Comment éviter d'endommager les posidonies, poumon de la Méditerranée
publié le3 Juillet 2025
écrit parClarisse Oudit-Dalençon
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Les prairies de posidonie jouent un rôle primordial dans la reproduction de nombreux poissons de Méditerranée. © Ruitton
Caractéristique de la Méditerranée, la posidonie recouvre les fonds marins et même les plages. Les herbiers de posidonie sont protégés par la loi, et pour cause : ils jouent un rôle central dans le bon fonctionnement de l’écosystème marin.
Première condamnation pour préjudice écologique sur la posidonie
Deux capitaines de yachts ont été condamnés pour préjudice écologique après avoir jeté l’ancre dans un herbier de posidonie. Une décision qui devrait faire jurisprudence dans la protection de cette plante aquatique, au rôle fondamental pour l’écosystème marin.
C’est une première en France. Le préjudice écologique envers les herbiers de posidonies a été reconnu par le tribunal maritime de Marseille. Le 22 novembre 2024, il a condamné deux capitaines de yachts pour avoir ancré leur bateau dans des prairies (que l’on nomme herbiers) de cette plante aquatique protégée.
Depuis 2020, il est totalement interdit d’amarrer un navire de plaisance de plus de 24 mètres dans ces herbiers (voire 20 mètres, selon les zones) dans les eaux françaises de Méditerranée. Pourtant, les capitaines du Take Off – 26 mètres – et du My Falcon – 51 mètres – sont allés à l’encontre de ces réglementations en mouillant dans des zones d’herbiers protégées. Au risque de nuire à ces véritables forêts sous-marines.
En l’absence de preuve contraire, le mouillage dans une zone protégée est présumé causer des dommages aux herbiers. Ce principe repose sur l’impact environnemental reconnu du mouillage dans ces zones sensibles et sur l’importance des herbiers de posidonie pour les écosystèmes marins.
La décision est d’autant plus marquante qu’elle fait jurisprudence, c’est-à-dire qu’elle est la première du genre et doit servir d’exemple si les faits se répètent. Au total, les deux capitaines devront régler des indemnités de presque 118 000 €. Une grande partie sera versée à l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse pour qu’elle puisse mettre en place des actions de réimplantation de posidonies.
Cette sanction fait suite à un durcissement de la réglementation. Dans les années 1980, les herbiers de posidonie ont subi une importante dégradation liée à l’aménagement portuaire, à l’ancrage, aux chalutages et aux pollutions marines. L’espèce est officiellement protégée depuis 1988, car sa régression préoccupante risquait de l’empêcher de remplir son rôle. Cette première mesure a donné lieu à l’interdiction de constructions sur les herbiers. Mais la pression des ancrages est restée très importante : par exemple, entre 2006 et 2018, au large de Golfe-Juan (Alpes Maritimes), plus de 225 hectares de posidonie ont disparu. « Le plus important est de freiner les menaces sur la posidonie, indique Charles-François Boudouresque, professeur émérite de l’université d’Aix-Marseille et auteur d’une thèse sur cette plante. Théoriquement, on peut la réimplanter, mais c’est extrêmement coûteux. Il vaut mieux investir de l’argent dans la protection. » Grâce à la réglementation en vigueur depuis 2020, les ancrages dans les herbiers de posidonie ont diminué de 80 % par rapport à 2019.
Pour permettre aux embarcations de mouiller sans abîmer les plantes, les collectivités se sont organisées. Entre les îles de Bagaud et de Port-Cros, une zone de mouillage et d’équipements légers (ZMEL) a été créée pour limiter l’impact de l’ancrage « sauvage » sur l’écosystème marin : les bateaux doivent s’amarrer à des bouées permanentes, ce qui évite de dégrader l’herbier. Des ZMEL similaires se retrouvent de plus en plus le long des côtes méditerranéennes. Par ailleurs, en l’absence de ZMEL, différentes applications existent pour être certain de s’ancrer en dehors des herbiers de posidonie.
La posidonie poumon bleu de la Méditerranée
Caractéristique de la Méditerranée, la posidonie recouvre les fonds marins et même les plages. Les herbiers de posidonie sont protégés par la loi, et pour cause : ils jouent un rôle central dans le bon fonctionnement de l’écosystème marin.
On la surnomme « poumon bleu de la Méditerranée » pour son important rôle écologique. La posidonie couvre près de 80 000 hectares de la Grande Bleue française. De sa tige jusqu’à ses fruits, cette plante aquatique participe activement à l’écosystème sous-marin. Ses herbiers accueillent 20 à 25 % des espèces végétales et animales de la mer Méditerranée. « Elle est apparue il y a plus de 60 millions d’années. Comme les ancêtres des dauphins, cet organisme continental est retourné à la mer », explique Charles-François Boudouresque. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’on parle d’une plante et non d’une algue.
