Un été, trois nageurs sauveteurs

Après une année de prépa­ra­tion, rela­tée dans nos précé­dents articles, Elsa, Jules et Jean-Philippe sont fin prêts à surveiller les plages. Première saison pour l’une, ving­tième pour l’autre : ils racontent leur été dans cet ultime épisode.

Jean-Philippe avec son equipe
Jean-Philippe (de face) attache une grande importance à la cohésion de l’équipe de sauveteurs qu’il supervise. © SNSM

Tempé­ra­tures qui montent, premiers barbe­cues et enfants en vacances. Pas de doute, l’été est là. Il est attendu depuis des mois par les nageurs sauve­teurs – ou NS – Elsa, Jules et Jean-Philippe.

Surnommé Jean-Fi, l’im­po­sant Lyon­nais s’ap­prête à retrou­ver la baie d’Au­dierne, dans le Finis­tère, pour le vingt-deuxième été consé­cu­tif. À l’autre bout du pays, Jules, crâne rasé, se prépare à rallier la plage de Cargèse, en Corse-du-Sud. Enfin, la souriante Elsa trépigne d’im­pa­tience à l’idée de rejoindre La Rochelle pour vivre ses premières jour­nées de sauve­teuse et décou­vrir les diffé­rents aspects d’une saison. ∙

Des sauve­tages, évidem­ment

Oui, les sauve­teurs sauvent. Il faut être effi­cace dans ces moments impré­vi­sibles. Elsa en a fait l’ex­pé­rience lorsqu’elle a été appe­lée pour sa première inter­ven­tion : une personne incons­ciente dans un restau­rant, à quelques pas de son poste de secours. Le doute a envahi l’Or­léa­naise tandis qu’elle se rendait sur place. « J’avais peur d’ou­blier des choses ou de mal faire, recon­naît la jeune femme de 21 ans. Fina­le­ment, tout s’est bien passé et j’ai réalisé que j’avais été bien formée. » Cette toute nouvelle expé­rience pour Elsa lui a permis de vaincre son appré­hen­sion et de prendre confiance. « Je sais que je suis capable de bien faire les choses, confie-t-elle. C’est rassu­rant pour les prochaines fois. »

Les NS sont habi­tués aux sauve­tages inat­ten­dus. Jules a, par exemple, dû inter­ve­nir alors que sa jour­née de travail n’avait même pas débuté. « Nous sommes arri­vés au poste en avance, en sachant qu’il y aurait de très grosses vagues, retrace le Nantais. On a vu un père et son fils en diffi­culté dans le courant et on s’est jetés à l’eau sans réflé­chir.  » Encore en civil, Jules et son équipe ont fait preuve de réac­ti­vité pour éviter que la situa­tion ne dégé­nère davan­tage. « On doit être en alerte tout le temps car il y a un courant qui emmène au large, explique le jeune homme de 21 ans. C’est impos­sible de s’en sortir sans palmes. »

Jules nageurs sauveteurs
Jules, comme tous les nageurs sauve­teurs, conti­nue de s’en­traî­ner tout au long de la saison esti­vale.

Mieux vaut préve­nir que guérir

Les nageurs sauve­teurs font aussi beau­coup de préven­tion. En tant que chef de secteur, Jean-Philippe peut être solli­cité à tout moment par les sauve­teurs pour un coup de main. « Passer de trois à quatre sauve­teurs permet de faire de la préven­tion plus faci­le­ment, tout en restant vigi­lants en surveillance », explique le grand homme chauve. Une fois sur le sable, il n’hé­site pas à traver­ser la plage en courant pour rappe­ler aux esti­vants de se baigner dans la zone surveillée. « Je suis souvent appelé à la baie des Trépas­sés car elle est très fréquen­tée et les courants sont très dange­reux », pour­suit-il.

Elsa découvre l’im­por­tance de bien conseiller un public essen­tiel­le­ment composé de vacan­ciers. « Ils ne sont là que pour quelques jours et ne connaissent pas la plage, analyse la jeune femme à frange. Il faut constam­ment expliquer les risques pour éviter de voir des personnes se mettre en danger. » La pêche à pied est très pratiquée sur la plage dont elle a la charge. Afin que les pêcheurs ne restent pas piégés par les eaux montantes, elle va à leur rencontre, en complé­ment des infor­ma­tions sur les horaires des marées figu­rant sur les panneaux dédiés. La jeune femme n’a réalisé aucun sauve­tage de pêcheur isolé cet été. Une préven­tion effi­cace.

