont inca­pables de remon­ter seules sur un gros pneu­ma­tique sans échelle.


Les affaires sérieuses commencent après l’écluse. De loin, les petites vagues levées par le vent et le courant sur l’es­tuaire de la Loire n’ont pas l’air méchantes. De près, l’in­vité non entraîné se sent comme dans une attrac­tion de fête foraine qui fait tout pour le secouer, lui tasser les vertèbres, voire l’éjec­ter, comme au rodéo. Ça va vite, mais qu’est-ce que ça tape ! Les sauve­teurs barrent debout, les fesses juste calées sur un cous­sin, et les équi­piers restent égale­ment debout, bien accro­chés aux nombreuses mains courantes. On encaisse avec les jambes. Personne n’est assis sur les boudins. On peut s’as­seoir un peu tout à l’ar­rière, près des moteurs. Sur les semi-rigides les plus confor­tables, notam­ment le gros NSC2 de la nouvelle flotte, l’équi­page dispose de selles, qui amor­tissent les chocs.

Schéma sur ce qui se passe pour un bateau par vent arrière
Par vent arrière, le réglage du trim posi­tif incline le moteur vers l’avant et fait lever le nez du bateau. Par vent de face, c’est l’in­verse © D.R.

Pascal a un message qui vaut pour tous, même en plai­sance : « C’est toi, le barreur, qui as la posi­tion la plus confor­table. Garde en tête que c’est plus dur pour les autres.  » Puis il prend un peu la barre pour montrer comment on peut passer mieux et plus vite en jouant sur le trim (voir plus loin), la manette des gaz et l’adap­ta­tion de la conduite à la fréquence de la houle (distance entre deux crêtes) et à sa direc­tion. Pour les sauve­teurs, il est parfois capi­tal de passer vite. Les autres peuvent ralen­tir. Mais les sauve­teurs doivent aussi ména­ger l’équi­page si l’on veut qu’il reste effi­cace. Le premier soir, à table, les jeunes sont autant vidés que les vieux.

Bien passer dans la mer formée, c’est un peu de théo­rie – une bonne partie de la deuxième mati­née – et beau­coup de pratique. «  Il faut sentir son bateau », répète Pascal en fléchis­sant les jambes comme s’il était à bord.

On peut résu­mer le problème en deux images. Les belles photos de SR décol­lant sur une vague ou plan­tant le nez en soule­vant de superbes gerbes d’écume sont des illus­tra­tions de bateaux mal barrés. Il faut, au contraire, empê­cher l’em­bar­ca­tion arri­vant au sommet d’une vague de lever le nez pour éviter que le vent prenne dessous. En descen­dant la vague, ne pas plan­ter le nez dans la suivante pour éviter de culbu­ter cul par-dessus tête et/ou d’em­barquer beau­coup d’eau par l’avant et/ou de se mettre en travers et d’être roulé.

Deux outils : le trim, incli­nai­son du moteur par rapport à la verti­cale, et la manette des gaz, permet­tant d’ac­cé­lé­rer ou de ralen­tir.

En trim posi­tif, le moteur est incliné vers l’avant, l’hé­lice pousse vers le bas et fait lever le nez du bateau. Le trim néga­tif donne les effets inverses. Chaque bateau ayant une répar­ti­tion des poids diffé­rente. Par mer plate, il faut trou­ver la posi­tion neutre du trim, barre souple.

S’il y a de la mer et qu’on l’af­fronte de l’avant, trim néga­tif pour bais­ser le nez. Si la mer vient de l’ar­rière, il faut surtout éviter « l’ar­rêt buffet » du bateau, qui plante bruta­le­ment. Trim posi­tif.

En plus, le pilote doit avoir la main sur la manette des gaz non pas pour modi­fier la vitesse mais pour jouer, tout en légè­reté, sur des coups d’ac­cé­lé­ra­tion et de décé­lé­ra­tion. Décé­lé­ra­tion quand on approche le sommet de la vague pour bais­ser le nez, accé­lé­ra­tion une fois la crête passée pour lever le nez dans le creux. Et si la mer est un peu ou tota­le­ment de travers ? On bricole. On fait des lacets, on tire des bords en tenant compte de ce qui a été dit précé­dem­ment.

Dans la durée, le barreur finit par avoir le bras anky­losé et son atten­tion dimi­nue. Une des respon­sa­bi­li­tés du patron est de s’en rendre compte et de le faire relayer par un nouveau barreur.

Il y a beau­coup de tech­nique dans ces stages ; mais, fina­le­ment, la prin­ci­pale diffi­culté pour ceux qui n’en ont pas du tout l’ex­pé­rience est de tenir le rôle de patron. On entend beau­coup d’au­to­cri­tiques : « Je n’ai pas assez parlé, pas assez expliqué, j’au­rais dû véri­fier le cap donné par le navi­ga­teur… » Brie­fer, débrie­fer, garder du recul, expliquer et rassu­rer plutôt que de se dispu­ter avec tout le monde. Facile à dire, pas toujours facile à faire, sur un SR comme au travail.


Savoir-vivre en semi rigide

Île de Groix, été 2021. À Port-Tudy, le ponton pour les annexes indis­pen­sable aux plai­san­ciers amar­rés sur bouées pour débarquer est colo­nisé par quelques énormes SR. De l’autre côté de l’île, au fond du spec­ta­cu­laire mouillage de Port Saint-Nico­las, se trouvent deux minus­cules plages. Deux SR tirés sur le sable et… il n’y a plus de plage. Bien que leur allure géné­rale les fasse ressem­bler à une annexe de bateau, des semi-rigides de 5, 6 ou 7 mètres ne sont pas des annexes. Ce sont des bateaux. Ayez la cour­toi­sie d’en tenir compte. 

