Corentin Douguet, « Je suis très fier de courir sous les couleurs orange »
publié le23 Octobre 2026
écrit parPauline Sain
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Skipper professionnel, Corentin Douguet court actuellement sur un Class40 nommé SNSM, Faites un don !. Sa coque orange porte haut les couleurs des Sauveteurs en Mer lors des plus grandes courses nautiques du monde. Le 1er novembre 2026, il prendra le départ de la Route du Rhum. Rencontre.
Vous êtes le skipper d’un bateau Class40 que vous avez nommé SNSM, Faites un don !. Comment s’est faite la rencontre avec la SNSM ?
L’an dernier, en 2025, l’un de mes mécènes – lui-même très engagé auprès des Sauveteurs en Mer – m’a proposé d’aller plus loin que l’admiration que je leur porte naturellement. Nous avons cherché un moyen concret d’utiliser mon Class40 comme vecteur de visibilité. C’est ainsi qu’est née l’idée de baptiser le bateau SNSM, Faites un don !. En tant que navigateurs, on a la chance de pouvoir relayer des messages et je suis très fier de courir, cette année, sous les couleurs orange, à destination de tous les marins et des gens qui vont en mer.
Cette relation me rend d’autant plus heureux que je constate qu’elle résonne fort auprès des bénévoles. Je reçois régulièrement des messages de leur part, et je ne peux que me réjouir de lire leurs encouragements et leur fierté de voir le nom de leur association en course. À mon arrivée de la Transat Café L’Or, les bénévoles sur place m’ont réservé un accueil mémorable. C’est vraiment un plaisir de partager ces moments inoubliables avec eux.
Quelles valeurs partagez-vous avec les Sauveteurs en Mer ?
La valeur fondamentale, c’est surtout celle de l’engagement. Du côté des sauveteurs, l’engagement qu’ils mettent à leur mission. Et moi, en tant que navigateur, dans mon projet et dans mes courses. La seconde valeur cardinale, c’est bien sûr la sécurité en mer. Les navigateurs, pratiquants de course au large, sont formés. Nous sommes très sensibilisés et nous disposons également d’énormément de matériel à bord.
L’idée qui prime est, bien entendu, de tout faire afin de ne jamais avoir besoin de faire appel aux Sauveteurs en Mer. Donc, évidemment, la sécurité est fondamentale. Par ailleurs, nous-mêmes en mer, y compris en course, pouvons être amenés à porter secours à un concurrent. Lors d’une course au large, nous sommes souvent les plus proches et les plus à même d’intervenir. On peut donc aussi tenir le rôle de sauveteur.
Vous avez récemment accueilli les bénévoles de la région de Lorient. Comment la rencontre s’est-elle passée ?
Effectivement, en juin, nous avons accueilli des bénévoles du Morbihan qui sont venus pendant deux jours pour visiter le bateau, échanger avec nous et sortir en mer. Il y a eu beaucoup de monde, beaucoup de questions. C’était très intéressant et, finalement, très surprenant pour moi de constater qu’ils sont nombreux à avoir assez peu de connaissances sur notre univers, sur le milieu de la course au large, alors même que beaucoup vivent près de Lorient¹ , désormais un lieu incontournable de la course au large.
Parmi les bénévoles que j’ai rencontrés, certains n’avaient encore jamais vu d’aussi près ou n’étaient jamais montés sur un bateau de course. Nous avons aussi très vite échangé sur des sujets techniques : comment remorquer un bateau de course, par exemple, alors qu’il ne comporte généralement aucun système de remorquage afin de limiter le poids. Que faire si le skipper est blessé ou absent du bord ? Il y a de nombreux thèmes communs à creuser et, en même temps, j’ai pu constater qu’il y a beaucoup de bon sens marin chez les Sauveteurs en Mer.
Pour revenir à votre actualité, pouvez-vous nous indiquer quelles sont les spécificités de la Class40 ?
Les Class40 sont des monocoques de 40 pieds de long [ndlr : un peu plus de 12 mètres], qui permettent de prendre part à toutes les grandes courses océaniques et, notamment, la Route du Rhum, le point d’orgue du programme. C’est une classe qui fête ses 20 ans cette année. Ce sont des bateaux simples, aux budgets maîtrisés, plus modestes que les Imoca ou les grands multicoques, ce qui les rend très accessibles. Ce sont des bateaux plus faciles à mettre en œuvre, grâce auxquels on peut passer beaucoup de temps sur l’eau à s’entraîner au lieu d’être à terre à les préparer. En conséquence, c’est une classe très variée, où l’on trouve encore des amateurs et des semi-professionnels, des profils très différents. Et c’est donc enrichissant. Nous serons 50 participants en Class40 – soit plus de la moitié des concurrents – à prendre le départ de la Route du Rhum en novembre prochain.
Vous avez réussi un très beau parcours ces dernières années. Comment vous préparez-vous pour vos courses ?
C’est un ensemble de choses. Je suis à la fois navigateur, chef de projet, chargé de la levée de fonds, de la communication. Je m’entraîne au Pôle Finistère Course, au large de Port La-Forêt. J’ai donc de nombreux stages de formation, suivis de sessions de débriefs vidéo. J’alterne avec des périodes de maintenance ou d’améliorations techniques à mettre en œuvre sur le bateau. Je m’engage aussi dans des courses de préparation, comme la Drheam Cup ou la Fastnet l’an dernier, en solitaire, en binôme ou en équipage réduit. Et, tous les ans, je dispute une course majeure. L’an dernier, la Transat Café L’Or et, cette année, la Route du Rhum. Les journées ne font que 24 heures, c’est donc très dense. Mais c’est une chance incroyable de faire ce métier, surtout quand les résultats sont là.
Quels conseils donneriez-vous à des pratiquants de loisirs nautiques pour profiter de la pratique de la voile en toute sécurité ?
Je ne peux que les encourager à pratiquer, c’est beaucoup de plaisir. L’océan reste un des derniers espaces de liberté, même si les contraintes sont là. Quels que soient ses objectifs, même en pure navigation de loisir, il faut se préparer, s’entraîner, maintenir son bateau, pour prendre du plaisir sans se mettre en danger.
Que peut-on vous souhaiter pour les prochains mois ?
Cette année, afin de me préparer au mieux, je ne fais que des courses en solitaire. Avec la Route du Rhum bientôt, on va cligner des yeux deux fois et on va y être. Dans quelques jours, ce sera le départ de la Drheam Cup en solitaire de Cherbourg². Ensuite, je compte prendre autant de plaisir que possible pendant la course et, si les planètes s’alignent, arriver à un beau classement final, qui mettra en avant aussi la SNSM et ses bénévoles. Ce sera gagnant pour tout le monde.
¹ La ville de Lorient accueille un Pôle Course au large : créé par l’agglomération de Lorient dans l’ancienne base de sous-marins et situé au cœur de la Sailing Valley, le site est devenu une référence européenne, regroupant un tissu dense d’entreprises et d’acteurs du monde de la course au large. De nombreux skippers ont choisi Lorient comme port d’attache et de préparation.
² Au moment de la réalisation de cette interview, Corentin Douguet se préparait à la Drheam Cup, dont le départ a été donné le 9 juillet 2026, et qu’il a remportée.
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