De l’en­traî­ne­ment, encore et toujours

Ils se préparent toute l’an­née, mais n’ar­rêtent jamais de s’en­traî­ner. Même en saison, les nageurs sauve­teurs conti­nuent les exer­cices. À Cargèse, Jules et son équipe font « beau­coup de sport, qu’il s’agisse de nage en mer, trails ou randon­nées, confie le jeune homme trapu. On a une vraie dyna­mique spor­tive entre collègues, on se motive.  » Quand la mer se déchaîne, l’équipe en profite pour affron­ter les éléments. « On aime la mer et les vagues, mais on prend le temps de faire des sorties d’eau et de révi­ser nos tech­niques. »

En tant que chef de secteur, Jean- Philippe orga­nise les entraî­ne­ments. « Ces séances permettent de leur donner confiance en début de saison, ajoute le sauve­teur chevronné. Ce sont les premiers moments de cohé­sion, ils sont essen­tiels pour que l’été se déroule bien. » Au programme, secou­risme, sauve­tage, mais pas seule­ment. Nage, vélo, renfor­ce­ment muscu­lai­re… Aucune acti­vité physique ne le rebute. « J’aime parti­ci­per à des événe­ments spor­tifs, confie le profes­seur de flûte traver­sière de 47 ans. Il y a une compé­ti­tion amusante avec les plus jeunes. » Les sauve­teurs se nour­rissent de cette cama­ra­de­rie pour se main­te­nir en forme, même pendant la saison.

Elsa
Elsa a effec­tué une surveillance sur une chaise haute pour la première fois cet été, à La Rochelle.

L’es­prit d’équipe

En saison, Elsa retrouve l’es­prit convi­vial qu’elle a aimé pendant son année de forma­tion. Elle a côtoyé une douzaine de sauve­teurs venus de toute la France. En dehors des horaires de surveillance, ils partagent de nombreuses acti­vi­tés. « Nous avons fait le tour de Fort Boyard en bateau et effec­tué la visite d’un héli­co­ptère de la Marine natio­nale, se réjouit la jeune femme. Nous nous sommes aussi entraî­nés avec le pôle espoir du club de rugby local. »

À Audierne, Jean-Fi met un point d’hon­neur à souder le groupe, dès le premier soir. « Depuis 2013, nous faisons le tour du Goyen (Ndlr : fleuve dans le port d’Au­dierne) en course à pied, décrit le musi­cien. Tous les NS peuvent se mesu­rer pour voir qui réalise le meilleur temps.  » Jean-Fi a été éjecté du top 10 par Noé, nouveau record­man, qui a couvert les 12 kilo­mètres en quarante-huit minutes.

Ces acti­vi­tés sont aussi l’oc­ca­sion de parcou­rir la région. « En plus de l’as­pect convi­vial, je fais en sorte que ce soit buco­lique pour décou­vrir le patri­moine excep­tion­nel qui nous entoure », précise le Lyon­nais. Jean-Fi est toujours remer­cié chaleu­reu­se­ment en fin de saison. «  Je ne fais pas ça pour les cadeaux, mais cela fait chaud au coeur, recon­naît-il avec rete­nue. J’ai reçu une carte avec un mot de chacun, elle sera rangée précieu­se­ment avec les autres. » Pour les nageurs sauve­teurs, l’été est la récom­pense de huit mois d’ef­forts dans leurs centres de forma­tion et d’in­ter­ven­tion. Ils appré­hendent de nouvelles plages et de nouveaux envi­ron­ne­ments, et rencontrent leurs homo­logues de toute la France. Il est souvent très diffi­cile de quit­ter tous ses nouveaux amis à la fin du mois d’août. Mais pour Jules, Elsa et Jean-Philippe, il est temps de rentrer. Pour retrou­ver leurs copains du centre de forma­tion et d’in­ter­ven­tion. Et commen­cer à prépa­rer l’été prochain.

Article rédigé par Rémy Videau, diffusé dans le maga­­­­­­­­­­­­­­­­zine Sauve­­­­­­­­­­­­­­­­tage n°165 (3ème trimestre 2023)