Exercice – sauvetage de nombreuses victimes sur un catamaran au large de la Réunion

Les Sauve­teurs en Mer de la station de sauve­tage de Sainte-Marie à la Réunion ont parti­cipé à un exer­cice de sauve­tage jeudi 28 septembre. Pendant plus de 2 heures, ils ont simulé la prise en charge de nombreuses victimes suite à un incen­die à bord d’un cata­ma­ran de tourisme.

Sauveteur de la SNSM de dos à couple avec un catamaran
Les sauveteurs bénévoles de la SNSM de Sainte-Marie ont dû éteindre le feu déclenché à l'arrière du catamaran "Maloya" pour l'exercice en mer © SNSM

Récu­pé­ra­tion d’hommes à la mer, évacua­tion d’un blessé grave par héli­co­ptère, prise en charge d’un incen­die… Le tout coor­donné avec l’ap­pui de la gendar­me­rie mari­time, de la Marine natio­nale et du Samu. C’était le cadre l’exer­cice gran­deur nature orga­nisé par le CROSS sud océan indien à l’oc­ca­sion de la semaine de coopé­ra­tion des centres de sauve­tage en mer (MRCC) de la zone sud océan indien. Décou­vrez le déroulé de cette exer­cice dans le repor­tage vidéo de Réunion la 1ère :

Un exer­cice en mer d’en­ver­gure à la Réunion

Jeudi 28 septembre 2023. Il est midi quand les béné­voles de la station de Sainte-Marie se retrouvent au Port de plai­sance de la ville du Port. La vedette de sauve­tage de deuxième classe SNS 255 Moise Begue II y est accos­tée en prévi­sion de l’exer­cice du jour. Vivian Mailly, le charis­ma­tique président de la station de Sainte-Marie, a invité tous les cano­tiers à se regrou­per pour déjeu­ner ensemble avant d’em­barquer.

C’est l’oc­ca­sion de donner les dernières consignes en prévi­sion de cet exer­cice pas tout à fait comme les autres. Le Centre régio­nal opéra­tion­nel de surveillance et de sauve­tage de la zone sud océan indien (CROSS SOI) orga­nise ce sauve­tage dans le cadre de la rencontre des Mari­time rescue coor­di­na­tion centers (MRCC) de la zone sud océan indien qui regroupe l’Aus­tra­lie, Maurice, la Réunion, Mada­gas­car, l’Afrique du Sud, le Mozam­bique, la Tanza­nie, le Kenya, les Comores, les Seychelles et la Soma­lie. Les repré­sen­tant des centres de sauve­tage de tous ces pays sont donc présents à la Réunion pendant une semaine. L’exer­cice de ce jeudi est l’oc­ca­sion de leur présen­ter en condi­tions réelles l’or­ga­ni­sa­tion d’un sauve­tage en mer en France.

Le CROSS a orga­nisé tout le déroulé du sauve­tage qui implique de nombreux acteurs : la SNSM de la station de Sainte-Marie avec la vedette SNS 255 Moise Begue II, la gendar­me­rie mari­time avec le semi-rigide de la BSL (Brigade de surveillance du litto­ral), la frégate Floreal et l’hé­li­co­ptère Panther des forces armées dans la zone sud de l’océan indien (FAZSOI), le Samu 974 et enfin, la star de la jour­née, le cata­ma­ran Maloya de la société Festiyacht.

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Les secou­ristes béné­voles de la SNSM trans­bor­dés à bord du Maloya prennent en charge les victimes et effec­tuent un premier bilan © SNSM

Tout est calme sur le ponton E du port de pêche de la Pointe des galets où est amar­rée la SNS 255. Cela contraste avec l’ani­ma­tion qui a lieu quelques mètres plus loin au port de plai­sance. Une centaine de personnes est présente à bord du Maloya et sur le quai. En plus du CROSS et des membres des délé­ga­tions MRCC de l’océan indien, les élèves d’une classe de troi­sième du collège de Plateau Caillou de Saint-Paul parti­cipent à la sortie. Depuis 2021, ce collège béné­fi­cie d’un mento­rat assuré par deux béné­voles de la station SNSM de Saint-Gilles afin de prépa­rer des élèves de troi­sième à pour­suivre leur scola­rité dans l’en­sei­gne­ment profes­sion­nel lié au milieu mari­time.

Le délé­gué dépar­te­men­tal Réunion-Mayotte, Jean-Pierre Million-Rous­seau, le président de la station SNSM de Saint-Gilles, Jean-Marc Theve­nin et d’autres sauve­teurs sont à bord du cata­ma­ran. Des jour­na­listes et des offi­ciels profitent égale­ment de cette jour­née de sensi­bi­li­sa­tion au secours en mer. En tout, près de 70 personnes vont embarquer sur le Maloya pour l’exer­cice.