En pleine baignade en Méditerranée, on remarque facilement la posidonie. Elle est de couleur verte, avec de longues feuilles, comme des rubans, de près de 1 mètre de long. Elle pousse jusqu’à 40 mètres de profondeur. « Elle fait des fleurs sous l’eau et elle produit des fruits qui ressemblent à des olives. C’est un personnage étrange pour le milieu marin, où on trouve plutôt des algues », précise le biologiste. La posidonie pousse uniquement en Méditerranée, mais il existe d’autres espèces qui lui ressemblent, comme la zostère marine dans l’océan Atlantique.
Une plante, de multiples rôles
Les herbiers de posidonie sont protégés parce qu’ils sont importants dans le fonctionnement de l’environnement marin. « C’est, tout d’abord, une nurserie et une frayère, c’est-à-dire un lieu de ponte pour énormément de poissons », explique le scientifique. Les alevins et les jeunes poissons y sont protégés de leurs prédateurs, tout en étant à proximité de leur nourriture. La posidonie fait elle-même partie de la chaîne alimentaire : par exemple, elle nourrit les oursins, qui sont eux-mêmes de très bons en-cas pour les dorades.
Les herbiers de posidonie sont aussi « l’usine à sable de la Méditerranée », ajoute le chercheur. Lorsque les êtres vivants qui vivent dans les posidonies meurent, leurs parties calcaires, coquille par exemple, se désagrègent en sable. Lors des tempêtes, ce sable alimente les plages.
Ce n’est pas le seul rôle vertueux des posidonies. Sous l’herbier se trouve le rhizome, la tige souterraine. Grâce à la photosynthèse, la posidonie capture du carbone, qu’elle va ensuite stocker dans les rhizomes. « On estime, par exemple, qu’à l’échelle de la Corse, 20 % du carbone produit par l’homme chaque année sont stockés définitivement par l’herbier », illustre le spécialiste.
Les posidonies sont d’une grande utilité une fois mortes. Lorsqu’elles se flétrissent, les longues feuilles noircissent et sont emportées par le courant. En automne, elles sont déposées sur les plages et forment des tas, que l’on appelle banquettes de feuilles mortes de posidonie. Ces banquettes peuvent mesurer entre 10 cm et près de 1 mètre d’épaisseur.
En 2022, la région Sud – Provence-Alpes-Côte d’Azur a lancé une campagne de communication pour alerter sur leur rôle. L’enjeu était de convaincre les baigneurs que cette plante n’a rien de dégoûtant. Au contraire, reposant sur le sable, elle l’empêche de s’envoler lors d’intempéries et lutte ainsi contre l’érosion des plages. À l’inverse, les plages artificielles peuvent nuire à la posidonie vivante. Les mouvements de la mer peuvent emporter ce sable ajouté (souvent du sable de carrière, abrasif) jusqu’à la posidonie, l’ensevelir, et limiter ainsi son accès à la lumière, nécessaire à sa survie et à son bon fonctionnement.
Connaître les zones des herbiers de posidonie
Seuls les bateaux de plus de 24 mètres ont l’interdiction d’ancrer dans les herbiers de posidonie. Mais, même si vous naviguez sur une embarcation plus petite, mieux vaut éviter le plus possible de le faire pour ne pas endommager ces plantes si utiles à l’environnement marin.
En 2024, 40 % des petites embarcations (moins de 12 mètres) ont encore posé leur ancre dans des herbiers de posidonie. Cette pression sur l’écosystème méditerranéen peut être limitée grâce à l’utilisation de différents outils servant à repérer les herbiers et, ainsi, à les éviter. Donia est une application communautaire de navigation et d’aide à l’ancrage en dehors des écosystèmes fragiles, très utile pour repérer de nombreuses espèces en péril, dont la posidonie. Également, elle informe, en temps réel, des perturbations sur le milieu marin grâce aux commentaires des autres utilisateurs.
L’application Nav&Co, créée en 2024 par les services de l’État, fournit de nombreuses informations sur les zones de navigation. Il est notamment possible d’afficher des cartes où figurent différentes espèces d’animaux et de végétaux, dont la posidonie.
Enfin, Surfstat vous permettra d’en apprendre plus sur cette plante aquatique protégée. Ses données statistiques et ses cartes vous communiqueront, entre autres, des informations sur l’évolution récente des herbiers de posidonie.
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