 


Entre­tien rime avec sécu­rité

Petite visite à Thomas Colin, qui veille sur l’en­tre­tien des bateaux du Pôle natio­nal de forma­tion de la SNSM. Quelques conseils :

  • Véri­fiez souvent, idéa­le­ment à chaque sortie, le gonflage à la bonne pres­sion de votre SR. La rigi­dité de l’en­semble et sa bonne tenue à la mer en dépendent. Un choc ou une pres­sion forte ont pu déclen­cher les valves de surpres­sion. Norma­le­ment, cela s’en­tend.
  • Nettoyez en douceur. Les boudins sont recou­verts d’une couche protec­trice qui peut être endom­ma­gée par des produits d’en­tre­tien et des éponges grat­tantes. « Conten­tez-vous de l’eau  », recom­mande Thomas.
  • En cas de crevai­son, la sépa­ra­tion en cinq ou six compar­ti­ments permet de rester à flot et de rentrer douce­ment. Certaines coques « mous­sées » ajoutent de la flot­ta­bi­lité. « Si vous êtes nombreux, faites rentrer une partie de l’équi­page par d’autres moyens », suggère Thomas.
  • Côté carbu­rant, véri­fiez évidem­ment que vous en avez assez. Les sauve­teurs sont un peu las d’al­ler cher­cher des plai­san­ciers en panne. Des réser­voirs attei­gnant et dépas­sant souvent les 100 litres sont des bombes en puis­sance. Les feux sont rares, mais graves. Avant chaque départ des sauve­teurs, le patron rappelle où sont les vannes d’ar­rêt de l’es­sence et les extinc­teurs. « Il faut réagir très vite en cas de feu  », souligne Thomas. Si on n’ar­rive pas à le maîtri­ser, il faut faire sauter tout le monde à l’eau (avec des gilets et en ayant prévenu les secours) avant que les réser­voirs n’ex­plosent. 
  • Ces embar­ca­tions comportent souvent des cales ou compar­ti­ments sous le pontage. Véri­fiez que tout est propre et qu’il n’y a pas de carbu­rant qui suinte, surtout à proxi­mité d’un équi­pe­ment élec­trique ! À l’achat, véri­fiez si tuyaux et câbles semblent conve­na­ble­ment montés, sépa­rés et iden­ti­fiés. Le montage a pu être fait chez un conces­sion­naire peu expé­ri­menté.
  • On ne démarre pas un hors-bord de 100 ch à la main. Ayez un volt­mètre au tableau de bord et véri­fiez qu’il atteint les 14V envi­ron quand le moteur tourne. Sépa­rez bien les batte­ries de servi­tude (instru­ments, réfri­gé­ra­teur, etc.) de la précieuse batte­rie moteur réser­vée au démar­rage.

 


Mouillage, amar­rage, remorquage

© SNSM

Le point d’amar­rage le plus solide est le piton dans  l’étrave qui sert à sortir le bateau de l’eau. Avant de navi­guer, fixez-y un cordage solide de 2 à 4 m, qui peut s’avé­rer pratique en cas de remorquage. Pour mouiller à l’ancre en sécu­rité, il faut de la chaîne pour donner du poids au mouillage et l’em­pê­cher de s’abî­mer sur les rochers, ainsi que trois fois la hauteur d’eau (à marée haute) en longueur. Sinon, risque de déra­page garanti pour peu qu’il y ait un peu de vent. Les sauve­teurs emportent en plus une ancre flot­tante, qui peut leur servir à limi­ter la dérive s’ils ont besoin de s’ar­rê­ter ou sont en panne.


Carto­gra­phie

Les SR des sauve­teurs sont équi­pés de superbes traceurs de route. Néan­moins, ils ne sortent jamais sans une carte papier sous couver­ture plas­tique. Elle permet d’avoir une vue plus géné­rale et de se repé­rer par des moyens clas­siques (relè­ve­ments, par exemple) si l’élec­tro­nique a un problème. Les forma­tions comportent des pannes simu­lées. Les stagiaires partent aussi avec de petites tablettes de plon­gée en plas­tique sur lesquelles ils notent les grands points de repère de la zone (bouées, phares, pointes, rochers) pour pouvoir se reca­ler rapi­de­ment. On voit de plus en plus de radars sur les gros SR dotés de portiques arrière, sur lesquels on peut instal­ler l’an­tenne. Conseil de Philippe, patron à La Rochelle : « Le radar peut être très utile à condi­tion que vous l’ayez essayé plusieurs fois par beau temps et bonne visi­bi­lité pour apprendre à le régler et à repé­rer les éléments bien repé­rables de votre zone de navi­ga­tion. »

© SNSM
Tablette de plongée
© SNSM

 


Ouvrez les vide-vite au départ

Si vous risquez d’avoir à navi­guer par mer formée, pensez à véri­fier que les trappes d’éva­cua­tion d’eau sont bien en posi­tion ouverte sur l’ar­rière. Si vous embarquez un paquet de mer, il faut s’en débar­ras­ser le plus vite possible. Accé­lé­rez pour cabrer le bateau et faire partir la masse d’eau vers l’ar­rière.


Article rédigé par Jean-Claude Hazera, diffusé dans le maga­zine Sauve­tage n°160 (2ème trimestre 2022)