Retour au ponton E. Après le déjeu­ner passé dans une ambiance convi­viale et décon­trac­tée, la tension monte peu à peu. « La moitié de l’équi­page part au local récu­pé­rer le maté­riel de secours, dit Vivian, pendant de ce temps, les autres, vous commen­cez à prépa­rer la vedette. » Tous s’exé­cutent, chacun connais­sant son rôle par cœur. Une partie des béné­voles part récu­pé­rer le maté­riel et le véri­fier, une autre partie prépare la vedette. A bord de la SNS 255, tout est fluide, chaque mouve­ment ayant déjà été répété plusieurs fois lors des nombreuses sorties et entraî­ne­ments auxquels parti­cipent les sauve­teurs. Antony, qui sera chef de pont durant l’exer­cice, teste la lance à incen­die sur l’ar­rière du pont. « La pres­sion n’est pas impres­sion­nante mais ça ira pour l’exer­cice. De toute façon, en cas de véri­table incen­die, ce sont les pompiers mari­times qui inter­viennent, précise le jeune marin. » Patrick, radio, ouvre la cale pour véri­fier  les moteurs. Ils sont quasi­ment neufs mais le bateau lui a presque 30 ans. L’en­tre­tien est diffi­cile, surtout loin de la métro­pole et de son service tech­nique. « On fait avec les moyens du bord ! » L’équi­page procède aux dernières véri­fi­ca­tion et compte les gilets de sauve­tage. 13 h 30, ça s’agite. Les sauve­teurs s’équipent. Les impo­sants sacs conte­nant le maté­riel médi­cal qui a été véri­fié sont stockés à l’avant du bateau. L’équi­page est au complet. Vivienne, toute jeune béné­vole en école d’in­fir­mière, vient d’ar­ri­ver. C’est elle qui fera la victime aujour­d’hui sur le Maloya. Quelques instants plus tard, les béné­voles rejoignent le Maloya sur le quai voisin. On se salue, on plai­sante. L’am­biance est à la détente.

Incen­die à bord d’un cata­ma­ran avec 64 personnes à bord

14 h 30. Début de l’exer­cice. Le Maloya part en mer au large pour une sortie touris­tique avec 64 passa­gers à bord. Quelques minutes plus tard, la SNS 255 Moise Begue II reçoit un appel du CROSS sur la VHF. Pour l’oc­ca­sion, on utilise le canal 67, dédié à l’exer­cice. Une explo­sion vient d’avoir lieu à bord du cata­ma­ran. Le CROSS demande à la SNSM de se rendre à bord du Maloya pour faire un premier état des victimes et esti­mer les dégâts. Tous les béné­voles se préparent.

Deux sauve­teurs secou­ristes vont être trans­bor­dés sur le Maloya. Alexandre, jeune sauve­teur qui a rejoint la SNSM il y a un an, a juste­ment passé son PSE2, le diplôme de secou­risme obli­ga­toire pour ce genre d’in­ter­ven­tion, la semaine dernière. « C’est une excel­lente manière de mettre en pratique mes connais­sances », dit-il en souriant, un peu tendu. En quelques minutes, la vedette arrive à côté du Maloya. Il faut main­te­nant se mettre à couple pour permettre le trans­bor­de­ment des sauve­teurs dans les meilleurs condi­tions possibles. Daniel, le barreur, crie des indi­ca­tions à l’équi­page du Maloya pour faci­li­ter la manœuvre. A bord de la vedette de la SNSM, la diffé­rence de taille avec le cata­ma­ran est impres­sion­nante ! On comprend vite qu’il est très déli­cat de se rappro­cher au maxi­mum sans percu­ter les deux navires. Mais Daniel est un pro. Thomas Rostaing, le direc­teur du CROSS qui commente tout l’exer­cice à bord du Maloya et traduit pour les délé­ga­tions étran­gères, l’a rappelé au micro sur le quai avant de partir. « Daniel c’est le meilleur pilote de la zone océan indien ! ». En cinq minutes, les deux bateaux sont à couple et les deux secou­ristes trans­bor­dés sur la cata­ma­ran avec leur maté­riel médi­cal.

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Les victimes ont été héli­treuillées à bord de l’hé­li­co­ptère Panther des forces armées dans la zone sud de l’océan indien (FAZSOI) © SNSM

L’exer­cice se pour­suit désor­mais à bord du cata­ma­ran. Sur la vedette de la SNSM, beau­coup d’in­for­ma­tions parviennent à l’équi­page de la SNSM. A bord du cata­ma­ran, on compte une victime grave. Une jeune femme, brûlée à la face et au cou, souf­frant d’une plaie à l’ab­do­men et d’une frac­ture ouverte à la cuisse droite. Les autre victimes à bord sont moins sérieu­se­ment bles­sées : des contu­sions, des acou­phènes suite à l’ex­plo­sion et des états de choc psycho­lo­gique. L’ex­plo­sion a égale­ment engen­dré un incen­die sur la jupe arrière du cata­ma­ran. Suite au premier bilan donné par la SNSM, le CROSS décide de deman­der l’aide de la frégate Floréal qui envoie sur zone une équipe médi­cale en renfort.

