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Ils ont sauvé une vie, la leur a changé

publié le4 Décembre 2025

Parvenir à sauver la vie d'une victime est une expérience très positive, qui peut tout de meme entrainer des conséquences négatives © Maxime Huriez

Ce sont des moments rares. Mais il arrive parfois que les Sauveteurs en Mer parviennent à secourir in extremis une personne qui serait décédée sans leur intervention. Des expériences qui marquent durablement et changent parfois les bénévoles qui les vivent. Trois d'entre eux racontent. 

Sauver des vies en mer. Telle est la mission première de la SNSM. Et, dans l’ab­solu, chacune des quelque 10 000 inter­ven­tions annuelles effec­tuées par les béné­voles de l’as­so­cia­tion « sauve une vie ». Un navi­ga­teur laissé dans son bateau bloqué sur un haut-fond finira, inévi­ta­ble­ment, par succom­ber si personne ne lui vient en aide. Une personne victime d’un coup de chaleur peut vite dépé­rir si elle n’est pas prise en charge. Mais le danger n’est pas immé­diat.

En revanche, la diffé­rence entre la vie et la mort se joue à quelques secondes lors de certaines situa­tions. Sans l’in­ter­ven­tion des Sauve­teurs en Mer pour enta­mer un massage cardiaque suffi­sam­ment tôt ou évacuer un skip­per avant que son voilier ne se fracasse dans les rochers, les victimes seraient décé­dées quelques instants plus tard. Ces « événe­ments de forte inten­sité émotion­nelle à fina­lité posi­tive » laissent un souve­nir impé­ris­sable tant aux sauvés qu’aux sauve­teurs.

 

Émotion hyper­po­si­tive

Les témoi­gnages de trois béné­voles de la SNSM (lire les témoi­gnages de Louis Vasseur, Lola Pour­cel et Maxime Hermitte) que nous avons recueillis le confirment : ces expé­riences ont changé leur vie. « Elles procurent une émotion hyper­po­si­tive, du même ordre que les mariages, les nais­sances ou les réus­sites profes­sion­nelles  », indique Brigitte Laurent, psycho­logue de la SNSM. 

Ces événe­ments sont d’au­tant plus forts qu’ils peuvent «  engen­drer une forme de choc émotion­nel posi­tif, parfois assi­milé à un moment d’élé­va­tion morale, abonde Erik de Soir, docteur en psycho­lo­gie et fonda­teur de l’As­so­cia­tion euro­péenne de psycho­lo­gie sapeur-pompier (Aepsp). Il s’agit d’un instant trans­cen­dant, qui peut profon­dé­ment trans­for­mer la percep­tion de soi, de sa mission et de son rapport au monde. »

Le souve­nir de ces inter­ven­tions accom­pagne bien souvent les sauve­teurs pour le reste de leur vie. « Elles consti­tuent une ressource inté­rieure précieuse, pour­suit le psycho­logue. Elles peuvent les soute­nir dans des inter­ven­tions ulté­rieures, même dans des contextes perçus comme déses­pé­rés ou parti­cu­liè­re­ment éprou­vants.  »

« En mode auto­ma­tique »

Ces sauve­tages prennent fréquem­ment un sens encore plus grand lorsque les béné­voles rencontrent ceux à qui ils sont venus en aide. «  Lors de l’in­ter­ven­tion, le secou­riste agit le plus souvent en mode auto­ma­tique, mobi­li­sant ses compé­tences sous stress aigu, avec peu de place pour l’émo­tion consciente, analyse Erik de Soir. Revoir la personne debout, vivante, parfois recon­nais­sante, huma­nise rétros­pec­ti­ve­ment l’in­ter­ven­tion et permet de mesu­rer, de façon tangible, l’im­pact de son action. C’est géné­ra­le­ment à ce moment que le secou­riste prend véri­ta­ble­ment conscience de ce qui s’est joué émotion­nel­le­ment.  » 

Pour autant, ces événe­ments à l’is­sue posi­tive peuvent entraî­ner des consé­quences néga­tives. « Ils peuvent engen­drer une situa­tion post-trau­ma­tique, car de nombreux facteurs entrent en compte, comme avoir éprouvé un fort senti­ment de peur ou de mise en péril de sa propre vie  », précise Brigitte Laurent. Il arrive aussi que des sauve­teurs ressentent « une culpa­bi­lité de réus­site, notam­ment s’ils ont connu des échecs dans d’autres opéra­tions , note Erik de Soir. Certains décrivent égale­ment un senti­ment d’hy­per­vi­gi­lance lorsqu’ils se retrouvent dans des situa­tions simi­laires à celle de l’in­ter­ven­tion qui les a marqués. »

Ces événe­ments changent dura­ble­ment ceux qui les ont connus. Certains inter­ve­nants disent être deve­nus plus atten­tifs à leurs proches, avoir modi­fié leurs prio­ri­tés ou même changé leur trajec­toire de vie. « Mais cela peut aussi déri­ver vers une recherche de répé­ti­tion de l’in­ten­sité émotion­nelle ressen­tie, ce qui n’est pas sans risque  », pour­suit le psycho­logue belge. C’est pourquoi, « que l’is­sue d’une inter­ven­tion soit posi­tive ou néga­tive, il faut se montrer très atten­tifs aux sauve­teurs qui les ont vécues, souligne Brigitte Laurent. Et les écou­ter dans une neutra­lité bien­veillante, pour qu’ils se sentent libres d’en parler.  »

Nos sauve­­­­­­­­­­­­­teurs sont formés et entraî­­­­­­­­­­­­­nés pour effec­­­­­­­­­­­­­tuer ce type de sauve­­­­­­­­­­­­­tage. Grâce à votre soutien, vous les aidez à être présents la prochaine fois !

Retrou­vez les récits d’in­ter­ven­tions et les témoi­gnages des trois béné­voles de la SNSM à partir des liens suivants.

Louis Vasseur, qui a réalisé un sauve­tage héroïque dans la tempête pour secou­rir deux navi­ga­teurs

Lola Pour­cel qui a sauvé de la noyade une personne âgée lors de ses vacances

Maxime Hermitte qui a secouru une personne en arrêt cardiaque dans l’eau

Article rédigé par Nico­las Sivan

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