L’équi­page du Moise Begue II a désor­mais pour mission d’éteindre l’in­cen­die qui s’est déclaré. Une machine à fumée simule un feu à l’ar­rière, rendant l’exer­cice plus crédible. La vedette vient se posi­tion­ner de l’autre côté du cata­ma­ran. Antony mani­pule la lance atta­chée à l’ar­rière du bateau. Là encore, l’in­ter­ven­tion n’est pas simple, malgré le calme de la mer ce jour-là. Il faut réus­sir à viser la fumée sur le ponton du Maloya tout en gardant l’équi­libre. Au bout de 10 minutes, un message radio alerte que le feu est maitrisé.

Pendant ce temps, un autre message a alerté sur le fait que deux passa­gers manquaient à bord du Maloya. L’ex­plo­sion a dû les proje­ter par-dessus bord. Le bateau de la BSL (gendar­me­rie mari­time) ainsi que l’hé­li­co­ptère Panther des FAZOI partent recher­cher les victimes tombées à la mer. L’hé­li­co­ptère repère très rapi­de­ment les plas­trons qui sont remon­tés à bord du bateau de la BSL puis trans­bor­dés sur le Moise Begue II. Deux nouvelles victimes sont donc à prendre en charge par les béné­voles de la SNSM. Après les avoir sécu­ri­sées, l’équi­page ne relâche rien. En effet, la déci­sion est prisé d’éva­cuer la victime en état d’ur­gence par héli­co­ptère. Pour cela elle doit être hissée à bord de la vedette de la SNSM sur une civière. Daniel se remet à couple du Maloya. Cette fois l’opé­ra­tion est plus déli­cate. Il faut réus­sir à trans­bor­der la victime allon­gée sur une civière  à bord de la vedette de sauve­tage. L’opé­ra­tion doit être la plus précise et rapide possible. Cela demande une excel­lente coor­di­na­tion de tous les acteurs. Une fois à couple, le passage de la civière sur la vedette de la SNSM est effec­tuée en quelques minutes. Tous les visages sont souriants malgré l’ef­fort physique demandé. Mais on imagine faci­le­ment que la tension serait plus forte s’il s’agis­sait d’une vraie victime. Chaque sauve­teur le garde en tête.

De retour à bord de la SNS 255, les secou­ristes prennent les constantes de la victime et la préparent à l’hé­li­treuillage immi­nent. Le Panther arrive sur zone au-dessus de la vedette de la SNSM. Un offi­cier est héli­treuillé à bord pour coor­don­ner l’éva­cua­tion de la victime. L’opé­ra­tion est très rapide. En quelques minutes, la victime est équi­pée et treuillée dans les airs. Elle sera ensuite prise en charge par l’équipe médi­cale de la marine. Pendant ce temps, l’autre victime tombée à l’eau et souf­frant d’hy­po­ther­mie a été prise en charge dans la cabine de la vedette par les secou­ristes de la SNSM.

Suite au premier bilan médi­cal, elle est à son tour évacuée dans l’hé­li­co­ptère. Quelques minutes plus tard, fin de l’exer­cice. Tout le monde regagne le port.

A quai avec le Maloya, c’est le moment du débrief avec le CROSS. «  Les liai­sons radio étaient satu­rées, remarque Alice Gaillard, admi­nis­tra­trice de 1e classe des affaires mari­times qui était à la direc­tion de l’exer­cice ce jour-là. Il y avait trop de monde sur le canal. »

l'équipage de la SNS 255 Moise Begue II de la SNSM de Sainte-Marie
A quai, l’équi­page de la SNS 255 Moise Begue II de la SNSM de Sainte-Marie pose avec Alice Gaillard, admi­nis­tra­trice de 1e classe des affaires mari­times qui était à la direc­tion de l’exer­cice ce jour-là © SNSM

Après une dernière étape carbu­rant, le Moise Begue II, rejoint le quai. Tous les sauve­teurs se retrouvent autour d’un verre chez Tintin. Vivian rappelle les moments forts de l’exer­cice. Tout s’est bien passé selon lui. C’était une bonne inter­ven­tion. On revient sur le moment clef du trans­bor­de­ment. Vivian résume, « T’ar­rives, t’es le sauveur ! Il faut assu­rer derrière. C’est là que la coor­di­na­tion commence. » On s’échange des photos, on discute. Puis chacun repart ravi et épuisé de cette jour­née.

Dans une inter­ven­tion de cette ampleur, la coor­di­na­tion est primor­diale. Chaque minute compte pour sauver les victimes. Comme l’a rappelé le direc­teur du CROSS au cours de la jour­née « En mer on n’ap­pelle pas le Samu, on n’ap­pelle pas les pompiers, on appelle le CROSS au 196. »

Équipage engagé

Vedette de deuxième classe
SNS 255 Moise Begue II

Patron : Eric Bretagne

Barreur : Daniel Boyer

Radio navi­ga­teur : Patrick Beaus­sault

Chef de pont : Antony Mas

Equi­piers : Benja­min Breze (secou­riste PSE2), Alexandre Rabary (secou­riste PSE2), Stephane Colom­bel (secou­riste PSE2), Vivian Mailly, Vivienne Melade.

Article rédigé par Juliette Nicolle.